Archive for février, 2013

Les mères chassent-elles plus loin pour laisser les territoires proches à leur progéniture ?

jeudi, février 14th, 2013

Avec la naissance des jeunes et l’augmentation de l’effectif de la colonie, la densité des individus à proximité de celle-ci aurait pour conséquence l’éloignement des individus expérimentés (femelles adultes de Rhinolophe euryale – Rhinolophus euryale : (Goiti et al., 2006; Nemoz, 2007), Petit Rhinolophe – Rhinolophus hipposideros (Zahn et al., 2008). Les observations sur une espèce américaine Corynorhinus townsendii virginianus suggèrent l’éloignement lorsque les jeunes commencent à voler et s’alimenter par eux-mêmes, plutôt en fin de lactation
respectivement (Adam et al., 1994). Avant la naissance des jeunes, la «théorie du principe de chasse » (« optimal foraging theory» – maximisation du gain net d’énergie par unité de temps) pourrait expliquer que cet éloignement des femelles adultes n’est pas observé (Myotis lucifugus ; Adams, 1997).

L’augmentation des ressources alimentaires disponibles à proximité de la colonie permet l’élévation de la densité maximale d’individus et donc la réduction de la distance maximale de chasse. Henry et al. (2002) ont montré chez Myotis lucifugus que la taille du domaine vital des femelles chutait considérablement entre la gestation et la lactation (51%), ce qui pourrait être en lien avec l’augmentation de la biomasse d’insectes pendant la période de lactation (Juillet – Canada).
Par contre, la distribution spatiale des individus de Murin de Capaccinii – Myotis capaccinii – n’est pas statistiquement différente selon la date d’échantillonnage (pour la gestation et l’allaitement ; Almenar et al., 2011).

Dorian et Yann pour le Chiroblog

Références bibliographiques
– Adam, M. D., M. J. Lacki, and Barnes T. G. Barnes (1994). Foraging Areas and Habitat Use of the Virginia Big-eared Bat in Kentucky. The Journal of Wildlife Management, 58(3)462–469.

– Adams, R.A. (1997). Onset of Volancy and Foraging Patterns of Juvenile Little Brown Bats, Myotis lucifugus. Journal of Mammalogy, 78(1), 239–246.

– Almenar, D., J. Aihartza, U. Goiti, E. Salsamendi, and Garin I. (2011). Reproductive and Age Classes Do Not Change Spatial Dynamics of Foraging Long-fingered Bats (Myotis capaccinii). European Journal of Wildlife Research. doi:10.1007/s10344-011-0507-0.

– Goiti, U., J.R. Aihartza, D. Almenar, E. Salsamendi, and Garin I. (2006). Seasonal Foraging by Rhinolophus Euryale (Rhinolophidae) in an Atlantic Rural Landscape in Northern Iberian Peninsula. Acta Chiropterologica, 8, 141–155.

– Henry, M., D.W. Thomas, R. Vaudry, and Carrier, M. (2002). Foraging Distances and Home Range of Pregnant and Lactating Little Brown Bats (Myotis lucifugus). Journal of Mammalogy, 83, 767–774.

– Nemoz, M. (2007). Etude De L’activité Et Des Habitats De Chasse Des Rhinolophes Euryales (Rhinolophus euryale) De La Colonie De Magnagues (Lot, France) En Vue De Leur Conservation. Groupe Chiroptères de Midi-Pyrénées, Conservatoire des Espaces Naturels de Midi-Pyrénées et Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères.

– Zahn, A., J. Holzhaider, E. Kriner, A. Maier, and Kayikcioglu (2008). Foraging Activity of Rhinolophus hipposideros on the Island of Herrenchiemsee, Upper Bavaria. Mammalian Biology – Zeitschrift Für Säugetierkunde, 73, 222–229.

Des chauves souris fossiles carnivores ?

mercredi, février 6th, 2013

C’est en Tunisie, sur le Djebel Chambi situé dans la région de Kasserine, que l’équipe de paléontologie de Montpellier a retrouvé un spécimen fossile de «microchiroptère» de très grande taille vieux d’environ 50 millions d’années. L’unique dent de l’espèce Witwatia sigei a cependant révélé de nombreuses et importantes informations sur l’histoire évolutive des chauves souris en Afrique du Nord. Cette zone géographique est connue pour avoir été le berceau d’une famille endémique et très ancienne que l’on nomme les Philisidae (considérés comme des vespertilionoïdes archaïques). Leur histoire s’étale sur plus de 20 Millions d’années, soit depuis l’Eocène inférieur (environ -50 Ma) à l’Oligocène supérieur (environ -20 Ma). Les Philisidae ont la particularité de regrouper des spécimens de très grandes tailles dont le poids était équivalent au plus grosses chauves souris carnivores actuelles (+ de 100g comme Macroderma gigas, Vampyrum spectrum ou encore Scotophilus gigas). L’analyse de la morphologie de la dent nous apprend que la chauve-souris fossile retrouvée en Tunisie était capable de chasser de petits vertébrés ou du moins d’avoir un régime plus opportuniste que les petits chiroptères fossiles insectivores de la même époque (Ravel 2012). Un autre fossile de chauve-souris de très grande taille et carnivore est découvert dans le Sud Ouest de la France, dans le Quercy (Sigé 2011). L’auteur de cet étude a créé la famille des Necromantidae qui comme les Philisidae regroupe des espèces fossiles de grandes tailles dans le Paléogène européen (soit entre 43 et 29 Million d’années). Ces découvertes démontrent l’acquisition précoce de régimes alimentaires variés et convergents dans les périodes les plus anciennes de l’histoire des chiroptères modernes.

Anthony Ravel

Références :

Ravel, A., Marivaux, L., Tabuce, R., Ben Haj Ali, M., Essid EL M., et Vianey-Liaud, M. (2012). A new large philisid (Mammalia, Chiroptera, Vespertilionoidea) from the late Early Eocene of Chambi, Tunisia. Palaeontology, 55(5), 1035-1041.
Accessible sur: http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1475-4983.2012.01160.x/pdf

Sigé, B. (2011). Cryptobune nov. gen., chiroptère carnivore des phosphorites du Quercy, SW France. Bulletin de la Société d’Histoire naturelle de Toulouse, 147, 47-54.