Posts Tagged ‘Conservation’

La pipistrelle de Kuhl n’est pas schizo !

samedi, décembre 26th, 2015

L’analyse génétique est un formidable outil pour identifier les espèces et révéler à nos yeux des diversités insoupçonnées, en particulier chez les groupes très divers à la morphologie peu évidente. C’est notamment le cas des chauves-souris. Si les perspectives offertes par l’étude de l’ADN peuvent nous rendre enthousiastes, il faut cependant savoir rester prudent au moment de tirer des conclusions. Dans une étude publiée début août dans la revue PLoS ONE (Andriollo et al. 2015), nous résolvons un problème soulevé depuis le début des années 2000 et qui laissait planer le doute quant à l’existence d’une diversité cachée chez la Pipistrelle de Kuhl.

Deux lignées mitochondriales profondément divergentes. Euh… vous pouvez-répéter ?

Le génome mitochondrial est une partie de l’ADN qui est contenu hors du noyau des cellules, et il est transmis uniquement par les femelles. Autrement dit, ce serait comme un nom de famille que l’on hériterait de sa mère. En 2003, un groupe de chercheurs espagnols étudiant l’ADN de pipistrelles a montré qu’il existe deux lignées mitochondriales complètement différentes chez Pipistrellus kuhlii (Pestano et al. 2003). Si différentes que c’est typiquement le genre de divergences que l’on observe entre deux espèces distinctes… Y aurait-t-il deux espèces en une ? Gare aux conclusions hâtives ! Pour savoir si les Martin et les Dupont se reproduisent entre eux, inutile de chercher si des Marpont ou des Dutin existent… il faut se glisser dans leurs affaires intimes !

Les chauves-souris n’ont pas Facebook… comment savoir qui couche avec qui ?

Pour apporter une réponse à cette question, nous avons donc analysé un autre type d’ADN, celui du noyau des cellules, et qui est hérité en parts égales de chacun des deux parents. Son étude est plus fastidieuse, mais elle est nécessaire pour répondre à la question biologique qui nous intéresse : les individus possédant des types d’ADN mitochondrial différents se reproduisent-ils entre eux (appartenant ainsi à une seule et même espèce), ou non (il s’agirait alors de deux espèces que l’on n’avait jamais su distinguer auparavant) ? L’ADN du noyau nous a permis d’élucider ce mystère : il y a davantage de différences entre les individus d’Europe et d’Afrique du Nord d’une même lignée mitochondriale (partageant le même « nom de famille ») qu’entre les individus d’Europe de lignées mitochondriales différentes (de « noms de familles » différents) ! Les individus européens se reproduisent donc entre eux, même s’ils portent des génomes mitochondriaux très différents. Si elle est inhabituelle, comment expliquer l’existence d’une telle diversité mitochondriale ?

(si la vidéo ne se lance pas correctement dans firefox, suivez le correctif décrit ici.)

Pas de nouvelle espèce ? C’est nul !

En effet, on montre qu’il n’y a qu’une seule espèce regroupant simplement des lignées très anciennes, mais le plus dur était de prouver que les individus qui les portaient se mélangeaient ! Par ailleurs, on ne revivra pas l’exemple de la Pipistrelle pygmée, longtemps confondue avec la Pipistrelle commune : aujourd’hui elle est bel et bien reconnue comme espèce distincte, mais du coup, cela a remis en doute toutes les études antérieures qui ne faisaient pas la différence entre ces deux espèces ! Enfin, cela nous apprend la prudence avant de crier à l’existence d’espèces cachées sur la seule base de marqueurs génétiques hérités d’un seul parent. Ces résultats « négatifs » ne vont donc pas compliquer le travail des protecteurs, puisque la classification des Pipistrellus kuhlii ouest européennes se rapporte bien à une seule espèce. C’est donc une bonne nouvelle, non ?

Tommy Andriollo, avec l’aimable relecture de Lucie Cauwet et Manuel Ruedi.

Références bibliographiques

Andriollo T., Naciri Y. & M. Ruedi (2015). Two mitochondrial barcodes for one biological species: the case of European Kuhl’s pipistrelles (Chiroptera). PLoS ONE, 10: e0134881. doi: 10.1371/journal.pone.0134881.

Pestano J., Brown R.P., Suarez N.M. & S. Fajardo (2003). Phylogeography of pipistrelle-like bats within the Canary Islands, based on mtDNA sequences. Molecular Phylogenetics and Evolution, 26: 56-63. doi:10.1016/S1055-7903(02)00307-X.

Chiroptères en Albanie: zoom sur la thèse de Philippe Théou

dimanche, juillet 27th, 2014

L’Albanie, petit pays du sud ouest balkanique, n’est pas (encore !) très connu par le grand public, ni d’ailleurs par sa diversité d’habitats et en chiroptères. Et pourtant, pas moins de 32 espèces ont pour le moment été identifiées dans ce pays grand comme la Bretagne.


Cependant, malgré cette richesse spécifique, les connaissances sur les chauves souris d’Albanie sont encore très lacunaires. Entre 1950 et 1994, seulement trois publications apparaissent : Hanak V. et al. (1961), Hurka, K. (1962), Lamani F. (1970). A partir des années 1990, plusieurs chercheurs étrangers ont séjournés en Albanie, permettant d’identifier de nouvelles espèces pour le pays, et soulignant quelques observations intéressantes de colonies. Mais les connaissances sur la répartition et le suivi des populations sont restées très limitées.

C’est en partant de cette observation que la premiere thèse sur les chiroptères a débuté en septembre 2012, à l’Université de Tirana, avec comme objectif d’étudier la dynamique de population des espèces cavernicoles. Ce projet se focalise sur les quelques zones du territoire où des données historiques sont disponibles : le Parc National de Prespa (Papadatou et al, 2011), à la frontière de la Macédoine et de la Grèce, et quelques grottes et bunkers visités dans les années 60 et 90 par des chercheurs étrangers.

Pour la première fois en Albanie, un protocole de suivi est mis en place, et permet d’apporter des élèments de réponses vis-à-vis de l’actuelle situation des populations de chauves-souris dans le pays.


Pour prendre l’exemple du parc national de Prespa, il a tout d’abord fallu identifier les stations (grottes ou bunkers/tunnels) utilisés par les chiroptères. De 8 stations connues en 2011, le réseau est aujourd’hui composé de 43 stations utilisées au cours de l’année. Ces stations sont visitées de facon régulière, afin d’identifier les espèces présentes, le nombre d’individus, et l’utilisation faite du site. Ce travail étant realisé en coopération avec les chercheurs de Macedoine et de Grèce, l’objectif final est de connaître l’état des populations de chiroptères dans cette vaste zone, et d’améliorer la conservation de ces espèces grâce à une cooperation renforcée entre les différents partenaires de la région.


La collecte de données est encore en cours, mais l’on peut déjà souligner la découverte de colonies de Miniopterus schreibersii (plus de 3000 en tout), de Myotis cappaccinii (2000), de Rhinolophus hipposideros (plus de 300). Les premieres données concernant l’hibernation en Albanie soulignent l’utilisation des grottes de Prespa par au moins 6 espèces.


De plus, plusieurs observations intéressantes pour la région ont été réalisées, avec Tadarida teniotis, Plecotus kolombatovici ou encore Eptesicus serotinus.


En parallèle de cette recherche, plusieurs centaines de bunkers, grottes et maisons ont été visités depuis 2011, ce qui avec plusieurs heures d’enregistrement via le D1000X a permis d’augmenter considérablement les connaissances sur la repartition des espèces en Albanie. Cette collecte de données est accompagnée d’un soutien et d’une formation aux étudiants Albanais pour la recherche sur les chiroptères, ainsi que d’une communication vers le grand public, comme la réalisation de la première nuit de la chauve-souris pour le pays en 2013.

Philippe Théou pour le Chiroblog

Pour en savoir plus :
Site internet du projet
Page facebook du projet

Bibliographie :

Bego, F., Griffiths, H.I. (1994): Preliminary data on the bats (Mammalia, Chiroptera) of Albania. Stud. Speleol. 9: 21-25.

Hanak V., Lamani F., Muraj X. (1961) : Tê dhëna nga përhapja e lakuriqëve të natës. Bul. Univ. Shtetëtor Tiranës Seria Shk. Natyrore Nr.3 : 124-158.

Hurka, K. (1962): Beitrag zur Nycteribiiden -und Strebli denfauna Albaniens nebst Bemerkungen zur Fauna von Bulgarien; Ungarn und UdSSR. Acta Soc. Ent. Czechoslov. 59(2): 156-164.

Lamani F. (1970) : Lloje të raja lakuriqesh nate në vëndin tonë. Bul. Univ. Shtetëtor Tiranës Seria Shk. Natyrore Nr.2 : 143-150.

Papadatou E, Grémillet X, Bego F, Petkovski S, Stojkoska E, Avramoski O, Kazoglou Y (2011): Status survey and conservation action plan for the bats of Prespa. Society for the Protection of Prespa, Agios Germanos, pp 170.
Théou, P., Bego, F. (2013): Etude des populations de chiroptères de l’île de Sazani. Note naturaliste Initiative PIM. 12 pp.

Schieffler, V.I., Bego, F., Théou, P., Podany, M., Pospischil, R., Hubner, S., (2013): Ektoparasiten der Fledermäuse in Albanien – Artenspektrum und Ëirtsbindung. Nyctalus (N.F.), Berlin 18, Heft 1, S. 84-109.

Uhrin M, Horacek I, Šibl J, Bego F (1996): On the bats (Mammalia: Chiroptera) of Albania: survey of the recent records. Acta Soc. Zool. Bohem. 60: 63-71.

Prédation de lichis par des chauves-souris frugivores à Madagascar

samedi, mai 31st, 2014

Le volume total de litchis sur le marché international est d’environ 100.000 tonnes par an. Un tiers de celui-ci va vers le marché européen et est fourni par l’Afrique du Sud et Madagascar. Madagascar occupe la troisième position des principaux pays producteurs de litchis après la Chine et l’Inde. 70% de sa récolte assure la demande européenne en litchis (Menlez, 2002). L’exportation de litchis constitue une source de devises importante pour Madagascar, génère un chiffre d’affaires d’environ 30 millions d’euros par an et fournit un revenu saisonnier pour 30.000 foyers environs (OMEF 2007). La production de litchis se trouve principalement dans la partie Est et Sud-Est de Madagascar où les conditions climatiques sont propices à la plantation de cette espèce.

Dans certaines régions de Madagascar, les chauves-souris frugivores (Pteropodidae) se nourrissent de litchis. Les niveaux de prédation infligent des dommages sur les récoltes et indiscutablement sur les revenus annuels des paysans. Ces espèces menacées et endémiques bénéficient d’une protection mais des persécutions se produisent. Ces dernières ont été confortés par le gouvernement maurien en dépit du fait que les chauves-souris soient protégées par des lois (Jenkins et Tatayah 2009). Dans les régions Est de Madagascar, les cultivateurs ont recours à plusieurs méthodes pour minimiser la prédation des chauves-souris sur les litchis comme la chasse et l’abatage par de longs bâtons des chauves-souris prenant les fruits de Dimocarpus longan (Andrianaivoarivelo et al ; 2007). Ces moyens de destructions sont communément utilisés depuis longtemps. Cependant, des recherches sont nécessaires pour mieux comprendre les différents facteurs influant la productivité des litchis puisque les chauves-souris frugivores ne sont pas seulement les causes des pertes en récolte mais il est possible que d’autres facteurs interviennent. A l’heure actuelle, aucune donnée n’est encore disponible que ce soit sur les facteurs abiotiques que biotiques (animaux frugivores) qui en fait constitue le but principal de la présente recherche.

L’étude a été menée pendant la saison humide du mois de Novembre 2007 et de Janvier 2008 dans deux localités différentes avec deux transects additionnels réalisés sur d’autres sites. Les investigations détaillées ont été réalisées à l’extrême Sud-est de Madagascar dans le Fokontany d’Amborabao (District de Tolagnaro, Région Anosy) entre le mois de Novembre et Décembre 2007 et au Centre Est de Madagascar au sein du District d’Anosibe An’Ala (Région Alaotra Mangoro) de Décembre 2007 à Janvier 2008. La première ligne de transect a été réalisé le long de la route nationale de la partie Est de l’île entre Vavatenina , Soanierana Ivongo et Brickaville ( Région d’Atsinanana et d’Analanjirofo). Les deux lignes de transects ont été menées en Novembre et Décembre 2008.

Les propriétaires des pieds de litchis rapportent que des facteurs abiotiques peuvent intervenir dans la productivité de litchis tels que l’insuffisance de précipitation, le faible taux d’humidité ou encore les vents violents pendant les développements des fruits. Les chauves-souris frugivores causent des dommages importants sur les litchis à Tolagnaro, un de nos quatre sites d’études. Les évaluations sont basées sur des interviews réalisées auprès des producteurs de litchis mais aussi en évaluant directement le nombre de fruits endommagés par les chauves-souris frugivores se trouvant sous les pieds des litchis. A Tolagnaro, le nombre de fruits endommagés par les chauves-souris par jour est en moyenne de 78 ± 140 (n = 11 pieds), ce qui représente environ 22.1 % à 64.0 % de la production. La perte est estimée entre 12.60$ et 21.50$ par pied. Les principaux facteurs probables influençant la gravité du conflit entre les producteurs de litchis et les chauves-souris frugivores sont : (i) la distance entre les gites des chauves-souris et les vergers (ii) le nombre de fruits portés par pied. Certains cultivateurs à Tolagnaro utilisent des épouvantails et cloches afin de dissuader les Pteropus rufus se nourrissant sur les litchis, mais aucune évidence n’a été trouvée dans l’autre site d’étude quant à la fiabilité de ces différentes méthodes utilisées pour minimiser les dommages induits par ces mammifères volants. Des investigations pour trouver des méthodes de contrôle non-destructives afin de minimiser les dommages occasionnés par les chauves-souris s’avèrent d’une grande priorité pour épargner ces espèces de toutes sortes de persécutions humaines.

Les traces de dents d’Eidolon dupreanum sur les fruits de litchis dans les vergers d’ Anosibe An’Ala
© Radosoa A. Andrianaivoarivelo.

Rousettus madagascariensis (Rousette de Madagascar)
© Radosoa A. Andrianaivoarivelo

Radosoa pour le Chiroblog

Références bibliographiques
Andrianaivoarivelo, R.A., Ramilijaona, O.R. and Andriafidison, D. (2007) Rousettus madagascariensis Grandidier 1929 feeding on Dimnocarpus longan in Madagascar. African Bat Conservation News, 11, 3-4.

Jenkins, R. K. B. and Tatayah, V. 2009. Flying foxes (pteropodidae: pteropus) in the western Indian ocean: a new regional initiative. Observations, discussions and updates. African Bat Conservation News. 21: 2-3.

Menzel, C. 2002. The lychee crop in Asia and the Pacific. Maroochy Research Station, Queensland Department of Primary Industries, po box 5083, scmc, nambour, qld. 4560, Australia, Rap Publication. 16: 108.

OMEF, 2007. Observatoire Malgache de l’Emploi et de la Formation professionnelle continue et entrepreneurial. Marché de la filière litchi. Source : PROSI Magasine, novembre 1998, N°358, Diversification Agricole.

 

Opération refuges pour les chauves-souris

lundi, décembre 16th, 2013

En France, un grand nombre de chauves-souris accomplit tout ou partie de son cycle de vie dans les éléments bâtis. Les combles, quelque soit leur volume, mais aussi les caves ou les interstices des murs sont des endroits privilégiés par les chauves-souris pour mettre bas, hiberner ou simplement séjourner pendant une ou plusieurs journées. Les jardins, petits ou grands peuvent également héberger des chauves-souris et constituent des terrains de chasse privilégiés, notamment dans les zones gagnées par l’urbanisation.

Il est possible, en adoptant quelques mesures simples, de favoriser l’installation des chiroptères chez soi, ou de favoriser les individus qui peuvent avoir déjà élu domicile dans une habitation. L’Opération Refuges a pour but de promouvoir ces initiatives, de délivrer des conseils techniques adaptés à la biologie des chauves-souris et de saluer les bonnes volontés qui souhaitent s’engager dans cette voie. Elle se présente comme un système de conventionnement, qui associe la Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères et un propriétaire : particulier, collectivité ou entreprise. Elle est soutenue dans chaque région par une structure locale de protection des chauves-souris qui peut apporter ses conseils et son savoir faire dans le domaine, et assurer si besoin le suivi des populations de chiroptères présentes sur le site.

Cette convention engage le propriétaire sur des points simples et peu contraignants, qui peuvent se révéler extrêmement bénéfiques pour les chauves-souris. Des propositions pour aller plus loin dans la protection de ces petits mammifères sont également formulées. Ainsi, si le propriétaire s’engage à limiter les dérangements aux animaux présents et à ne pas boucher les accès qui peuvent mener à sa cave ou son grenier, il lui est également possible d’installer des gîtes artificiels, ou d’adopter des pratiques d’entretien et de jardinage qui favoriseront les chauves-souris dans toute sa propriété. En cas de travaux, les experts régionaux seront là pour le conseiller et limiter les impacts sur les animaux.

Une fois la convention signée, le propriétaire se voit attribuer le label « Refuge pour les chauves-souris » et dispose des différents outils de communication pour mener au mieux cet engagement en faveur de la biodiversité : plaquette, guide technique, autocollant longue durée, et panneau à fixer (moyennant une participation symbolique). Il est ainsi possible d’afficher fièrement son engagement pour les chauves-souris et d’assurer à travers cette opération la promotion de la nature dans tout un quartier. Dans les zones urbaines ou les habitations modernes, ces Refuges seront d’une grande importance pour la conservation de ces animaux. A terme, les différents Refuges ainsi créés pourraient constituer un maillage dense de gîtes et de jardins favorables aux chauves-souris, et contribuer à l’amélioration de l’état des populations de certaines espèces rares.

Devenir Refuge pour les chauves-souris est une démarche simple, qui vous permet de bénéficier de conseils réguliers de la part de spécialistes régionaux et d’intégrer un réseau efficace et dynamique de protection des chauves-souris. Pour ce faire, il suffit de prendre contact avec la SFEPM ou la structure qui relaie l’opération dans votre région et signifier votre désir de constituer un refuge sur votre propriété. L’opération débutée en 2011 compte déjà 207 refuges, dont une centaine en Bretagne.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site internet de l’opération Refuges pour les Chauves-souris.

Jihane pour le Chiroblog

Afribats: une plate-forme naturaliste internet sur les chauves-souris d’Afrique

lundi, décembre 9th, 2013

AfriBats est une plate-forme naturaliste collaborative qui a pour sujet les chauves-souris d’Afrique. C’est un réseau coordonné par Jakob Fahr et endorsé par l’UICN Bat Specialist Group et Bat Conservation International. Le but de ce projet est de mobiliser les connaissances des amateurs et professionnels pour mieux connaître et mieux protéger les Chiroptères Africains. Le continent Africain et les îles environnantes comptant presque de 300 espèces mais leur distribution géographique reste très peu connue. Plus d’un tiers des espèces sont menacées, avec la perte d’habitats, le dérangement et la destruction des gîtes, la chasse pour la viande de gibier, l’utilisation des terres et des pesticides. Les données collectées dans le cadre du projet sont des éléments précieux pour la conduite de projets scientifiques et d’actions de conservation.

De nombreuses fonctionnalités sont disponibles sur le réseau AfriBats, notamment des cartes de distribution de l’UICN et des fiches espèces. Une des particularités du projet est le fonctionnement en plate-forme collaborative. Vous pouvez mettre en ligne vos clichés et vos enregistrements acoustiques de chauves-souris, les géolocaliser à l’aide des coordonnées GPS ou sur une carte. De plus, vous pouvez ajouter de nombreuses informations parallèles sur les observations (habitat, décompte, sexe, âge, longueur d’avant-bras et masse corporelle). En cas de doute sur l’identification, un outil basé sur les cartes de répartition – l’Identotron – suggère des identifications potentielles. En parallèle, la communauté AfriBats peut être sollicitée pour affiner votre observation, par exemple d’identification au niveau du genre à une identification au niveau spécifique.

Pour rejoindre le réseau et partager vos données, vous pouvez créer un nouveau compte ou vous enregistrer avec votre compte Google, Facebook, Flickl, Yahoo ou Twitter. Vous pouvez alors ajouter vos clichés depuis le disque dur ou depuis vos comptes Facebook, Flick ou Yahoo. Des applications pour iPhone et Androïd sont également disponibles. Si vous l’autorisez, les clichés seront partagés sur l’Encyclopedia of Life (Eol) et les données partagés sur le Global Biodiversity Information Facility (GBIF). En résumé, cette plate-forme naturaliste constitue un outil unique pour favoriser la diffusion des données et des connaissances, dans l’intérêt du grand public et aussi de la recherche scientifique.

Pour plus d’informations, téléchargez le flyer ou rendez-vous sur le site internet d’Afribats.

Yann & Jakob pour le Chiroblog

Epomophorus gambianus (Burkina Faso) (c) Jakob Fahr

Myotis welwitschii (Guinée) (c) Piotr Naskrecki

Pipistrellus tenuipinnis (Côte d’Ivoire) (c) Jakob Fahr

Mops condylurus (Bénin) (c) Jakob Fahr

Sélection d’articles en Octobre

mardi, octobre 15th, 2013

Une riche sélection d’articles scientifiques vous attend pour ce mois d’Octobre 2013 :

– Un article sur le Syndrome du Museau Blanc avec des analyses histopathologiques sur des chauves-souris européennes infectées par Geomyces destructans. L’étude confirme le fait que le champignon Geomyces destructans est à l’origine des lésions sur les ailes des animaux européens– avec un impact bien moindre du champignon sur les chauves-souris d’Europe comparées à leur congenères d’Amérique du Nord [Télécharger le PDF].

– Un article sur la taxonomie du genre Myotis à l’échelle mondiale. L’étude met en évidence – à l’aide d’arbres phylogénétiques et de modèles biogéographiques – les origines et la radiation du genre à l’échelle mondiale [lien vers le résumé].

– Une autre étude taxonomique, sur des espèces de la famille des Phyllostomidae. Cette étude se base sur des génomes mitochondriaux pour reconstruire la taxonomie des principales « branches » de la famille [lien vers le résumé].

– Une étude basée sur de nombreux marqueurs moléculaires qui identifie la structure actuelle des populations ainsi que les réfuges glaciaires du Petit Rhinolophe lors des récentes glaciations et la recolonisation de l’espèce dans le Paléarctique Ouest [lien vers le résumé].

– Une publication sur les perspectives de l’utilisation de l’ADN pour contrôler les chauves-souris (de l’espèce jusqu’à l’individu) en hibernation, notamment pour limiter le dérangement [Télécharger le pdf].

– Un travail qui étudie les conséquences génétiques de changements climatiques passés (glaciations) et futurs (réchauffement climatique) sur la distribution de l’oreillard gris [lien vers le résumé].

– La taxonomie de Myotis nattereri s’est trouvée récemment bouleversée, l’espèce serait en fait un complexe d’espèces avec notamment le Myotis sp. A. Cette petite note – basée sur des recherches de spécimens dans des Muséums – propose un nouveau nom pour ce taxon [Télécharger le PDF].


Références bibliographiques

Skin lesions in European hibernating bats associated with Geomyces destructans, the etiologic agent of White-Nose Syndrome. Wibbelt G, Puechmaille SJ, Ohlendorf B, Mühldorfer C, Bosch T, Görföl T, Passior K, Kurth A, Lacremans D and Forget F. PLoS ONE, 2013; 8(9): e74105. [doi:10.1371/journal.pone.0074105]

Ruedi, M., Stadelmann, B., Gager, Y., Douzery, E. J. P., Francis, C. M., Lin, L.-K., … Cibois, A. (2013). Molecular phylogenetic reconstructions identify East Asia as the cradle for the evolution of the cosmopolitan genus Myotis (Mammalia, Chiroptera). Molecular Phylogenetics and Evolution, 69(3), 437–449.

Botero-Castro, F., Tilak, M., Justy, F., Catzeflis, F., Delsuc, F., & Douzery, E. J. P. (2013). Next-generation sequencing and phylogenetic signal of complete mitochondrial genomes for resolving the evolutionary history of leaf-nosed bats (Phyllostomidae). Molecular Phylogenetics and Evolution, 69(3), 728–739.

Non-invasive genetics can help find rare species: a case study with Rhinolophus mehelyi and R. euryale (Rhinolophidae: Chiroptera) in western Europe. Puechmaille S and Teeling E. Mammalia, in press. [doi:10.1515/mammalia-2013-0040]

Phylogeography and postglacial recolonisation of Europe by Rhinolophus hipposideros: evidence from multiple genetic markers. Dool, S, Puechmaille S, Dietz C, Juste J, Ibáñez C, Hulva P, Roue S, Petit E, Jones G, Russo D, Toffoli R, Viglino A, Martinoli A, Rossiter SJ and Teeling E. Molecular Ecology, 2013; 22(15): 4055-4070. [doi:10.1111/mec.12373]

The shaping of genetic variation in edge-of-range populations under past and future climate change.
Razgour O, Juste J, Ibáñez C, Kiefer A, Rebelo H, Puechmaille SJ, Arlettaz R, Burke T, Dawson DA, Beaumont M and Jones G. Ecology Letters, 2013; 16(10): 1258-1266. [doi:10.1111/ele.12158]

Vespertilion (Myotis) latipennis (Crespon, 1844) : un nom pour la nouvelle espèce Myotis sp. A du groupe nattereri ? Allegrini B and Puechmaille SJ. Le Vespère, 2013; 3 181-183.

Des chiroptères et des hommes : zoom sur les travaux de Pierline Tournant

dimanche, janvier 15th, 2012

Le petit rhinolophe (Rhinolophus hipposideros) était autrefois une espèce répandue en Europe. Elle a cependant connu une importante réduction de ses effectifs, dont les causes ne sont pas encore bien identifiées. Parmi diverses hypothèses, celle de la diminution et de la fragmentation des habitats spécifiques de l’espèce a été retenue. En effet, le petit rhinolophe a la particularité de se déplacer en suivant les éléments linéaires du paysage, telles que les haies ou lisères de bois. La connectivité paysagère semble donc être un facteur prépondérant dans le maintien de l’espèce.

Dans ce contexte, mon projet de thèse consiste, dans une première partie, à caractériser la connectivité fonctionnelle de l’habitat du petit rhinolophe à l’aide de la méthode des graphes paysagers afin d’évaluer son rôle dans la distribution de l’espèce en Franche-Comté. La seconde partie de la thèse porte sur une étude de la structure génétique spatiale des colonies qui permettra d’analyser finement le rôle du paysage sur la diffusion des gènes, et donc sur la capacité des colonies à maintenir un certain brassage génétique.

A terme, ces résultats visent à prédire l’impact de modifications de la connectivité du paysage sur les populations de petits rhinolophes, dans le cadre par exemple, de la mise en place d’infrastructures de transport.

Pierline (doctorante en écologie du paysage, Université de Franche-Comté)

A la recherche du Petit Rhinolophe

Petit Rhinolophe dans son gîte

Collecte d'échantillons (guano) pour analyses génétiques

Reconnaissance innée des plans d’eau chez les chauves-souris écholocatrices

lundi, juin 13th, 2011

Pour se diriger, chasser et communiquer, la majorité des chauves-souris utilisent l’écholocation, équivalente à un biosonar. Cette fonction originale leur procure une représentation mentale qui peut être considérée aussi précise et performante que certaine formes de vision. Cependant, certaines situations peuvent parfois duper ce sens particulier aux chiroptères. Stefan Greif et Björn Siemers de l’Institut Max Planck pour l’ornithologie (Allemagne) ont mis en évidence une reconnaissance innée des surfaces lisses et horizontales comme des plans d’eau chez les chauves-souris écholocatrices. Les travaux des allemands montrent la méprise des chauves-souris face à des planches en bois ou en plastique qu’elles assimileraient à des plans d’eau et sur lesquelles les animaux tenteraient de boire. Ces résultats sont préoccupants considérant les nombreux types de surfaces lisses et horizontales présentes dans notre environnement, telles les baies vitrées et les panneaux solaires.

Drinking bat.

Un Grand Murin, Myotis myotis, surpris dans son approche d’un plan d’eau pour boire © Photo: Dietmar Nill

Si vous avez trois minutes…

Yann & Meriadeg

Références bibliographiques

Greif, S. et B. M. Siemers. 2010. Innate recognition of water bodies in echolocating bats. Nature Communications, doi: 10.1038/ncomms1110

L’importance économique des Chiroptères pour l’agriculture

mercredi, avril 20th, 2011

Selon une étude parue dans la revue Science, « la disparition des chauves-souris coûterait 3,7 milliards de dollars aux agriculteurs américains ». Pour aller plus loin, un article en français sur le site d’actu-environnement.com ou la publication originale en anglais !

Yann

Opération « refuges pour les chauves-souris »

mardi, avril 12th, 2011

Ce projet lancé par le Groupe Mammalogique Breton en 2006 bénéficie maintenant du soutien de la SFEPM qui le décline au niveau national. Pour rappel, cette opération est un système de conventionnement entre propriétaires (privés ou collectivités), qui permet de protéger des chauves-souris déjà présentes ou de favoriser leur installation.
Il permet de promouvoir et de valoriser l’engagement en faveur des chauves-souris, tout particulièrement dans les zones bâties ou les jardins résidentiels. Même s’il peut être mis en œuvre dans des sites exceptionnels, il est destiné à toucher le grand public de façon assez large. Des financements de l’Etat français vont permettre la production et la diffusion d’outils de communication (guide technique de 32 pages, autocollant, planneau en PVC & plaquette de promotion).

Toutes les infos sur le site web des Refuges pour les chauves-souris !

Dominique & Roman