Archive for the ‘Ethologie’ Category

Influence de la qualité des haies sur l’activité des chauves-souris à différentes échelles spatiales

mercredi, novembre 8th, 2017

La biodiversité est menacée notamment par la perte des habitats et leur fragmentation. Le rôle des haies dans le maintien de la biodiversité est bien connu mais peu d’études ont montré l’importance des caractéristiques intrinsèques des haies et de la qualité des réseaux de haies à différentes échelles spatiales.

L’objectif de cet article est donc d’étudier, à différentes échelles spatiales du territoire, l’influence, sur l’activité des chauves-souris, de 3 indices de qualité des haies :

  • la densité des haies qui correspond à la somme de leurs longueurs en mètres à l’intérieur des zones tampons,
  • la diversité de structures des haies que nous avons calculé à partir de l’indice de Shannon (Shannon et Weaver, 1949) et d’une base de données décrivant les éléments linéaires du paysage dans cinq catégories: (1) alignement des arbres, (2) ripisylve, (3) des haies composées seulement des arbustes, (4) des haies boisées sans présence d’arbustes, (5) des haies composées de trois strates (arborées, arbustives et herbacée).
  • et la production de bois qui correspond à une mesure du volume de bois contenue par élément linéaire (en m3)

Matériels et méthodes

  • Site d’étude

Le site d’étude est situé dans l’estuaire de la Loire en zone Natura 2000 et est constitué principalement de prairies gérées de façon extensives avec un important réseau bocager. La Figure 1 représente la localisation des 51 points d’écoute dans le site d’étude. Nous avons réalisé 2 passages en 2011 un en juin et un fin août.

figure1

Figure 1 : Localisation des points d’écoute dans le site d’étude: (A) et agrandissement montrant les 3 distances à la haie étudiées (0m, 25m et 50m) (B)

  • Analyses acoustiques

A partir d’un plan d’échantillonnage aléatoire stratifié, afin d’obtenir un gradient de diversité de haies au sein du paysage, nous avons réalisé une étude acoustique (détecteur Tranquility Transect) où nous avons mesuré l’abondance d’activité des chauves-souris avec une méthode d’identification acoustique automatique (Vigie-Chiro) puis avec des vérifications individuelles.

  • Analyses statistiques

La Figure 2 présente les variables explicatives (Conditions d’échantillonnage, caractéristiques des sites, caractéristiques des haies, autocorrélation spatiale) et les variables de réponse qui sont de 2 types 1) Abondance d’activité de l’espèce et 2) Trait de la communauté (aériennes, glaneuses, etc).

figure2
Figure 2 : Variables explicatives. i dans la Figure 2 est la taille de la zone tampon considérée. En effet, nous avons étudié l’effet de ces différentes variables à différentes échelles spatiales dans un rayon de 50 m à 1000m autour du point d’écoute. Chaque résultat (estimate±SE) obtenu à une échelle donnée est représenté dans une figure reprenant toutes les échelles spatiales étudiées, donnant ainsi 1) la tendance (positif ou négatif) et 2) la significativité de cette tendance, ce qui est représenté par la Figure 3 :

figure3Figure 3 : Echelles spatiales d’étude

Résultats

9 taxa (potentiellement 14 espèces) ont été identifiée parmi lesquelles 3 espèces dominantes : Pipistrellus pipistrellus (48.5%), Pipistrellus kuhli (24.4%) et Pipistrellus nathusii (21.2%). En utilisant une approche basée sur les espèces et les traits (stratégie de chasse et spécialisation (CSI)), nous avons évalué la façon dont la qualité des haies influence l’activité des chauves-souris à différentes échelles spatiales (de 50 à 1000 m). En général, nos résultats montrent l’importance de la qualité des haies pour les chauves-souris, mais la force de l’association entre les taxons et les haies semblent varier considérablement parmi les espèces et les échelles spatiales. Bien que cela dépende des taxons, la production, la densité et la diversité structurelle des haies ont un effet globalement positif. Nos résultats suggèrent que ces effets sont généralement plus importants à grande échelle.

  • Production de bois des haies

L’activité des espèces est généralement corrélée positivement avec la production de bois des haies, et majoritairement l’effet détecté est plus fort à de grandes échelles spatiales (Figure 4A) sauf notamment pour les espèces glaneuses (Figure 4B).

figure4
La Figure 4A montre que : 1) à 1000 m, l’indice de production de bois a un effet positif (au-dessus de zéro), sur l’activité des espèces dites aériennes et significatif (indiqué par l’astérisque); 2) l’effet d’échelle, de 50 m à 1000 m, obtenu à partir d’une régression linéaire, est significatif (représenté par la ligne pointillée).

  • Densité des haies

Nos résultats montrent que plus la densité de haies est importante autour du point d’écoute, plus il y a de cris de chauves-souris enregistrés. Cet effet est observé à presque toutes les échelles spatiales et est généralement plus fort pour de larges échelles spatiales.

  • Diversité des structures des haies

L’effet de la diversité des structures des haies est plus faible à larges échelles spatiales. Un effet contrasté et opposé est observé pour les espèces aériennes et glaneuses. L’activité de ces dernières (sauf pour les Myotis) diminue avec une augmentation de la diversité structurale des haies à toutes les échelles alors que l’activité des espèces aériennes augmentent jusqu’à 500m puis diminue à plus larges échelles.

Conclusions – recommandations pour la gestion

Nos résultats montrent l’importante de la quantité de haies (indice de densité) et de la qualité des haies (indice de diversité structurale et indice de production de bois) mais également l’intérêt de développer des réseaux de haies composées d’arbres de grandes tailles et de différents types (importance de l’hétérogénéité des habitats et niches écologiques). De plus, au-delà des rôles écologiques des haies pour les déplacements, la chasse et comme habitat notamment pour les chiroptères, et des services écosystémiques qu’elles offrent, l’indice de production de bois des haies montre l’importance de conserver et d’encourager le maintien des gros arbres et des arbres âgés à l’échelle du paysage.

Une des perspectives de cette étude est d’analyser l’influence de la typologie des haies par des approches fonctionnelles et des approches spécifiques (autre article en préparation).

Aurélie Lacoeuilhe, Nathalie Machon, Jean-Francois Julien et Christian Kerbiriou. Les quatre auteurs font partie du CESCO du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. Les auteurs remercient EDF pour le financement de cette étude.

Référence bibliographique
Lacoeuilhe, A., Machon, N., Julien, J. F., & Kerbiriou, C. 2016. Effects of hedgerows on bats and bush crickets at different spatial scales. Acta Oecologica, 71, 61-72.

La pollution lumineuse impacte plus fortement les chauves-souris de France que l’artificialisation des sols

dimanche, septembre 17th, 2017

Le programme de suivi des chauves-souris mis en place par le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris – le programme Vigie-Nature – permet d’évaluer l’état de santé des populations de chauves-souris en France. Créé en 2006, de nombreux bénévoles récoltent des données de présence de chauves-souris sur la base d’enregistrement des ultrasons. A partir de ces données, une équipe du Muséum a notamment étudié les impacts de la pollution lumineuse , l’agriculture intensive et l’artificialisation des sols sur les chauves-souris en France, en particulier les 4 espèces les plus suivies dans le programme : la pipistrelle commune, la pipistrelle de kuhl, la sérotine commune et la noctule de leisler.

Notre objectif était de déterminer si les effets de la pollution lumineuse sur ces espèces étaient négligeables au regard des autres pressions majeures qui menacent la biodiversité comme l’intensification de l’agriculture ou encore l’urbanisation.

Pour cela, nous avons mesuré autour de chacun des tronçons routiers :

  • la quantité de lumière ambiante la nuit à l’aide de couches satellites nocturnes
  • la proportion d’agriculture intensive
  • la proportion de surfaces imperméabilisées

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Puis nous avons cherché à relier ces paramètres avec l’activité des quatre espèces de chauves-souris.

Bildschirmfoto 2016-09-06 um 09.11.12Figure 2. Impact relatif des surfaces imperméables (cercle plein), de la radiance moyenne (carré noir) et de l’agriculture intensive (cercle vide) à 4 échelles spatiales sur l’activité de la pipistrelle commune (a), et sur la probabilité de présence de la pipistrelle de kuhl (b), la noctule de leisler (c) et de la sérotine commune (d). Si les coefficients sont en dessous de la ligne horizontale en pointillé (à 0 sur l’axe des y), l’effet est négatif. Si les barres d’erreurs chevauchent cette ligne, alors cette effet n’est pas significatif.

Pour les quatre espèces, nous avons trouvé que la pollution lumineuse avait un effet négatif significatif, et que cet effet était plus fort que celui de l’artificialisation des sols.

Cela démontre que l’usage massif d’éclairage artificiel dans les paysages urbains ajoute une pression supplémentaire significative à celle de l’artificialisation des sols, et que l’on sous-estime sûrement les impacts de l’urbanisation sur la biodiversité en ne prenant pas en compte cette pollution associée aux activités humaines.

Par ailleurs, les 4 espèces suivies étaient jusque-là considérées comme « attirées » par la lumière car elles ont souvent été observées chassant les insectes sous les lampadaires. Nos travaux suggèrent que même si localement elles peuvent chasser sous des lampadaires, le réseau d’infrastructure lumineuse dans le paysage à des effets négatifs sur le reste de leurs activités et de leurs cycles biologiques (en affectant la disponibilité en gîtes favorables ou en gênant leurs mouvements dans le paysage par exemple).

Toutefois, il est important de noter que l’impact de la pollution lumineuse étaient moins important que celui de l’agriculture intensive, qui reste une pression négative majeure pour la biodiversité en France et dans le monde.

Clémentine Azam, Isabelle Le Viol, Jean-Francois Julien, Yves Bas et Christian Kerbiriou

Référence de l’article

Azam et al. 2016. Disentangling the relative effect of light pollution, impervious surfaces and intensive agriculture on bat activity with a national-scale monitoring program. Landscape ecology. doi:10.1007/s10980-016-0417-3

Sélection d’articles récents

vendredi, octobre 28th, 2016

Nous vous avons à nouveau compilé une petite sélection d’articles scientifiques publiés ces derniers mois:

1- Une étude sur le régime alimentaire de la grande Noctule (Nyctalus lasiopterus) identifié par séquencage d’ADN. Les résultats mettent une évidence 31 espèces d’oiseaux migrateurs appartenant à 8 familles de Passeriformes [lien vers le résumé].

2- Un article sur l’utilisation de gites par deux espèces de chauves-souris forestières dans le Sud-Ouest de la Suisse. Les résultats de radio- télémétrie montrent que le murin de Bechstein (Myotis bechsteinii) utilise des cavités arboricoles tandis que la barbastelle d’Europe (Barbastella barbastellus) gîte exclusivement dans des gîtes d’origine anthropique localisés en France. L’étude met notamment en avant l’importance de programme de conservation transfrontaliers [lien vers le résumé].

3- Une publication sur la réduction des impacts du Murin de Natterer (Myotis nattereri) dans les églises via l’utilisation combinée de gîtes artificiels et de dissuasion acoustique. Les deux méthodes permettent de limiter les dommages à l’église tout en préservant les colonies de chauves-souris mais les auteurs mettent en garde sur les dangers potentiels de la dissuasion acoustique [lien vers l’article].

4- Une revue bibliographique qui met en évidence les différents événements de mortalité multiples (≥ 10 décès de chauves-souris) à travers le monde. Plus de la moitié des événements ont une origine humaine, comme la destruction intentionnelle avant les années 2000 ou les éoliennes et la maladie du nez blanc après les années 2000 [lien vers le résumé].

5- Une étude qui propose une nouvelle méthodologie pour estimer la taille des colonies sur la base d’enregistrement d’ultrasons. Cette méthode, reposant sur l’utilisation d’un logiciel acoustique open-source et d’un script automatique, est bon marché et facile à mettre en oeuvre [lien vers le résumé].

6- Un article sur le suivi d’hormones du stress (métabolites glucocorticoides) à partir du guano de différentes colonies d’Eptesicus isabellinus. Cet outil pourrait servir à mettre en évidence le stress environnemental subit par les chauves-souris. Des informations supplémentaires sont nécessaires pour identifier un lien entre les concentrations de ces métabolites et la survie [lien vers le résumé].

7- Une publication qui met en évidence la prédation du mulot sylvestre (Apodemus sylvaticus) sur des chauves-souris en hibernation au Pays-Bas. Les résultats suggèrent que le mulot sylvestre cherche activement et tue des chauves-souris en hibernation ou s’attaque à des individus affaiblis, avec des conséquences potentielles sur la conservation des chauves-souris [lien vers l’article].

8- Une étude sur le comportement acoustique des Pipistrelles communes (Pipistrellus pipistrellus) en chasse simultanée. Les résultats mettent en évidence des décalages de fréquences qui correspondent à une réaction d’attention au conspécifique mais qui ne supportent pas l’hypothèse d’un évitement du brouillage spectral (Spectral Jamming Avoidance) [lien vers l’article].

9- Un article sur l’impact potentiel du changement climatique et la perte d’eau sur les chauves-souris insectivores vivant dans le désert. Sur la base d’une réduction expérimentale de la surface d’un point d’eau, les auteurs mettent en évidence une réduction de l’accès à l’eau pour les espèces larges et peu manoeuvrables [lien vers le resumé].

10- Une revue bibliographique avec une méta-analyse sur les collisions entre chauves-souris et véhicules ainsi que l’effet barrière des routes sur les chauves-souris. Sur la base de données collectées en Europe, les espèces de bas-vol ainsi que les juvéniles sont plus vulnérables aux collisions. Les auteurs soulignent notamment l’importance de mieux comprendre l’impact des routes sur les chauves-souris pour minimiser leur impact [lien vers le resumé].

Références bibliographiques

1 Ibanez C, Popa-Lisseanu AG, Pastor-Bevia D, Garcia-Mudarra JL, Juste J (2016). Concealed by darkness: interactions between predatory bats and nocturnally migrating songbirds illuminated by DNA sequencing. Molecular Ecology, in press.

2 Kühnert E, Schönbächler C, Arlettaz R, Christe P (2016). Roost selection and switching in two forest-dwelling bats: implications for forest management. European Journal of Wildlife Research, 62, 497-500.

3 Zeale MRK, Bennitt E, Newson SE, Packman C, Browne WJ, Harris S, Jones G, Stone E (2016). Mitigating the impact of bats in historic churches: the response of Natterer’s bats Myotis nattereri to artificial roosts and deterrence. PLoS ONE, 11, e0146782.

4 O’Shea TJ, Cryan PM, Hayman DTS, Plowright RK, Streicker DG (2016). Multiple mortality events in bats: a global review. Mammal Review, 46, 175-190.

5 Kloepper LN, Linnenschmidt M, Blowers Z, Branstetter B, Ralston J, Simmons JA (2016). Estimating colony sizes of emerging bats using acoustic recordings. Royal Society Open Science, 3, 160022.

6 Kelm DH, Popa-Lisseanu AG, Dehnhard M, Ibáñez C (2016). Non-invasive monitoring of stress hormones in the bat Eptesicus isabellinus – Do fecal glucocorticoid metabolite concentrations correlate with survival? General and Comparative Endocrinology, 226, 27-35.

7 Haarsma A-J, Kaal R (2016). Predation of wood mice (Apodemus sylvaticus) on hibernating bats. Population Ecology, in press.

8 Gotze S, Koblitz JC, Denzinger A, Schnitzler HU (2016). No evidence for spectral jamming avoidance in echolocation behavior of foraging pipistrelle bats. Scientific Reports, 6, 30978.

9 Hall LK, Lambert CT, Larsen RT, Knight RN, McMillan BR (2016). Will climate change leave some desert bat species thirstier than others? Biological Conservation, 201, 284-292.

10 Fensome AG, Mathews F (2016). Roads and bats: a meta-analysis and review of the evidence on vehicle collisions and barrier effects. Mammal Review, 46, 311-323.

Migration des chauves-souris en Europe

mercredi, septembre 7th, 2016

La migration automnale des chauves-souris a démarré, un nombre record d’animaux a déjà été capturé en Lettonie, à vous de jouer pour les relectures de bague!

Des conditions météorologiques favorables ont encouragé des millions de chauves-souris à migrer depuis le Nord-est de L’Europe jusqu’aux zones où elles passent l’hiver.

Piège Heligoland à Pape (Lettonie). Photo: Jasja Dekker.

Piège Heligoland à Pape (Lettonie). Photo: Jasja Dekker.

Plus de 4000 chauves-souris ont déjà été baguées à la station ornithologique de Pape en Lettonie. Les chauves-souris sont capturées à l’aide d’un piège Heligoland (voir photo), qui est mis en oeuvre par une coopération entre le Leibniz institute for Zoo and Wildlife Research (IZW) de Berlin et la Latvian University de Riga. Selon le Prof. Dr. Gunars Petersons (Agricultural University Jelgava), plus de 3500 pipistrelles de Nathusius baguées (Pipistrellus nathusii) ont été relachées depuis le début de la migration le long de la côte baltique de la Lettonie le 19 Août 2016, ainsi que plusieurs pipistrelles pygmées (Pipistrellus pygmaeus), sérotines bicolores (Vespertilio murinus) et noctules communes (Nyctalus noctula). Les résultats de cette année représente un nouveau record pour la station de recherche de Pape, qui mène des recherches sur les chauves-souris depuis les années 1960. Sur place, des chercheurs de Lettonie, d’Allemagne et des Pays-Bas ont été impressionnés par le spectacle naturel unique des milliers de chauves-souris volant le long du couloir de migration côtier.

Par ailleurs en Saxe-Anhalt (Etat fédéral en Allemagne), les premières migrations ont été enregistrées. “Depuis plusieurs jours, les pipistrelles de Nathusius, les sérotines bicolores et les noctules de Leisler migrent de manière intensive”, observe Bernd Ohlendorf du centre de référence de l’état pour la conservation des chauves-souris. En coopération avec le groupe Chiroptères local (Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V.), environ 4000 pipistrelles de Nathusius, sérotines bicolores et noctules de Leisler (Nyctalus leislerii) ont été baguées dans la région depuis 2015.

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Recaptures de bagues pour les populations de Pipistrelles de Nathusius du Nord-est de l’Europe en relation avec la densité des éoliennes en Allemagne (Voigt et al. 2015).

Pour une conservation des chauves-souris effective, il est entre autres nécessaire d’identifier les routes de migration, les gîtes et les zones où elles passent l’hiver à l’aide de relectures de bagues, parce que « concernant la migration des chauves-souris, nous tâtonnons littéralement dans le noir » témoigne Christian Voigt, scientifique du IZW. » Seules quelques relectures de bague et des études acoustiques suggèrent l’étendue réelle des mouvements de la migration automnale. Le nombre et la gamme des routes de migration annuelle dépassent tout ce que l’on sait sur les mammifères. Même les troupeaux de gnous migrateurs dans le Serengeti ne se déplacent pas sur d’aussi longues distances », analyse Christian Voigt.

Cependant, la migration automnale recense déjà ses premières victimes d’éoliennes. Dans un parc d’éoliennes en Lituanie, 7 cadavres de pipistrelles de Nathusius ont ate découverts lors d’une simple visite sporadique. En Saxe-Anhalt, c’est meme une noctule baguée qui a été retrouvée. Selon l’IZW, les chauves-souris meurent par collisions directes avec les pales ou même à cause des énormes fluctuations de pressions causées par les pales en rotation (barotrauma).

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Noctule baguée retrouvée morte sous une éolienne en Saxe-Anhalt. Photo: Bernd Ohlendorf

Durant les prochains jours et prochaines semaines, nous vous invitons à contrôler vos nichoirs à chauves-souris, déployer vos filets de capture et et chercher des carcasses sous les éoliennes pour obtenir des relectures de bague !

Note:

  • Les bagues trouvées doivent être communiquées aux autorités compétentes et aux centres de baguage.
  • Les cadavres de chauves-souris doivent être transmis (sous couvert d’autorisations) aux autorités compétentes.
  • En fonction des pays, les captures au filet et les contrôles de nichoirs requièrent des permis concernant la protection des espèces.

Références:

  • Communiqué de presse du Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Reseach, 24 Août 2016, Berlin: Fledermäuse auf dem Durchflug: Der Herbstliche Fledermauszug beginnt.
  • Communiqué de presse de l’Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V., 22 Août 2016, Stolberg/Harz: Fledermauszug der Rauhautfledermaus Mitte August 2016 in Deutschland.
  • Gunars Petersons 2016, pers. com. le 28 Août 2016, Pape.
  • www.fledermauszug-deutschland.de (28 Août 2016)
  • Voigt, C.; Lehnert, L. S.; Petersons, G.; Adorf, F.; Bach, L. 2015: Wildlife and renewable energy: German politics cross migratory bats. European Journal of Wildlife Research, February 2015. DOI 10.1007/s10344-015-0903-y.

Marcus Fritze pour le Bundesverband für Fledermauskunde,
Traduit de l’anglais par Yann Gager

Version anglaise

Autumn bat migration season has started, record numbers captured in Latvia, time to get ring recaptures!

Favorable weather conditions have encouraged millions of bats to migrate from north-eastern Europe to their wintering areas in Germany, France, Italy, the Benelux and probably other countries.

More than 5,000 bats have already been ringed at the ornithological station in Pape / Latvia in August 2016. Bats were captured in a Heligoland trap (see picture), which is operated by a cooperation between the Leibniz institute for Zoo and Wildlife Research (IZW) in Berlin and the Latvian University in Riga. According to Prof. Dr. Gunars Petersons (Agricultural University Jelgava) more than 4,000 ringed Nathusius bats (Pipistrellus nathusii) were released since the beginning of the migration season at the Latvian Baltic coast on the 19th of August 2016, as well as several Soprano pipistrelles (Pipistrellus pygmaeus), Parti-coloured bats (Vespertilio murinus) and common noctules (Nyctalus noctula). The results of this year represent a new record for the research station in Pape, which carries out bat research since the 1960s. Attending bat researchers from Latvia, Germany and the Netherlands were amazed by the unique natural spectacle, as thousands of bats were flying along the coastal migration corridor

Also in Saxony-Anhalt (Federal state in Germany) first migration movements were registered. “For several days, the Nathusius bats, Parti-coloured bats and Leisler’s bats have been migrating with great intensity”, says Bernd Ohlendorf from the state’s reference Centre for Bat Conservation. Here, in cooperation with the local bat working group (Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V.), some 4,000 Nathusius bats, Parti-coloured bats and Leisler’s bats (Nyctalus leislerii) were ringed since spring 2015.

For effective conservation of bats, it is necessary, inter alia, to identify migration routes, roosting sites, resting and wintering areas by ring-recaptures, because « concerning bat migration, we are groping in the dark, » says Christian Voigt, scientist at the IZW. « Only a few recoveries and acoustic studies suggest the real extent of the autumnal migration movements. The number and the range of the annual trails surpass everything that is known about mammals. Even the migratory herds of wildebeest in the Serengeti do not move such long distances », says Christian Voigt.

Since the start of autumn migration, first fatalities at wind turbines have already be seen. In a wind farm in Lithuania 7 dead Nathusius bats were found in a single sporadic inspection. In Saxony-Anhalt a ringed noctule was found, dead beneath a wind turbine. According IZW, bats are dying by collisions and even due to the enormous pressure fluctuations caused by the rotating blades (barotrauma).

The coming days and weeks should therefore be used for bat box controls, mist net catching and carcass searches under wind turbines to get ring recaptures!

Note:
– Found rings should be reported to the designated authorities and ringing head offices.
– Bat carcasses should be transmitted (under licence) to the responsible conservation offices.
– Mist net catchings and bat box controls require permits concerning species protection.

References:
– News release Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Reseach, 24th August 2016, Berlin: Fledermäuse auf dem Durchflug: Der Herbstliche Fledermauszug beginnt.
– News release Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V., 22th August 2016, Stolberg/Harz: Fledermauszug der Rauhautfledermaus Mitte August 2016 in Deutschland.
– Gunars Petersons 2016, pers. com. At 28th August 2016, Pape.
www.fledermauszug-deutschland.de (28th August 2016)
– Voigt, C.; Lehnert, L. S.; Petersons, G.; Adorf, F.; Bach, L. 2015: Wildlife and renewable energy: German politics cross migratory bats. European Journal of Wildlife Research, February 2015. DOI 10.1007/s10344-015-0903-y.

Marcus Fritze, Bundesverband für Fledermauskunde e.V.,Pape, 28th August 2016

Polllution lumineuse : zoom sur la thèse de Clémentine Azam

dimanche, avril 3rd, 2016

La pollution lumineuse générée par l’utilisation massive d’éclairage artificiel est, depuis une dizaine d’années, considérée comme une menace importante pour la biodiversité. Avec un développement de l’ordre de 6 % par an dans le monde (3 % en France), la pollution lumineuse affecte aujourd’hui près de 20 % de la superficie du globe.

Depuis le début de la crise économique de 2008, environ 10 000 communes ont mis en place un système d’extinction de l’éclairage public aux heures où peu d’habitants utilisent la voie publique (de minuit à cinq heures du matin environ). Cette mesure a été principalement mise en place pour réduire les coûts de l’éclairage public qui peuvent représenter jusqu’à 45 % de la facture d’électricité des communes. Or, alors que cette mesure s’intègre parfaitement dans les objectifs de développement durable des communes, en limitant la consommation d’énergie des territoires, aucune étude n’a jusqu’ici caractérisé si cette mesure pouvait efficacement limiter les impacts négatifs de l’éclairage artificiel sur la biodiversité.

C’est pourquoi nous avons effectué, dans le Parc Naturel Régional du Gâtinais Français, une expérience pour tester l’effet de cette mesure sur 6 espèces de 2 genres de chiroptères (Figure 1). Nous avons effectué un échantillonnage apparié en enregistrant simultanément l’activité de chiroptères sur un site éclairé d’un lampadaire à Sodium Haute Pression et un site contrôle non éclairé. Les deux sites de chaque paire, similaires d’un point de vue de l’habitat, étaient situés le long de haies ou de lisières forestières et éloignés d’environ 200 m. Vingt-quatre paires étaient situées dans des communes pratiquant l’extinction nocturne des lampadaires et douze paires étaient situées dans des communes qui laissent leurs lampadaires allumés toute la nuit.

Photo_lampadaireFigure 1. Photographie de l’un des sites d’étude situé dans la commune de Dannemois (91). Crédit photo: Clémentine Azam.

L’activité de chiroptères a été mesurée toute la nuit en enregistrant tous les contacts de chiroptères avec un détecteur d’ultrasons SM2, sur une période couvrant 30 minutes avant et 30 minutes après le coucher du soleil. Les enregistrements ont ensuite été traités par le logiciel de classification automatique Sonochiro © et la classification des contacts a été validée en vérifiant manuellement les séquences ambiguës avec le logiciel Syrinx 2.6. La session de terrain a été effectuée de Juin à Août, durant les nuits où les conditions météorologiques étaient favorables.

Effets de l’éclairage sur l’activité de chiroptères

Les trois espèces de pipistrelles détectées (P. pipistrellus, P. kuhlii, P. nathusius) ainsi que les deux espèces de noctules (N. noctula, N. leisleri) ont présenté des niveaux d’activité plus importants sur les sites éclairés toute la nuit que sur les sites contrôles non éclairés (Figure 2), ce qui confirme leurs comportements de chasse sous les lampadaires. A contrario, les murins Myotis sp. et les oreillards Plecotus sp. étaient significativement moins actifs sur les sites éclairés toute la nuit que sur les sites non éclairés (Figure 2), ce qui confirme leur caractère lucifuge. En revanche, nous n’avons pas observé d’effets de l’éclairage sur l’activité de la sérotine commune E. serotinus.

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Figure 2. Nombre de contacts de chiroptères par nuit sur les sites contrôles non éclairés (« Unlit »), les sites allumés avec extinction (« Part ») et les sites éclairés toute la nuit (« Full ») pour (A) Myotis sp., (B) Plecotus sp., (C) Pipistrellus pipistrellus, and (D) Pipistrellus kuhlii. Les sigles « a » et « b » montrent les traitements lumineux qui ne sont pas significativement différents les uns des autres.


Effets de l’extinction nocturne sur l’activité des chiroptères

Pour les murins, l’effet négatif de l’éclairage persiste toujours sur les sites où les lampadaires s’éteignent à minuit (Figure 2), ce qui suggère que cette mesure n’est pas efficace pour limiter l’impact de la pollution lumineuse pour ce groupe d’espèce. Par contre, il semble que l’extinction nocturne des lampadaires soit bénéfique aux oreillards qui ont présenté des niveaux d’activités supérieurs sur les sites éclairés avec extinction que sur les sites non éclairés et éclairés toute la nuit (Figure 2). Cela suggère qu’ils profiteraient de l’extinction des lampadaires pour aller glaner les insectes accumulés sous les lampadaires, immobiles sur le sol ou sur les parois des maisons. Cependant, au vu du nombre limité de contacts pour ce groupe d’espèce, il est préférable de rester prudent avec ce résultat.

Nous n’avons observé aucun effet de l’extinction des lampadaires sur l’activité des pipistrelles de Kuhl et de Nathusius, et des noctules communes et de Leisler (Figure 2). Cependant, la pipistrelle commune a été significativement moins active sur les sites éclairés avec extinction que sur les sites éclairés toute la nuit, ce qui suggère que ces sites sont moins sélectionnés par l’espèce au regard de de la quantité d’insectes attirés sous les lampadaires allumés toute la nuit.

En conclusion, nos résultats suggèrent que les schémas actuels d’extinction nocturne ne sont pas très efficaces pour limiter l’impact de l’éclairage artificiel sur les chauves-souris. Cela est notamment dû au fait que les heures d’extinction ne correspondent pas forcément aux rythmes d’activités des chiroptères, qui sont pour la plupart actives en début de nuit. Cependant, cette mesure pourrait être efficace si l’extinction commencait plus tôt dans la nuit (avant 23h); en particulier le long de corridors écologiques qui sont essentiels au maintien de la biodiversité dans les paysages urbanisés.

Auteur : Clémentine Azam

Collaborateurs : Christian Kerbiriou, Arthur Vernet, Yves Bas, Laura Plichard, Julie Maratrat, Jean-François Julien et Isabelle Le Viol.

Référence de l’article

Azam C, Kerbiriou C, Vernet A, et al (2015) Is part-night lighting an effective measure to limit the impacts of artificial lighting on bats? Global Change Biology. 21:4333–4341. doi: 10.1111/gcb.13036

Voir aussi:

Day J, Baker J, Schofield H, et al (2015) Part-night lighting: implications for bat conservation. Animal Conservation. doi: 10.1111/acv.12200

La presse en parle !

Sélection d’articles récents

jeudi, mars 17th, 2016

Nous vous avons compilé une petite sélection d’articles scientifiques publiés ces derniers mois:

1- Un article qui met en évidence une expansion de l’aire de distribution du Vespère de Savi (Hypsugo savii) en Europe centrale et du Sud-Est. En 20-25 ans, l’espèce se serait déplacée de 800 kilomètres, en colonisant préférentiellement des habitats urbains [lien vers le résumé].

2- Une étude qui met en évidence les cris sociaux du Minioptère de Schreibers (Miniopterus schreibersii). Ce type de cri, émis aussi bien au gîte que sur les territoires de chasse, présente la structure typique d’un « feeding buzz » [lien vers le résumé].

3- Une publication qui permet de mieux comprendre la manoeuvrabilité des chauves-souris en vol [lien vers le résumé].

4-5- Deux articles sur la propagation de la maladie du museau blanc en Amérique, discutant d’un possible ralentissement de la maladie sur la base de la structure génétique des populations [lien vers le résumé n°1 et le résumé n°2].

6- Une publication qui montre que les chauves-souris en hibernation réagissent peu au bruit de la circulation. Par ailleurs, les animaux répondent plus fortement aux sons émis en fin de journée [lien vers le résumé].

7- Un article sur l’attraction acoustique de chauves-souris (Kerivoula hardwickii) par des structures réflectives de plantes carnivores (Nepenthes hemsleyana). Cette relation est dite mutualiste car la chauve-souris bénéfie d’un gîte tandis que la plante carnivore bénéficie des nutriments contenus dans le guano de la chauve-souris [lien vers le résumé].

8- Une étude qui propose une phylogénie bien résolue de deux familles de chauves-souris – les Rhinolophidae et les Hipposideridae et identifie une nouvelle famille de chauves-souris, les Rhinonycteridae. Ces trois familles auraient divergé en Afrique il y a environ 42 millions d’années [lien vers le résumé].

9- Une étude qui propose une phylogénie bien résolue des Rhinolophidae, dont nos 5 espèces Européennes. Cette étude revèle également la presence de nombreuses espèces cryptiques en Afrique et de cas d’introgression, notament entre R. ferrumequinum et R. clivosus [lien vers le résumé].

10- Une publication sur le régime alimentaire du Rhinolophe euryale, qui identifie notamment la consommation de proies qui proviennent de l’extérieur des terrains de chasse de l’espèce [lien vers le résumé].


Références bibliographiques

1 Uhrin, M. et al. (2015). Status of Savi’s pipistrelle Hypsugo savii (Chiroptera) and range expansion in Central and south-eastern Europe: a review. Mammal Rev, 46, 1-16.
2 Russo, D. & Papadatou, E. (2014). Acoustic identification of free-flying Schreiber’s bat Miniopterus schreibersii by social calls. Hystrix, 25, 119-120.
3 Bergou, A.J. et al. (2015). Falling with style: bats perform complex aerial rotations by adjusting wing inertia . PLoS Biol, 13, e1002297 .
4 Petit, E.J. & Puechmaille, S.J. (2015). Will reduced host connectivity curb the spread of a devastating epidemic? Mol. Ecol., 24, 5491-5494.
5 Wilder, A.P., Kunz, T.H., & Sorenson, M.D. (2015). Population genetic structure of a common host predicts the spread of white-nose syndrome, an emerging infectious disease in bats. Mol. Ecol., 24, 5495–5506.
6 Luo, J. et al. (2014). Are torpid bats immune to anthropogenic noise? J Exp Biol, 217, 1072-1078.
7 Schöner, M.G. et al. (2015). Bats are acoustically attracted to mutualistic carnivorous plants. Curr. Biol., 25, 1-6.
8 Foley, N.M. et al. (2015). How and why overcome the impediments to resolution: lessons from rhinolophid and hipposiderid bats. Mol. Biol. Evol., 32, 313-333.
9 Dool, SE. et al. (2016). Nuclear introns outperform mitochondrial DNA in intra-specific phylogenetic reconstruction: lessons from horseshoe bats (Rhinolophidae: Chiroptera). Mol. Phylogenet. Evol., 97, 196-212 .
10 Arrizabalaga-Escudero, A. et al. (2015). Trophic requirements beyond foraging habitats: The importance of prey source habitats in bat conservation. Biol. Conserv., 191, 512-519 .

Migration de la Pipistrelle de Nathusius

jeudi, février 18th, 2016

Cette année, BatLife Europe a annoncé pour la première fois « la chauve-souris de l’année » (“Bat of the year” en anglais). La pipipistrelle de Nathusius est à l’honneur pour 2015. Dans ce contexte, l’association fédérale pour le travail sur les chauves-souris en Allemagne (Bundesverband für Fledermauskunde Deutschland e.V.) veut vous informer des projets de recherche en cours sur le comportement migratoire de la Pipistrelle de Nathusius et autres espèces migratrices en Europe.

Actuellement, trois projets de baguage de Pipistrellus nathusii sont en cours, ils englobent aussi la Pipistrelle pygmée Pipistrellus pygmaeus, la Noctule commune Nyctalus noctula et la Noctule de Leisler Nyctalus leisleri:

  • La collaboration entre l’institut Leibniz de Berlin (Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Research) et l’Université d’Agriculture de Lettonie (Latvia University of Agriculture) explorent l’origine régionale et les aires d’hivernage des chauves-souris migrant le long de la côte de la mer Baltique en Lettonie. En août et Septembre 2014 et 2015, près de 4000 chauves-souris ont été capturées et baguées (constituées environ de 90 % de Pipistrelles de Nathusius) et pour certaines recapturées (voir Figure 1).
  • Débutant cette année, le groupe de travail sur les chauves-souris de Saxe-Anhalt (Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V.), l’agence fédérale de conservation des chauves-souris de Saxe-Anhalt (Landesreferenzstelle Fledermausschutz Sachsen-Anhalt), le centre de baguage de chauves-souris de Dresde et le centre de baguage des chauves-souris de Bonn (Beringunszentrale Bonn) ont mis en place un projet pilote appelé « Suivi allemand de la migration des chauves-souris ». Dans le cadre de projet de sciences citoyennes à l’échelle nationale, près de 3000 Pipistrelles de Nathusius ainsi que d’autres espèces ont été baguées.
  • Partie intégrante du programme national de suivi des chauves-souris („National Bat Monitoring Programme“ au Royaume-Uni), une enquête à large échelle sur la Pipistrelle de Nathusius a été menée entre 2009 et 2014. Par conséquent, les données de répartition de l’espèce sont mises à jour de manière significative et 300 individus ont été marqués. Une de ces chauves-souris a été retrouvée plus tard aux Pays-Bas. Avec la recapture de Lettonie, la connection des populations entre les îles brittaniques et l’Europe continentale vient d’être prouvée pour la première fois.

Pour le moment, un grand nombre de recaptures a été réalisé durant les nombreuses captures au filet et les contrôles de nichoirs à chauves-souris. Ces observations proviennent surtout d’allemagne mais également de Lituanie, Lettonie et d’autres pays voisins. Nous voudrions vous signaler une arrivée importante de pipistrelles de Nathusius baguée dans les sites d’hibernation.

Nous espérons que ces résultats vous encourage à intensifier votre contrôle des sites d’hibernation. La probabilité d’observer des chauves-souris marquées a augmenté considérablement cette année, constituant ainsi une excellente opportunité pour avoir une meilleure compréhension du comportement migratoire des chauves-souris.

Latvia_recaptures2015_YannGagerVersionFig. 1: Sélection de recaptures réalisées dans le cadre des trois projets. Les flèches oranges correspont à la migration automnale et les flèches bleues à la migration printannière.

Gravures sur les bagues à chauves-souris (# = Nombre) et contacts des projets:

Projet en Lettonie

– “Latvia Riga SA ####”, “Latvia Riga SB ####”, “Latvia Riga SC ####”

– Dr. Christian C Voigt, Institute for Zoo and Wildlife Research, Allemagne, E-mail: voigt@izw-berlin.de

– Gunārs Pētersons, Latvia University of Agriculture, Lettonie, E-mail: gunars.petersons@llu.lv

Projet en Allemagne

– “FMZ Dresden O ######“, ”FMZ Dresden V #####”,

– “Mus.Bonn E ######“, “Mus.Bonn H ######“, “Mus.Bonn M #####“, “Mus.Bonn X ######“

– Bernd Ohlendorf, Landesreferenzstelle für Fledermausschutz Sachsen-Anhalt, Email: info@fledermauszug-deutschland.de

– Kathleen Kuhring, Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V.

– Dr. Ullrich Zöphel, Bat Marking Centre Dresden

– Dr. Jan Denner, Markierungszentrale am Forschungsmuseum Alexander König (Bonn)

Projet au Royaume-Uni:

– “Lond Zoo A ####“

– Daniel Hargreaves and Katherine Boughey, National Bat Monitoring Programme, E-mail: daniel@batdan.co.uk

Marcus Fritze pour l’équipe du groupe de travail sur les chauves-souris de Saxe-Anhalt et les personnes impliquées dans les projets.

Chauves-souris et agriculture

mercredi, novembre 25th, 2015

Le Plan National d’Actions en faveur des Chiroptères s’est achevé en 2013. Une réflexion est en cours sur les suites de ce programme qui devra intégrer une fiche action sur la prise en compte des chauves-souris dans les pratiques agricoles, certaines entraînant une pression élevée sur ces espèces (d’après le rapportage Natura 2000 ; 2006-2012 Arthur & Pavisse 2014). Dans le cadre de son stage de licence (mars 2015), Chloé Lepetz a effectué une synthèse sur l’ensemble des études réalisées sur la thématique « les chauves-souris et l’agriculture » depuis 2002. Trois grands thèmes ont été abordés : la structuration du paysage, l’élevage et l’utilisation de produits antiparasitaires et enfin, le rôle des Chiroptères en tant qu’auxiliaires de cultures. Entre 2002 et 2014, 18 études, 7 stages, 7 plaquettes/articles et 3 thèses vétérinaires ont été répertoriés. Ces études concernent la France métropolitaine et l’Outre-mer avec une étude martiniquaise ainsi que quelques études étrangères. Les espèces de Chiroptères étudiées ne sont pas les mêmes selon les thématiques abordées : on retrouve par exemple sept études exclusivement portées sur le Grand Rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum). On recense 15 espèces en France métropolitaine, 5 en Martinique, 3 en Europe et 7 hors Union Européenne. Cette synthèse a permis d’avoir une vue d’ensemble des espèces étudiées selon les thématiques. Les études dédiées au rôle d’auxiliaires de cultures regroupent la majorité des espèces.

Structuration du paysage
Les quatre études portant sur la structuration du paysage démontrent l’importance des milieux semi-ouverts, c’est-à-dire des milieux où l’on retrouve des haies, des boisements, etc… Les bocages denses sont très favorables aux Chiroptères car ils leur permettent d’être abritées en cas d’intempéries et de se protéger des prédateurs potentiels. Les milieux semi-ouverts permettent également une bonne diversité spécifique en termes d’insectes, principales proies des Chiroptères. Une étude a montré que l’installation de bandes enherbées est peu favorable aux chauves-souris comme peuvent l’être les haies notamment.

L’élevage et l’utilisation de produits antiparasitaires
L’élevage et l’utilisation de produits tels que les antiparasitaires, les vermifuges, etc… font l’objet de 13 études. Ces dernières montrent que l’utilisation de produits nuisibles à l’environnement est encore largement présente, ces produits impactant la faune coprophage, source alimentaire importante pour les chauves-souris. Actuellement, la plupart des produits vétérinaires contiennent des Avermectines qui sont des composés organiques avec de puissantes propriétés anthelminthiques et insecticides. Ces composés, ainsi que leurs dérivés, ne sont pas toujours efficaces sur les parasites selon la fréquence de traitement que réalise l’agriculteur. En effet, une utilisation trop fréquente entraine l’apparition de souches résistantes et n’a plus les effets attendus. Selon les études, la Moxidectine reste le composé le moins impactant pour la faune coprophage et donc pour les Chiroptères. L’utilisation des produits alternatifs est encore étudiée afin de déterminer leurs bénéfices par rapports aux produits tels que les Avermectines. Une gestion raisonnée du risque parasitaire permettrait de mieux prendre en compte la faune non cible.

Le rôle des Chiroptères en tant qu’auxiliaires de culture
Les chauves-souris sont des auxiliaires de cultures importants : plusieurs études démontrent leur utilité dans des cultures pour lutter contre les insectes ravageurs tels que le carpocapse de la pomme ou la tordeuse orientale. Elles peuvent en effet consommer plus du quart de leur poids en insecte en une seule nuit ! Cette année, deux publications assez originales sont venues renouveler le sujet. La première, due au Muséum de Granollers, concerne l’impact de la Pipistrelle pygmée sur un ravageur du riz (Puig-Montserrat et al. 2015). L’article met bien en lumière la façon dont un prédateur aux effectifs assez réduits et au potentiel de reproduction assez faible comme une chauve-souris peut néanmoins limiter un ravageur de culture qui se reproduit trois fois de suite dans l’année. En écrêtant les deux premiers pics d’adultes, qui ne sont jamais très importants, les P. pygmées limitent considérablement le troisième pic, bien plus significatif (figure 3 de cet article). Cette étude s’est accompagnée de la pose de gîtes artificiels dont le succès a été impressionnant (figure 4 de cet article). Le second papier, « Bats initiate vital agroecological interactions in corn » a reçu un certain écho dans la presse généraliste (Mayne & Boyles 2015). Plus encore que le précédent, il relève de l’écologie expérimentale, une approche pas si courante que ça quand il s’agit de chauves-souris. En interdisant aux chauves-souris l’accès à des parcelles de maïs au moyen de filets –pas japonais !- déployés uniquement la nuit (photos éloquentes dans le matériel supplémentaire) les auteurs ont montré que, non seulement les populations de papillons ravageurs et les dégâts subséquents augmentaient, mais aussi l’infestation par des champignons producteurs de cancérigènes redoutables comme l’aflatoxine, ces derniers utilisant les lésions infligées par les chenilles comme voie d’entrée dans le maïs. C’est donc un double service procuré par les chauves-souris que la pose des filets annule. Mais il en existe un troisième, hors prédation directe, représenté par l’altération du comportement reproducteur des papillons. Il s’agit d’espèces tympanées que les émissions des chauves-souris plongent dans un « paysage de peur », termes employés par les auteurs. Leur activité reproductive s’en trouve sérieusement perturbée… La présence des Chiroptères aux alentours des cultures est donc plus que bénéfique pour les agriculteurs.

Le travail de Chloé a également permis d’établir des perspectives pour l’intégration des Chiroptères dans la nouvelle PAC (Politique Agricole Commune) à travers chaque thématique. Un diagnostic de terrain et des visites régulières permettrait une meilleure structuration du paysage et la présence de milieux semi-ouverts favorables aux Chiroptères, tout comme le dispositif MAEC (Mesures Agri-Environnementales et Climatiques) qui concerne le « soutien à l’herbe ». Le verdissement de la PAC par le « paiement vert » est également bénéfique pour la préservation des milieux semi-ouverts. Les recommandations de traitements antiparasitaires (fréquences de traitements, utilisation de produits alternatifs et gestion du pâturage) préserveraient la faune coprophage tout en limitant les risques d’apparition de souches résistantes. L’intégration dans les MAEC peut se faire via le système polyculture élevage « herbivore ». L’utilisation des Chiroptères comme auxiliaires de cultures rejoint tous les dispositifs MAEC : la diminution des antiparasitaires et le maintien d’un bon terrain de chasse (milieux semi-ouverts) entraine la présence constante de chauves-souris sur la parcelle de culture.

Les pratiques agricoles, à travers la nouvelle PAC et les MAEC, permettront d’engager une préservation des Chiroptères dans ces milieux, le soutien des acteurs (agriculteurs, vétérinaires, Ministère de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt et plusieurs associations) étant indispensable. Pour exemple, la société nationale des groupements techniques vétérinaires a dédié une journée complète lors de son colloque annuel national de 2015 au thème «la maîtrise du parasitisme des ruminants au pâturage et respect de l’environnement ». Cet atelier a permis d’échanger sur les expériences en cours et sur les bonnes pratiques, c’est une première étape.

L’objectif de ce rapport était donc de faire le point sur les études réalisées afin de développer les axes de travail dans un prochain programme en faveur des Chiroptères et d’entrevoir des solutions pour la préservation de ces espèces dans le milieu agricole.

Chloé Lepetz, Audrey Tapiero et Jean-François Julien

Le rapport est disponible sur le site du plan d’actions Chiroptères

Références bibliographiques

Arthur, C, P & R. Pavisse (2014). Rapportage DHFF, article 17, synthèse pour le groupe thématique Chiroptères. L’évaluation 2006-2012. SFEPM

Maine, J. J., & J. G. Boyles (2015). Bats initiate vital agroecological interactions in corn. PNAS, 112, 12438-12443. [Lien vers l’abstract].

Puig-Montserrat, X., Torre, I., López-Baucells, A., Guerrieri, Monti, M.M., Ràfols-García, R., Ferrer, X., Gisbert, D.
& C. Flaquer (2015). Pest control service provided by bats in Mediterranean rice paddies:
linking agroecosystems structure to ecological functions. Mammalian Biology, 80, 237-245. [Télécharger le PDF].

 

Sélection d’articles, hiver/printemps 2015

lundi, juin 22nd, 2015

Nous vous avons compilé une petite sélection d’articles scientifiques publiés ces derniers mois:

– Un article sur les méthodes d’échantillonnage et de préservation de l’ADN pour des analyses moléculaires. La biopsie alaire (« wing punch »), préservée dans du silica gel, est la méthode qui donne la quantité d’ADN la plus importante et qui est donc recommandée [Télécharger le PDF].

– Une étude sur un méchanisme inconnu d’orientation dans l’obscurité. La majorité des Pteropodidae (renards volants) sont dépourvus de l’écholocation classique, basée sur la génération de « pulses » à l’aide du larynx ou de la langue. Une équipe de scientifiques vient de mettre en évidence chez deux espèces de Pteropodidae l’utilisation de « clics » à l’aide des ailes pour détecter et discriminer des objets dans le noir complet [lien vers le résumé].

– Une étude sur l’influence d’une nouvelle génération d’éclairage artificiel sur l’activité des chauves-souris. La nouvelle génération de lampes « white metal halide » s’avère très attractive pour les chauves-souris mais avec des conséquences au niveau des écosystèmes qui restent à déterminer [lien vers le résumé].

– Un article sur la mortalité des chiroptères tropicaux dans une ferme d’éoliennes du Brésil. 336 carcasses de 9 espèces différentes furent retrouvées, avec une majorité de Tadarida brasiliensis (245), une espèce migratrice volant à haute altitude [lien vers le résumé].

Références bibliographiques
Barros M.A.S., de Magalhães R.G. & A.M. Rui (2015). Species composition and mortality of bats at the Osório Wind Farm, southern Brazil. Studies on Neotropical Fauna and Environment, 50, 31–39.

Boonman A., Bumrungsri S. & Y. Yovel (2014). Nonecholocating Fruit bats produce biosonar clicks with their wings. Current Biology, 24, 2962–2967.

Corthals A., Martin A., Warsi O.M., Woller-Skar M., Lancaster W., Russell A. & L.M. Dávalos (2015). From the field to the lab: best practices for field preservation of bat specimens for molecular analyses. PLoS One, 10:e0118994.

Stone E.L., Wakefield A., Harris S. & G. Jones (2015). The impacts of new street light technologies: experimentally testing the effects on bats of changing from low-pressure sodium to white metal halide. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 370.

Rétrospective 2014

jeudi, janvier 1st, 2015
2014 aura été une année riche pour le Chiroblog, avec 14 articles et 15 contributeurs sur des sujets très variés ! Après une sélection d’articles scientifiques en Février, nous vous avons proposé de nombreux sujets liés à la conservation des chiroptères : risques de l’ivermectine par Jade, micro-habitats d’arbres par Baptiste, pollution lumineuse par Aurélie, trajectographie par Charlotte, échantillonage acoustique en forêt par Jérémy ou encore prédation de lichis à Madagascar par Rado. Philippe nous a parlé de ses suivis de populations en Albanie, Fiona, Céline et Benjamin dans les petites îles méditerannéennes et Marguerite et Vincent présenté les activités du Groupe Chiroptères Guyane. Pour ce qui est de la systématique, Sébastien et Benjamin nous ont présenté la nouvelle espèce de Minioptère décrite pour le Maghreb et Antony nous a parlé de ses travaux sur les fossiles de Rhinolophes Troglodytes en Chine. Dans un registre comportemental, Sébastien nous a présenté le rôle de l’écholocation dans le choix du partenaire chez les Rhinolophes. Merci beaucoup à tous les contributeurs pour leur participation à la vie de blog. Nous attendons avec impatience les nouveaux articles pour l’année 2015 !
Yann pour l’équipe du Chiroblog