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La maladie du nez blanc affecte l’abondance et la distribution des espèces de chauves-souris

jeudi, février 12th, 2015

L’abondance des organismes (y compris des Chiroptères) varie énormément entre différentes espèces mais également au sein d’une même espèce, la taille des groupes s’échelonnant parfois d’individus solitaires jusqu’à des agrégations de million d’individus, ceux-ci étant souvent inégalement répartis à travers des habitats apparemment favorables. Caractériser ces patrons d’abondance, de distribution et de socialité a longtemps fasciné les écologistes mais la compréhension des mécanismes responsables de ces patrons sont relativement mal connus. Identifier et comprendre les mécanismes qui génèrent les patrons observés permettrait d’améliorer notre compréhension des forces qui façonnent les communautés écologiques et permettrait ainsi de les préserver au mieux.

C’est en comparant les communautés de chauves-souris Européennes et Nord Américaines que nous avons abordé ces questions. Nous avons comparé la taille des colonies en Amérique du Nord avant et après l’apparition du WNS à la taille des colonies en Europe, tout en prenant en compte les différences d’habitat et de climat. Pour cela, nous avons utilisé quatre décennies de comptages sur 1108 sites d’hibernation de 16 espèces de chauves-souris en Amérique du Nord et en Europe pour comprendre comment l’émergence de la maladie du nez blanc (WNS) a altéré l’abondance locale des espèces (au passage, un grand merci a ceux qui ont fourni leurs données et participé aux comptages). Nos hypothèses étaient que (1) l’émergence de la maladie du nez blanc a réduit l’abondance des chauves-souris en Amérique du Nord à des niveaux semblables à ceux en Europe, où la maladie est a priori endémique, et (2) les maladies émergentes modifient les patrons de distribution des espèces en causant des extinctions locales, surtout pour les colonies de petite taille.

Les résultats nous montrent que la maladie du nez blanc a réduit par 10 l’abondance des chauves-souris qui hibernent en Amérique du Nord, ce qui a aboutit a éliminer les grandes différences d’abondance qui existaient entre l’Europe et l’Amérique du Nord avant l’émergence de la maladie. La maladie a également provoqué de multiples extinctions locales (jusqu’à 69% des sites pour une espèce, Myotis septentrionalis). Pour la plupart des espèces étudiées, en accord avec la théorie, le risque d’extinction locale était plus élevé pour les petites populations.

Figure 1

 

Taille moyenne des colonies d’hibernation pour toute les espèces confondues en Amérique du Nord pre-WNS (marron), Amérique du Nord WNS (orange) et en Europe (rouge). Les photos au dessus montrent des agrégations représentatives de chauves-souris en hivernation pour Myotis lucifugus au Vermont pre-WNS (droite), le même site post-WNS (milieu), et Myotis myotis en République Tchèque (droite).

 

Picture3Disparition locale de six espèces en Amérique du Nord sept ans apres l’émergence de la maladie du nez blanc. La taille des cercles indique la taille des colonies pre-WNS. Les cercles noirs sont des colonies encore existantes alors que les cercles rouges représentent les colonies disparues. L’étoile noire montre le site d’où la maladie a émergé.

Notre étude montre que de manière plus globale, les interactions entre espèces, y compris les maladies, influencent les grandes tendances de présence des espèces, d’abondance et de risques de disparition. Ces facteurs sont donc à prendre en compte pour préserver au mieux les espèces, que cela soit à l’échelle locale où a l’échelle de l’aire de distribution de l’espèce.

Sébastien (au nom de tous les coauteurs).

Référence bibliographique

Frick W, Puechmaille SJ, Hoyt JR, Nickel BA, Langwig KE, Foster JT, Horáček I, Bartonička T, Barlow KE, Haarsma A-J, van der Kooij J, Rodrigues L, Mulkens B, Petrov B, Herzog C, Reynolds R, Stihler CW, Turner GG, Feller D, Kilpatrick AM (2015) Disease alters macroecological patterns of North American bats. Global Ecology and Biogeography, sous presse.