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Rechercher l’amour dans l’obscurité…

vendredi, août 1st, 2014

Probablement que la décision la plus importante dans la vie de tous les animaux, y compris la nôtre, est de trouver le partenaire le plus approprié ! Si vous faites le mauvais choix, cela peut avoir des répercussions sur plusieurs générations. Pour les humains, généralement la première chose qui vous attire chez un partenaire potentiel est son aspect visuel, est-ce que cette personne est attrayante ? Mais imaginez vous avoir à trouver un partenaire dans l’obscurité totale ! Tel est le défi ultime auquel les chauves-souris sont confrontées.

Femelle de Rhinolophe de Mehely (Bulgarie, 2012). © S. Puechmaille.

De tous les mammifères, les chauves-souris sont les spécialistes de l’ouïe. Ils utilisent l’écholocation ou sonar afin de s’orienter et de détecter leurs proies dans l’obscurité totale, en se guidant grâce aux échos de leur cris qui leur permettent de développer une image acoustique de leur environnement. Le sonar des chauves-souris est considéré comme l’un des modes de perception sensorielle les plus fascinantes mais reste encore relativement mal compris. Contrairement au chant des oiseaux, le rôle principal du sonar des chauves-souris est de s’orienter et de trouver de la nourriture. On sait relativement peu de choses sur l’utilisation du sonar dans un but de communication et de choix du partenaire. En effet, c’est uniquement au cours de la dernière décennie qu’il a été suggéré que les cris d’écholocation peuvent coder de l’information sur le sexe, la taille de l’animal, l’âge mais son rôle dans le choix du partenaire n’a jamais été testé.

Quelques mâles de Rhinolophe de Mehely en parade en septembre (Bulgarie, 2012). © S. Puechmaille.

Dans une étude intégrative, nous avons testé le rôle de l’écholocation dans le choix du partenaire chez le Rhinolophe de Mehely (Rhinolophus mehelyi). Nous montrons pour la première fois que les chauves-souris sont en effet « à l’écoute » pour trouver un partenaire plutôt qu’en mode « recherche visuelle ». En combinant de l’écologie, de la génétique et des observations comportementales des Rhinolophes, cette étude a montré que des femelles de Rhinolophus mehelyi utilisent les cris d’écholocation pour choisir leur partenaire. Plus les cris du mâle sont aigus (haut en fréquence), plus le mâle est attrayant pour les femelles. Plus la fréquence du cri des mâle est haute, plus ils ont de descendants. En effet, l’écholocation chez les mâles peut-être comparée à la «queue de paon», plus la fréquence est haute, plus elle est attrayante. Cependant, malgré cet avantage sexuel, ces cris émis à plus haute fréquence sont considérés comme moins efficace pour la recherche de nourriture, et, finalement, sont un handicap « attrayant ». Le mâle apparaît plus attrayant pour les femelles, mais il ne peut pas chasser de manière optimale car plus un cri est élevé en fréquence, plus il va s’atténuer rapidement dans l’air, réduisant ainsi la distance de détection des objets et des proies. Il semble que les préférence des femelles pour les mâles avec une fréquence d’écholocation plus élevée puisse expliquer pourquoi cette espèce émets à une fréquence 30 kHz au dessus de ce qui est prévu par la relation d’allométrie. Ce «compromis» évolutif entre l’efficacité écologique et attractivité sexuelle influe et contraint le sonar des chauves-souris.

Individu de Rhinolophe de Mehely en vol (Bulgarie, 2012). © S. Puechmaille.

Cette étude est la première à démontrer le rôle de l’écholocation dans le choix du partenaire et deviendra une référence pour des études futures. Sa puissance vient de l’intégration des trois différents types de données : écologiques, comportementales et génétiques. Ces résultats mettent en évidence les chauves-souris comme un nouveau système afin d’explorer le rôle de l’acoustique dans le choix du partenaire et le conflit potentiel entre la sélection naturelle et sexuelle sur les traits spécifiques de l’évolution.

L’article au format PDF est disponible gratuitement en cliquant ici.

Sébastien (au nom de tous les coauteurs).

Référence bibliographique

Puechmaille, SJ, I Borissov, S Zsebok, B Allegrini, MW Hizem, S Kuenzel, M Schuchmann, EC Teeling, BM Siemers. 2014. Female mate choice can drive the evolution of high frequency echolocation in bats: A case study with Rhinolophus mehelyi. PLOS ONE 9:e103452.