Archive for juin, 2015

Sélection d’articles, hiver/printemps 2015

lundi, juin 22nd, 2015

Nous vous avons compilé une petite sélection d’articles scientifiques publiés ces derniers mois:

– Un article sur les méthodes d’échantillonnage et de préservation de l’ADN pour des analyses moléculaires. La biopsie alaire (« wing punch »), préservée dans du silica gel, est la méthode qui donne la quantité d’ADN la plus importante et qui est donc recommandée [Télécharger le PDF].

– Une étude sur un méchanisme inconnu d’orientation dans l’obscurité. La majorité des Pteropodidae (renards volants) sont dépourvus de l’écholocation classique, basée sur la génération de « pulses » à l’aide du larynx ou de la langue. Une équipe de scientifiques vient de mettre en évidence chez deux espèces de Pteropodidae l’utilisation de « clics » à l’aide des ailes pour détecter et discriminer des objets dans le noir complet [lien vers le résumé].

– Une étude sur l’influence d’une nouvelle génération d’éclairage artificiel sur l’activité des chauves-souris. La nouvelle génération de lampes « white metal halide » s’avère très attractive pour les chauves-souris mais avec des conséquences au niveau des écosystèmes qui restent à déterminer [lien vers le résumé].

– Un article sur la mortalité des chiroptères tropicaux dans une ferme d’éoliennes du Brésil. 336 carcasses de 9 espèces différentes furent retrouvées, avec une majorité de Tadarida brasiliensis (245), une espèce migratrice volant à haute altitude [lien vers le résumé].

Références bibliographiques
Barros M.A.S., de Magalhães R.G. & A.M. Rui (2015). Species composition and mortality of bats at the Osório Wind Farm, southern Brazil. Studies on Neotropical Fauna and Environment, 50, 31–39.

Boonman A., Bumrungsri S. & Y. Yovel (2014). Nonecholocating Fruit bats produce biosonar clicks with their wings. Current Biology, 24, 2962–2967.

Corthals A., Martin A., Warsi O.M., Woller-Skar M., Lancaster W., Russell A. & L.M. Dávalos (2015). From the field to the lab: best practices for field preservation of bat specimens for molecular analyses. PLoS One, 10:e0118994.

Stone E.L., Wakefield A., Harris S. & G. Jones (2015). The impacts of new street light technologies: experimentally testing the effects on bats of changing from low-pressure sodium to white metal halide. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 370.

Le champignon Geomyces destructans introduit d’Europe en Amérique du Nord

dimanche, juin 14th, 2015

Nous avons parlé à maintes reprises sur ce blog de la maladie du nez blanc qui affecte les chauves-souris Nord-Américaine. Voici un nouvel épisode. Cette maladie est due au champignon Geomyces destructans qui infecte les chauves-souris durant la période hivernale, causant des mortalités massives affectant l’abondance et la distribution des espèces de chauves-souris. Suite a la découverte du champignon en Europe en 2009 et à l’absence de mortalité massive dans les gîtes d’hibernation, les scientifiques pensaient que le champignon avait été introduit d’Europe mais n’en avaient pas la preuve. En mars 2015, nous avons publié un étude dans la revue Current Biology qui montre sans ambigüité que la population Européenne du champignon est génétiquement bien plus diverse que la population Nord Américaine, démontrant ainsi que le champignon est présent en Europe depuis bien plus longtemps qu’il ne l’a été en Amérique du Nord. En plus de cela, le champignon présent en Amérique du Nord est génétiquement très proche (identique pour les 8 gènes séquencés) de certains isolats collectés en Europe de l’ouest (particulièrement en Allemagne et au Luxembourg). Cette étude génétique apporte ainsi un argument de poids en faveur d’une origine européenne du champignon récemment introduit en Amérique du Nord.

PuechmailleFig1-01-01 Distribution spatiale et relations phylogénétiques des isolats de Geomyces destructans. (A) La carte montre la répartition géographique des isolats analysés avec la couleur représentant les différent haplotypes (séquences) trouvés dans le jeu de données. (B) Les relations entre les haplotypes sont illustrées dans l’arbre phylogénétique. L’haplotype en rouge (Hap_1) est partagé entre la population Européenne et la population Nord Américaine du champignon (Figure issue de Leopardi et al. 2015).

La localisation exacte de la population d’origine en Europe n’a pas encore été identifiée mais des études à ces fins sont en cours dans notre laboratoire. Ces études en cours visent en premier lieu à identifier la population d’origine en Europe afin de comprendre comment le champignon a pu être transporté d’Europe aux Etats-Unis, ceci étant crucial si nous voulons mettre en place des mesures préventives afin qu’une telle introduction (de ce champignon ou d’autres agents biologiques) ne se reproduise. Nous analysons également la structure génétique des populations du champignon en Europe afin de mieux comprendre si le champignon se « déplace » et si oui, comment (par quel moyens: les chauves-souris, les humains [chiroptérologues, spéléologues, etc.] ?). Afin de répondre au mieux a ces questions, nous avons besoin plus que jamais d’échantillons du champignon donc si vous observez des chauves-souris au nez blanc, n’hésitez pas à nous contacter afin de voir comment effectuer ces prélèvements au mieux (un grand merci a tous ceux qui ont déjà contribué).

Sébastien (au nom de tous les coauteurs).

Référence bibliographique

Leopardi, S., Blake, D. & S.J. Puechmaille, , 2015. White-Nose Syndrome fungus introduced from Europe to North America. Current Biology 25, R217-219. [Télécharger le PDF].