Archive for juillet, 2013

Vigie-Chiro : le site web mis à jour

lundi, juillet 8th, 2013

Vigie-Chiro est un programme de sciences citoyennes mis en place par le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris.
Grâce aux ultrasons enregistrés par des observateurs dans toute la France, ce programme permet de suivre les populations de chauves-souris de France.

Le site web du projet vient d’être mis à jour, de nombreux documents sont disponibles, notamment dans la rubrique Aides et Guides. A noter des documents sur les logiciels (Syrinx, Audacity, Batsound, LupasRename, Scan’R), des fiches espèces et des documents d’identification acoustique.

Yann pour le Chiroblog

Origine et radiation des Chiroptères – zoom sur les travaux de thèse d’Anthony Ravel

vendredi, juillet 5th, 2013

Parmi les mammifères placentaires, les chiroptères sont les seuls dotés à la fois du vol battu et de l’écholocation. Ces deux adaptations-clés semblent avoir largement contribué au succès évolutif du groupe qui représente aujourd’hui près de 20% de la diversité mammalienne (seconde position après les rongeurs). De plus, les chiroptères constituent un groupe très cosmopolite dont l’aire de répartition s’étend à l’ensemble du globe, excepté les régions aux latitudes les plus extrêmes. Le registre fossile attribué aux chiroptères a permis d’identifier une radiation initiale qualifiée d’ « explosive ». En effet, les plus anciens fossiles révèlent un ensemble de familles éteintes apparaissant sur presque tous les continents (excepté l’Antarctique) dès le début de l’Éocène (soit environ -54Ma). Ces chauves-souris très anciennes représentent pour la plupart des formes primitives qui se différencient des chauves-souris modernes par certains aspects (morphologie dentaire, articulation du coude et de l’épaule, etc.…). Pourtant, de manière quasi-synchrone, plusieurs représentants appartenant aux principaux groupes de chiroptères actuels (Rhinolophoidea et Vespertilionoidea) sont connus en Tunisie. De ce fait, l’Afrique du Nord semble avoir été une zone géographique aux lourdes implications dans l’origine et la dispersion des formes modernes. Cependant la rareté du matériel fossile pour les chiroptères paléogènes soulève de nombreuses questions sur les modalités évolutives de la radiation et de la dispersion des premières formes modernes.

Mon sujet de thèse s’est focalisé sur l’étude de nouveaux fossiles de chiroptères provenant de localités éocènes situées en Afrique du Nord et en Asie du Sud. Une analyse systématique a permis l’identification de 18 nouvelles espèces fossiles réparties dans 7 familles modernes (Rhinolophidae, Rhinopomatidae, Hipposideridae, Necromantidae, Emballonuridae, Nycteridae, Philisidae et Vespertilionidae). Une approche phylogénétique du matériel a mis en évidence deux axes majeurs de dispersions qui ont pris place il y a environ 40 Ma : une phase Est-Ouest depuis l’Asie de l’Est jusqu’en Europe (impliquant uniquement les Rhinolophidae) et une phase Nord-Sud depuis l’Afrique du nord vers l’Europe (impliquant Hipposideridae et Emballonuridae). L’étude de la morphologie dentaire de chacune des espèces étudiées, de leur taille estimée et de la taphonomie (études du processus de fossilisation) des sites fossilifères a permis de mieux cerner le contexte paléo-écologique de ces chiroptères paléogènes. Dans des conditions paléo-climatiques tropicales ou subtropicales favorables à la prolifération d’insectes, les microchiroptères, pour la plupart insectivores, avaient à disposition une ressource abondante. Mais une telle richesse spécifique, parfois très localisée comme à Chambi, devait également entrainer une forte compétition interspécifique qui a probablement été un facteur déterminant dans les événements de radiation et de dispersion.

Depuis la fin de ma thèse, j’élargis ma thématique sur un aspect plus paléo-écologique. J’élabore ainsi un projet qui a trait directement aux problématiques liées à l’écholocation. Cette capacité a-t-elle été acquise une seule fois chez les chiroptères puis perdue plus tard chez les mégachiroptères ou a-t-elle été acquise au moins deux fois de manière convergente ? L’écholocation est-elle apparue avant le vol battu ou après ? Est-ce que le vol et l’écholocation ont évolué de manière parallèle ? Grâce aux nouvelles techniques d’imagerie 3D, il est maintenant possible d’étudier en détail le système auditif des chiroptères fossiles ce qui apportera de précieuses informations sur l’origine et l’évolution de l’écholocation au sein des chiroptères.

Anthony pour le Chiroblog

Site de fouille dans les Gour Lazib (Algérie)

Dans le Quercy (France) on trouve également des fossiles de chiroptères dans les phosphatières.

Etudes des fossiles de chiroptères provenant de Chine au Carnegi Museum of Natural History de Pittsburgh (USA).

Cris sociaux et leurre acoustique

jeudi, juillet 4th, 2013

De manière générale, les cris sociaux des chauves-souris et leurs fonctions restent très peu connus.
La synthèse la plus complète qui existe à ce jour pour les espèces européennes est la publication de Pfalzer & Kusch (2003).
Quatre catégories de cris sociaux – présentant des structures sonores communes mais identifiables au niveau spécifique – y sont décrites.

Le Type A serait utilisé dans un contexte de lutte ou de conflits entre individus, par exemple pour l’utilisation de territoires de chasse.

Le type B est le cri de détresse (distress call) qui attire les individus conspécifiques, pour se grouper et dissuader les prédateurs.

Le type C est utilisé pour la communication entre individus de manière générale, pour les femelles et leurs jeunes mais aussi des individus volant en tandem.

Le type D est probablement utilisé dans un contexte reproductif mais peut-être aussi pour repousser des individus étrangers d’un territoire de chasse.

A l’image de la repasse chez les oiseaux, les cris sociaux des chauves-souris peuvent être enregistrés et réémis à l’aide d’un leurre acoustique. La prudence est de mise sur ces études car les impacts sur les chiroptères sont très peu connus mais potentiellement importants. Tous les cris sociaux n’ont pas un but d’attraction des autres individus, le type A et D étant certainement utilisés pour repousser des individus. Le taux de capture avec le leurre acoustique peut-être augmenté mais ceci peut constituter le résultat d’une aggression sur le leurre acoustique perçu comme un compétiteur. Le leurre acoustique pourrait jouer un rôle répulsif et perturber les populations locales.

Pour l’instant, cette méthode a surtout été utilisée pour capturer des espèces difficilement capturables comme le Murin de Bechstein (Hill et Greenaway au Royaume-Uni et Goiti et al. en Espagne). Hill et Greenaway, dans un papier de 2005, concluent sur les potentialités de cette méthode mais soulignent l’importance de l’utiliser avec prudence. Les deux auteurs recommandent des temps de playback courts et d’éviter la répétition de playbacks au même endroit.

Yann pour le Chiroblog

Références bibliographiques

Goiti, U., Aihartza, J., Garin, I., & Salsamendi, E. (2008). Surveying for the rare Bechstein’s bat (Myotis bechsteinii) in northern Iberian peninsula by means of an acoustic lure. Hystrix-the Italian Journal of Mammalogy, 18(2), 215–223.

Hill, D. A., & Greenaway, F. R. A. N. K. (2005). Effectiveness of an acoustic lure for surveying bats in British woodlands. Mammal Review, 35(1), 116–122.

Pfalzer, G., & Kusch, J. (2003). Structure and variability of bat social calls: implications for specificity and individual recognition. Journal of Zoology, 261(1), 21–33. doi:10.1017/S0952836903003935