Archive for the ‘WNS’ Category

Petite rétrospective de l’année 2015

mardi, février 16th, 2016

En 2015, nous vous avons proposé une sélection de cinq articles sur des sujets aussi variés que:
l’origine européenne de la maladie du nez blanc
l’impact de cette maladie sur l’abondance et la diversité des espèces en Amérique du Nord
la prise en compte des chauves-souris dans l’agriculture,
la taxonomie de la Pipistrelle de Kuhl
sans oublier une sélection d’articles scientifiques.

Un grand merci à tous les auteurs – Sébastien Puechmaille, Chloé Lepetz, Audrey Tapiero, Jean-François Julien et Tommy Andriollo – pour leur contribution!

Nous vous rappelons que le Chiroblog est une plate-forme participative, un simple e-mail à l’adresse mail.chiroblog@gmail.com et l’équipe vous donnera accès aux coulisses du blog pour la rédaction de vos articles !

Merci de votre intérêt pour les chiroptères et à très bientôt sur le Chiroblog.

Pour l’équipe du Chiroblog,
Meriadeg, Yann et Sébastien

Le champignon Geomyces destructans introduit d’Europe en Amérique du Nord

dimanche, juin 14th, 2015

Nous avons parlé à maintes reprises sur ce blog de la maladie du nez blanc qui affecte les chauves-souris Nord-Américaine. Voici un nouvel épisode. Cette maladie est due au champignon Geomyces destructans qui infecte les chauves-souris durant la période hivernale, causant des mortalités massives affectant l’abondance et la distribution des espèces de chauves-souris. Suite a la découverte du champignon en Europe en 2009 et à l’absence de mortalité massive dans les gîtes d’hibernation, les scientifiques pensaient que le champignon avait été introduit d’Europe mais n’en avaient pas la preuve. En mars 2015, nous avons publié un étude dans la revue Current Biology qui montre sans ambigüité que la population Européenne du champignon est génétiquement bien plus diverse que la population Nord Américaine, démontrant ainsi que le champignon est présent en Europe depuis bien plus longtemps qu’il ne l’a été en Amérique du Nord. En plus de cela, le champignon présent en Amérique du Nord est génétiquement très proche (identique pour les 8 gènes séquencés) de certains isolats collectés en Europe de l’ouest (particulièrement en Allemagne et au Luxembourg). Cette étude génétique apporte ainsi un argument de poids en faveur d’une origine européenne du champignon récemment introduit en Amérique du Nord.

PuechmailleFig1-01-01 Distribution spatiale et relations phylogénétiques des isolats de Geomyces destructans. (A) La carte montre la répartition géographique des isolats analysés avec la couleur représentant les différent haplotypes (séquences) trouvés dans le jeu de données. (B) Les relations entre les haplotypes sont illustrées dans l’arbre phylogénétique. L’haplotype en rouge (Hap_1) est partagé entre la population Européenne et la population Nord Américaine du champignon (Figure issue de Leopardi et al. 2015).

La localisation exacte de la population d’origine en Europe n’a pas encore été identifiée mais des études à ces fins sont en cours dans notre laboratoire. Ces études en cours visent en premier lieu à identifier la population d’origine en Europe afin de comprendre comment le champignon a pu être transporté d’Europe aux Etats-Unis, ceci étant crucial si nous voulons mettre en place des mesures préventives afin qu’une telle introduction (de ce champignon ou d’autres agents biologiques) ne se reproduise. Nous analysons également la structure génétique des populations du champignon en Europe afin de mieux comprendre si le champignon se « déplace » et si oui, comment (par quel moyens: les chauves-souris, les humains [chiroptérologues, spéléologues, etc.] ?). Afin de répondre au mieux a ces questions, nous avons besoin plus que jamais d’échantillons du champignon donc si vous observez des chauves-souris au nez blanc, n’hésitez pas à nous contacter afin de voir comment effectuer ces prélèvements au mieux (un grand merci a tous ceux qui ont déjà contribué).

Sébastien (au nom de tous les coauteurs).

Référence bibliographique

Leopardi, S., Blake, D. & S.J. Puechmaille, , 2015. White-Nose Syndrome fungus introduced from Europe to North America. Current Biology 25, R217-219. [Télécharger le PDF].

La maladie du nez blanc affecte l’abondance et la distribution des espèces de chauves-souris

jeudi, février 12th, 2015

L’abondance des organismes (y compris des Chiroptères) varie énormément entre différentes espèces mais également au sein d’une même espèce, la taille des groupes s’échelonnant parfois d’individus solitaires jusqu’à des agrégations de million d’individus, ceux-ci étant souvent inégalement répartis à travers des habitats apparemment favorables. Caractériser ces patrons d’abondance, de distribution et de socialité a longtemps fasciné les écologistes mais la compréhension des mécanismes responsables de ces patrons sont relativement mal connus. Identifier et comprendre les mécanismes qui génèrent les patrons observés permettrait d’améliorer notre compréhension des forces qui façonnent les communautés écologiques et permettrait ainsi de les préserver au mieux.

C’est en comparant les communautés de chauves-souris Européennes et Nord Américaines que nous avons abordé ces questions. Nous avons comparé la taille des colonies en Amérique du Nord avant et après l’apparition du WNS à la taille des colonies en Europe, tout en prenant en compte les différences d’habitat et de climat. Pour cela, nous avons utilisé quatre décennies de comptages sur 1108 sites d’hibernation de 16 espèces de chauves-souris en Amérique du Nord et en Europe pour comprendre comment l’émergence de la maladie du nez blanc (WNS) a altéré l’abondance locale des espèces (au passage, un grand merci a ceux qui ont fourni leurs données et participé aux comptages). Nos hypothèses étaient que (1) l’émergence de la maladie du nez blanc a réduit l’abondance des chauves-souris en Amérique du Nord à des niveaux semblables à ceux en Europe, où la maladie est a priori endémique, et (2) les maladies émergentes modifient les patrons de distribution des espèces en causant des extinctions locales, surtout pour les colonies de petite taille.

Les résultats nous montrent que la maladie du nez blanc a réduit par 10 l’abondance des chauves-souris qui hibernent en Amérique du Nord, ce qui a aboutit a éliminer les grandes différences d’abondance qui existaient entre l’Europe et l’Amérique du Nord avant l’émergence de la maladie. La maladie a également provoqué de multiples extinctions locales (jusqu’à 69% des sites pour une espèce, Myotis septentrionalis). Pour la plupart des espèces étudiées, en accord avec la théorie, le risque d’extinction locale était plus élevé pour les petites populations.

Figure 1

 

Taille moyenne des colonies d’hibernation pour toute les espèces confondues en Amérique du Nord pre-WNS (marron), Amérique du Nord WNS (orange) et en Europe (rouge). Les photos au dessus montrent des agrégations représentatives de chauves-souris en hivernation pour Myotis lucifugus au Vermont pre-WNS (droite), le même site post-WNS (milieu), et Myotis myotis en République Tchèque (droite).

 

Picture3Disparition locale de six espèces en Amérique du Nord sept ans apres l’émergence de la maladie du nez blanc. La taille des cercles indique la taille des colonies pre-WNS. Les cercles noirs sont des colonies encore existantes alors que les cercles rouges représentent les colonies disparues. L’étoile noire montre le site d’où la maladie a émergé.

Notre étude montre que de manière plus globale, les interactions entre espèces, y compris les maladies, influencent les grandes tendances de présence des espèces, d’abondance et de risques de disparition. Ces facteurs sont donc à prendre en compte pour préserver au mieux les espèces, que cela soit à l’échelle locale où a l’échelle de l’aire de distribution de l’espèce.

Sébastien (au nom de tous les coauteurs).

Référence bibliographique

Frick W, Puechmaille SJ, Hoyt JR, Nickel BA, Langwig KE, Foster JT, Horáček I, Bartonička T, Barlow KE, Haarsma A-J, van der Kooij J, Rodrigues L, Mulkens B, Petrov B, Herzog C, Reynolds R, Stihler CW, Turner GG, Feller D, Kilpatrick AM (2015) Disease alters macroecological patterns of North American bats. Global Ecology and Biogeography, sous presse.

 

Sélection d’articles en Octobre

mardi, octobre 15th, 2013

Une riche sélection d’articles scientifiques vous attend pour ce mois d’Octobre 2013 :

– Un article sur le Syndrome du Museau Blanc avec des analyses histopathologiques sur des chauves-souris européennes infectées par Geomyces destructans. L’étude confirme le fait que le champignon Geomyces destructans est à l’origine des lésions sur les ailes des animaux européens– avec un impact bien moindre du champignon sur les chauves-souris d’Europe comparées à leur congenères d’Amérique du Nord [Télécharger le PDF].

– Un article sur la taxonomie du genre Myotis à l’échelle mondiale. L’étude met en évidence – à l’aide d’arbres phylogénétiques et de modèles biogéographiques – les origines et la radiation du genre à l’échelle mondiale [lien vers le résumé].

– Une autre étude taxonomique, sur des espèces de la famille des Phyllostomidae. Cette étude se base sur des génomes mitochondriaux pour reconstruire la taxonomie des principales « branches » de la famille [lien vers le résumé].

– Une étude basée sur de nombreux marqueurs moléculaires qui identifie la structure actuelle des populations ainsi que les réfuges glaciaires du Petit Rhinolophe lors des récentes glaciations et la recolonisation de l’espèce dans le Paléarctique Ouest [lien vers le résumé].

– Une publication sur les perspectives de l’utilisation de l’ADN pour contrôler les chauves-souris (de l’espèce jusqu’à l’individu) en hibernation, notamment pour limiter le dérangement [Télécharger le pdf].

– Un travail qui étudie les conséquences génétiques de changements climatiques passés (glaciations) et futurs (réchauffement climatique) sur la distribution de l’oreillard gris [lien vers le résumé].

– La taxonomie de Myotis nattereri s’est trouvée récemment bouleversée, l’espèce serait en fait un complexe d’espèces avec notamment le Myotis sp. A. Cette petite note – basée sur des recherches de spécimens dans des Muséums – propose un nouveau nom pour ce taxon [Télécharger le PDF].


Références bibliographiques

Skin lesions in European hibernating bats associated with Geomyces destructans, the etiologic agent of White-Nose Syndrome. Wibbelt G, Puechmaille SJ, Ohlendorf B, Mühldorfer C, Bosch T, Görföl T, Passior K, Kurth A, Lacremans D and Forget F. PLoS ONE, 2013; 8(9): e74105. [doi:10.1371/journal.pone.0074105]

Ruedi, M., Stadelmann, B., Gager, Y., Douzery, E. J. P., Francis, C. M., Lin, L.-K., … Cibois, A. (2013). Molecular phylogenetic reconstructions identify East Asia as the cradle for the evolution of the cosmopolitan genus Myotis (Mammalia, Chiroptera). Molecular Phylogenetics and Evolution, 69(3), 437–449.

Botero-Castro, F., Tilak, M., Justy, F., Catzeflis, F., Delsuc, F., & Douzery, E. J. P. (2013). Next-generation sequencing and phylogenetic signal of complete mitochondrial genomes for resolving the evolutionary history of leaf-nosed bats (Phyllostomidae). Molecular Phylogenetics and Evolution, 69(3), 728–739.

Non-invasive genetics can help find rare species: a case study with Rhinolophus mehelyi and R. euryale (Rhinolophidae: Chiroptera) in western Europe. Puechmaille S and Teeling E. Mammalia, in press. [doi:10.1515/mammalia-2013-0040]

Phylogeography and postglacial recolonisation of Europe by Rhinolophus hipposideros: evidence from multiple genetic markers. Dool, S, Puechmaille S, Dietz C, Juste J, Ibáñez C, Hulva P, Roue S, Petit E, Jones G, Russo D, Toffoli R, Viglino A, Martinoli A, Rossiter SJ and Teeling E. Molecular Ecology, 2013; 22(15): 4055-4070. [doi:10.1111/mec.12373]

The shaping of genetic variation in edge-of-range populations under past and future climate change.
Razgour O, Juste J, Ibáñez C, Kiefer A, Rebelo H, Puechmaille SJ, Arlettaz R, Burke T, Dawson DA, Beaumont M and Jones G. Ecology Letters, 2013; 16(10): 1258-1266. [doi:10.1111/ele.12158]

Vespertilion (Myotis) latipennis (Crespon, 1844) : un nom pour la nouvelle espèce Myotis sp. A du groupe nattereri ? Allegrini B and Puechmaille SJ. Le Vespère, 2013; 3 181-183.

Lien entre le champignon Geomyces destructans et le syndrome du museau blanc (WNS): la preuve expérimentale.

mercredi, avril 11th, 2012

C’est dans « Proceedings of National Academy of Science » (PNAS), une revue américaine, que l’étude vient d’être publiée (le 10 Avril 2012). Le manuscrit initial a été soumis au journal le 9 janvier 2012 par des chercheurs canadiens de l’Université de Manitoba à Winnipeg. Ce travail expérimental a permis la vérification du 3eme postulat original de Koch, selon lequel l’inoculation du microorganisme isolé provoque la maladie. De plus, selon ces auteurs, le syndrome du museau blanc (WNS) et une issue fatale caractéristiques sont observés chez les chiroptères (Myotis lucifugus) inoculés puis placés en hibernation, quelle que soit l’origine géographique de la souche utilisée (Européenne ou Américaine). Les résultats de cette étude sont donc en faveur de l’hypothèse d’une espèce invasive d’origine européenne que la progression systématique du champignon vers l’Ouest américain et sa large répartition européenne semblaient déjà décrire. Cette perspective apparaît suffisante pour expliquer, à ce jour, la différence de sensibilité observée des populations de chiroptères Américaines et Européennes. Une histoire évolutive ancienne du champignon avec les chiroptères de l’ancien monde, dont n’ont pas bénéficié ceux du nouveau monde où le champignon aurait été introduit il y a quelques années, aurait favorisé l’adaptation des espèces du vieux continent et ainsi permis de limiter la pathologie associée à la présence du champignon. Cette dernière hypothèse serait vérifiée si les bases génétiques de mécanismes de résistance à l’infection par le champignon pouvaient être détectées chez les chauves-souris européennes alors qu’elles seraient absentes, ou beaucoup moins représentées, dans les populations de chiroptères américaines. La validation de cette dernière hypothèse et/ou une preuve expérimentale permettraient indiscutablement de minimiser le risque associé à Geomyces destructans pour les populations de chiroptères européennes.

Meriadeg

Source: Warnecke, L. et al., 2012. Inoculation of Bats with European Geomyces Destructans Supports the Novel Pathogen Hypothesis for the Origin of White-Nose Syndrome. Proceedings of the National Academy of Sciences. Available at: http://www.pnas.org/content/early/2012/04/03/1200374109 [Accessed April 10, 2012].

 

Les actualités principales en bimensuel.

mercredi, décembre 7th, 2011

Nous espérons pouvoir vous délivrer un récapitulatif sur l’actualité des chauves-souris dans le monde toutes les deux semaines.

Pour les bonnes nouvelles, les résultats du concours photo pour l’année de la chauve-souris sont en ligne. Félicitations à tous les lauréats ! De plus, nous avons concocté une petite sélection d’articles:

– un papier dans Nature qui confirme le lien entre le champignon Geomyces destructans et le Syndrôme du Museau Blanc (« White Nose Syndrome ») [lien vers le résumé en Anglais].

– un papier dans Nature Communications qui étudie la spéciation chez le plus petit mammifère du Monde, la chauve-souris bourdon (cf. article détaillé d’hier à propos de ce papier sur le Chiroblog), [télécharger le PDF],

– un papier sur le Murin de Natterer (Myotis nattereri), un complexe qui comprendrait 4 espèces dans le Paléarctique Ouest ! [lien vers le résumé en Anglais]

– un deuxieme papier sur le complexe d’espèces du Murin de Natterer qui présente la distribution des ces nouvelles espèces découvertes en France et la possible présence d’une espèce nouvelle pour la science en Corse [télécharger le PDF],

– un papier sur l’effet d’une grande route sur l’activité et la diversité des Chiros [lien vers le résumé en Anglais].

C’est tout pour aujourd’hui, à bientôt pour un nouveau point sur l’actualité des chauves-souris !

Pour l’équipe du Chiroblog,

Yann, Meriadeg & Séb

PS : Pour les utilisateurs de Twitter, RDV sur @bat_yann, @henlakebats et @SmileyBat pour plus d’infos chiros !

L’importance économique des Chiroptères pour l’agriculture

mercredi, avril 20th, 2011

Selon une étude parue dans la revue Science, « la disparition des chauves-souris coûterait 3,7 milliards de dollars aux agriculteurs américains ». Pour aller plus loin, un article en français sur le site d’actu-environnement.com ou la publication originale en anglais !

Yann

Geomyces destructans s’approche de l’Ouest Américain

mercredi, mai 19th, 2010

Le champignon associé au syndrome du nez blanc (WNS) vient d’être détecté dans l’Etat de l’Oklahoma (Woodward County). Ce site étend de plus de 500 km à l’Ouest l’aire connue de distribution de Geomyces destructans. Le champignon a été trouve sur un Myotis velifer, espèce jusqu’à présent non touchée par le WNS. Pour le moment, il n’est pas signalé de signes de mortalité sur le site en question ce qui lui vaut d’être uniquement classé dans la catégorie « suspecté positif ».

Ces informations sont issues d’un communique Pro-MED (18/05/2010).

Séb.

WNS : mise à jour de la carte de répartition

lundi, mai 3rd, 2010

La zone WNS continue de s’étendre en Amérique du Nord à une vitesse inégalée jusqu’à présent. De nombreux sites avec WNS sont maintenant connus au Canada, et aux Etats-Unis, les Etats du Tennessee et du Missouri sont maintenant touchés (cf. carte ci-dessous mise à jour le 30/04/2010) !

Pour le moment, aucun cas de WNS n’a été reporté en Europe bien que le champignon Geomyces destructans associé avec le WNS en Amérique du Nord ait été découvert en Europe en Mars 2009 (cf. articles précédemment publiés sur le Chiroblog).

Séb.

Carte fournie par Cal Butchkoski, PA Game Commission.

Le Syndrome du Museau Blanc (WNS) découvert au Canada

mardi, mars 23rd, 2010

Le réseau PROMED (http://www.promedmail.org), un programme de la Société Internationale des Maladies Infectieuses (International Society for Infectious Diseases ) rapporte la découverte récente de cas de WNS au Canada.

Click to continue reading « Le Syndrome du Museau Blanc (WNS) découvert au Canada »