Archive for avril, 2013

Convergences évolutives (4) : jusque dans les molécules !

samedi, avril 27th, 2013

Un quatrième épisode vient s’ajouter à cette série dédiée aux convergences évolutives. Dans les épisodes précédents, nous avons vu que les convergences sont des acquisitions parallèles de structures similaires dans des lignées évolutives différentes mais soumises à des conditions environnementales équivalentes. Nous avons vu des exemples de convergences écomorphologiques (écologie + morphologie) comme chez les chauves-souris pêcheuses, les Myotis et chez les chauves-souris nectarivores de la famille des Phyllostomidae. Plus impressionnant encore, les convergences peuvent exister au niveau moléculaire ! C’est ce qu’ont découvert des chercheurs américains et chinois chez les Cétacés (plus précisément chez les baleines à dents ou Odontocètes) et les Microchiroptères*, qui utilisent les ultrasons par le mécanisme d’écholocation (= biosonar) pour se diriger et chasser. Le gène codant pour la prestine, protéine utilisée pour l’audition et l’amplification des sons, montre chez ces animaux un mécanisme moléculaire très similaire (Li et al. 2008 & 2010, Jones 2010, Liu et al. 2010).

Ainsi, les exemples de convergences se multiplient dans la littérature et la poursuite des travaux dans ce domaine promet encore de nombreuses découvertes tout aussi intéressantes sur l’évolution de la vie.

Yann pour le Chiroblog

Microchiroptères* : Deux sous-ordres étaient classiquement admis : les Microchiroptères (de petite taille relative et capables d’écholocation) et les Mégachiroptères (de grande taille relative ; Dobson 1875). Récemment, l’ordre a été redécoupé en deux nouveaux sous-ordres pour rompre la paraphylie des Microchiroptères : les Yinpterochiroptera et les Yangochiroptera (Teeling et al. 2002 ; Teeling et al. 2005).

Références bibliographiques :

Jones, G. (2010). Molecular evolution: gene convergence in echolocating mammals. Current biology : CB, 20(2), R62–4. doi:10.1016/j.cub.2009.11.059

Li, G., Wang, J., Rossiter, S. J., Jones, G., Cotton, J. A., & Zhang, S. (2008). The hearing gene Prestin reunites echolocating bats. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 105(37), 13959–64. doi:10.1073/pnas.0802097105

Li, Y., Liu, Z., Shi, P., & Zhang, J. (2010). The hearing gene Prestin unites echolocating bats and whales. Current biology : CB, 20(2), R55–6. doi:10.1016/j.cub.2009.11.042

Liu, Y., Cotton, J. A., Shen, B., Han, X., Rossiter, S. J., & Zhang, S. (2010). Convergent sequence evolution between echolocating bats and dolphins. Current biology : CB, 20(2), R53–4. doi:10.1016/j.cub.2009.11.058

Teeling, E. C., O. Madsen, R. A. Van den Bussche, W. W. de Jong, M. J. Stanhope et M. S. Springer. 2002. Microbat paraphyly and the convergent evolution of a key innovation in Old World rhinolophoid microbats. Proceedings of the National Academy of Sciences, USA 99: 1431-1436.

Teeling, E. C., M. S. Springer, O. Madsen, P. Bates, J. O’Brien S et W. J. Murphy. 2005. A molecular phylogeny for bats illuminates biogeography and the fossil record. Science 307: 580-584.

Actualités en Avril 2013

lundi, avril 15th, 2013

Une nouvelle sélection d’articles scientifiques pour ce mois d’Avril 2013 :

– Un article sur le potentiel des toits végétalisés comme habitats pour les chauves-souris.
Sur la base de suivis acoustiques réalisés au coeur de Londres, les toits végétalisés apparaissent
plus favorables pour les chauves-souris comparés à des toits conventionnels [Télécharger le PDF].

– Un article sur la variabilité saisonnière de l’activité des chauves-souris à différentes hauteurs.
L’étude réalisée avec des enregistrements Anabat dans une forêt anglaise conseille de placer des enregistreurs d’ultrasons
à différentes hauteurs pour réaliser des inventaires acoustiques durant la période active des chauves-souris [Lire l’abstract].

– Un article sur les facteurs favorisant la mortalité des chauves-souris par des éoliennes en région Méditerranéenne.
94% des victimes se produiraient entre Août et Octobre, par des températures au-dessus de 13°C et une vitesse de vent inférieure à 5 m/s [Lire l’abstract].

– Un second article sur les chauves-souris victimes des éoliennes avec une étude basée en Grèce.
La principale recommandation de l’étude est d’augmenter la vitesse minimale de vent requise
pour le démarrage des éoliennes à 5 m/s, seuil qui limite les dommages causés aux chauves-souris
avec un impact minime sur la production d’électricité [Lire l’abstract].

L’équipe du Chiroblog

Références bibliographiques
Amorim, F., Rebelo, H., & Rodrigues, L. (2012). Factors Influencing Bat Activity and Mortality at a Wind Farm in the Mediterranean Region. Acta Chiropterologica, 14(2), 439–457. doi:10.3161/150811012X661756

Georgiakakis, P., Kret, E., Cárcamo, B., Doutau, B., Kafkaletou-Diez, A., Vasilakis, D., & Papadatou, E. (2012). Bat Fatalities at Wind Farms in North-Eastern Greece. Acta Chiropterologica, 14(2), 459–468. doi:10.3161/150811012X661765

Pearce, H., & Walters, C. L. (2012). Do Green Roofs Provide Habitat for Bats in Urban Areas? Acta Chiropterologica, 14(2), 469–478. doi:10.3161/150811012X661774

Staton, T., & Poulton, S. (2012). Seasonal Variation in Bat Activity in Relation to Detector Height: A Case Study. Acta Chiropterologica, 14(2), 401–408. doi:10.3161/150811012X661710


 

Convergences évolutives (3) : la nectarivorie

dimanche, avril 7th, 2013

Troisième épisode la série consacrée aux convergences évolutives. Après les chauves-souris pêcheuses et les Myotis, ce nouvel article est dédié à la nectarivorie chez la famille des Phyllostomidae. Cette famille de chauves-souris d’Amérique Centrale et du Sud se caractérise par sa grande diversité de régimes alimentaires : l’insectivorie, la carnivorie, l’hématophagie, la frugivorie et la nectarivorie. Les espèces nectarivores de cette famille étaient auparavant regroupées sur la base de critères écomorphologiques (écologie + morphologie): rostres et langues allongés, dentition réduite et vol sur place. Une étude moléculaire approfondie a mis en évidence une double origine de la nectarivorie, avec de subtiles différences morphologiques, notamment au niveau de la structure de la langue (e.g. Datzmann et al. 2010).

Glossophaga soricina (Phyllostomidae), chauve-souris nectarivore sur un distributeur de nectar

© Photo: Raphaël Colombo

Yann pour le Chiroblog

Référence bibliographique

Datzmann, T., von Helversen, O. et F. Mayer. 2010. Evolution of nectarivory in phyllostomid bats (Phyllostomidae Gray, 1825, Chiroptera: Mammalia). BMC Evolutionary Biology 10: 165.