Archive for the ‘Description d’espèces’ Category

Actualités en Mars 2012

lundi, mars 19th, 2012
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Une nouvelle sélection d’articles scientifiques pour ce mois de Mars 2012 :

– Une nouvelle classification de la sous-famille des Molossinae (Molossidae) comprenant l’analyse
de caractères moléculaires, vient d’être publiée dans le Journal of Mammalogy [télécharger le PDF].

– Une nouvelle phylogénie sur les Murins (Myotis) des Caraïbes a été publiée dans la revue Mammalian Biology
[lien vers le résumé]. Sur la base de critères morphologiques et moléculaires, une troisième espèce endémique des Caraïbes a été découverte.

– Une publication parue dans PloS One fait le point sur l’utilisation d’éléments chimiques, les isotopes stables,
comme méthode pour prédire le site de reproduction des chauves-souris européennes
[lien vers le résumé et le PDF].

L’équipe du Chiroblog

Références bibliographiques

– Ammerman, L. K., Lee, D. N., & Tipps, T. M. (2012). First molecular phylogenetic insights into the evolution of free-tailed bats in the subfamily Molossinae (Molossidae, Chiroptera). Journal of Mammalogy, 93(1), 12-28. doi:10.1644/11-MAMM-A-103.1

– Larsen, R. J., Larsen, P. A., Genoways, H. H., Catzeflis, F. M., Geluso, K., Kwiecinski, G. G., Pedersen, S. C., et al. (2012). Evolutionary history of Caribbean species of Myotis, with evidence of a third Lesser Antillean endemic. Mammalian Biology – Zeitschrift für Säugetierkunde, 77(2), 124-134. doi:10.1016/j.mambio.2011.11.003

– Popa-Lisseanu, A. G., Sörgel, K., Luckner, A., Wassenaar, L. I., Ibáñez, C., Kramer-Schadt, S., Ciechanowski, M., et al. (2012). A triple-isotope approach to predict the breeding origins of European bats. PloS ONE, 7(1), e30388. doi:10.1371/journal.pone.0030388

Sur l’origine des espèces : le plus petit mammifère du monde, la chauve-souris bourdon démêle les mécanismes de la spéciation

mardi, décembre 6th, 2011
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Un des grands défis de la biologie est de comprendre comment les espèces évoluent. Aujourd’hui, environ 150 ans après la publication de Darwin « Sur l’Origine des espèces » nous ne comprenons toujours pas vraiment le processus de spéciation. Cela tient en partie au fait que la plupart des études classiques sur la spéciation sont basées sur les espèces qui ont déjà divergé, et par conséquent, nous devons spéculer en arrière dans le temps pour en déduire les causes de la spéciation. En effet, deux des exemples les plus connus de « spéciation sympatrique », les cichlidés du lac Victoria et les Rhinolophes de Wallace, suggèrent que l’écologie sensorielle (comment un animal perçoit et interagit avec son environnement) joue un rôle majeur dans le processus de spéciation, que les populations soient géographiquement isolées ou non. Cependant, dans ces études, les chercheurs n’ont pas pu étudier les facteurs impliqués dans les premières phases du processus de spéciation.

Chauves-souris bourdon, plus petit mammifère au monde; photo prise en Birmanie en 2006 par l’équipe sur le terrain.

«Notre étude est unique dans le sens ou elle capture la spéciation « en action » dans des populations qui sont en train de diverger écologiquement. Ces populations sont celles du plus petit mammifère au monde, la chauve-souris bourdon (Craseonycteris thonglongyai) que l’on trouve uniquement en Thaïlande et en Birmanie. Ces populations représentent une expérience naturelle unique qui permet de « capturer » les processus évolutif a une échelle de temps permettant d’identifier la nature de ces processus qui entraînent la spéciation dans la nature » explique le Dr Emma Teeling qui a dirigé l’équipe de recherche au cours de cette étude.

En étudiant les processus du début de la spéciation à différentes échelles de temps évolutives, cette étude montre que dans le cas de cette espèce, un flux de gènes limité, résultant de la distance géographique, est nécessaire pour promouvoir la spéciation écologique sensorielle.

« Pour ce faire, nous avons examiné la structure spatiale, la structure génétique et les traits écologiques sensoriels entre et au sein des deux seules populations connues du plus petit mammifère du monde, la chauve-souris bourdon (Craseonycteris thonglongyai). Nous avons généré et recueilli un large jeu de données moléculaires, écologiques et acoustiques et montrons que la distance géographique joue un rôle essentiel dans la limitation des flux de gènes plutôt que la divergence d’écholocation. Nos résultats appuient l’idée que l’écologie sensorielle agit comme un mécanisme de renforcement dans le processus de spéciation plutôt que d’être le principal moteur comme cela était précédemment supposé dans d’autres études empiriques bien documentées. Nos résultats posent la question de savoir si la spéciation sympatrique se produit réellement, ou si un certain niveau d’isolement géographique et donc de flux de gènes restreint est toujours nécessaire afin d’engager le processus de spéciation », explique le Dr Sébastien Puechmaille, auteur principal de cette étude.

Une autre conclusion intéressante de cette étude est l’identification d’un gène de « l’écholocation » (RBP-J) qui montre des signes de sélection divergente correspondant à la divergence d’écholocation présente au sein la population thaïlandaise. C’est la première association identifiée de ce gène avec des capacités d’écholocation. Ce gène est impliqué dans la formation des cellules ciliées de la cochlée (organe récepteur des sons dans l’oreille interne). Comme les chauves-souris utilisent les fréquences les plus élevées (supérieures à 200 kHz) de tous les mammifères, leur système auditif, en particulier les cellules ciliées de l’organe de Corti où le son est reçu et amplifié, a besoin d’adaptations particulières.

«Nous montrons également que la compétition interspécifique avec une autre espèce de chauve-souris, Myotis siligorensis, est surement la cause de l’adaptation locale sensorielle, par opposition à la dérive aléatoire ou les facteurs abiotiques comme la température et l’humidité», explique le Dr Sébastien Puechmaille.

Du point de vue de la conservation, cette étude est la première à étudier la structure de population et l’histoire évolutive du plus petit mammifère du monde, la chauve-souris bourdon, Craseonycteris thonglongyai. « Cette espèce de chauve-souris charismatique est rare et menacée, limitée à une région de 2000 km2 à la région frontalière entre la Thaïlande et la Birmane et est considéré comme l’une des dix espèces évolutivement distinctes et globalement menacées (Evolutionary Distinct and Globally Endangered, EDGE, species)« , souligne le Dr Emma Teeling.

Les analyses phylogénétiques de marqueurs transmis par la lignée maternelle, paternelle, ou héritée par les deux parents ainsi que les données écologiques démontrent la présence de deux espèces de chauve-souris bourdon, une en Thaïlande et une en Birmanie, qui se sont séparées il y a environ 0,4 millions d’années. Les capacités de dispersion limitées des individus combinées à une aire de répartition très limitée (moins de 2000 km2) suggèrent que les deux espèces sont menacées et nécessitent des plans de gestion et de conservation distincts.

Ce papier est publié le 6 Décembre 2011 est disponible de manière gratuite dans la revue Nature Communications (http://www.nature.com/ncomms/journal/v2/n12/pdf/ncomms1582.pdf). La reference de cet article est :

Puechmaille, S.J., Ar Gouilh, M., Piyapan, P., Yokubol, M., Khin Mie Mie, Bates, P.J.J., Satasook, C., Tin Nwe, Si Si Hla Bu, Mackie, I.J., Petit E.J., and Teeling E.C. (2011). The evolution of sensory divergence in the context of limited gene flow in the bumblebee bat. Nature Communications 2, 573, DOI: 10.1038/ncomms1582. [L’évolution de la divergence sensorielle dans un contexte de flux de gènes limités chez la chauve-souris bourdon].

Ce travail représente un projet irlandais, financé par la SFI, une fondation Irlandaise pour la Science et décerné au Dr. Emma Teeling. Ce projet a été mené en collaboration entre des chercheurs en France, en Thaïlande, en Birmanie, au Royaume-Uni et en Irlande afin d’aborder une question fondamentale en biologie avec des implications pour la conservation.

Séb.

Une classification en perpétuel mouvement !

mardi, janvier 25th, 2011
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La systématique, ou classification scientifique des espèces, consiste à décrire les espèces pour les regrouper sur la base de différents critères comme la morphologie, l’écologie, l’écholocation et aussi les données moléculaires. Une des voies empruntée par cette discipline, la cladistique (héritée des travaux de Willy Hennig), repose sur l’idée que le partage de caractères (dit dérivés) par plusieurs espèces provient très souvent de leur parenté. Les années 80, avec la découverte de la polymérase et l’invention de la PCR, ont vu l’émergence de la biologie moléculaire et des données génétiques pour aider à résoudre les relations de parenté des Chiroptères. C’est ainsi que de nombreux complexes d’espèces cryptiques (= « cachées ») ont été révélés, notamment en Europe. A l’échelle mondiale, de nouvelles espèces sont décrites chaque année, à la suite des révisions des collections de musées, d’une analyse approfondie sur le terrain et aussi grâce aux expéditions dans des contrées encore peu explorées. Ce travail de description des espèces est primordial, notamment du fait de ses implications dans le domaine de la conservation. Avec la description de nouvelles espèces, des espèces considérées fréquentes et réparties à large échelle se voient séparées en plusieurs espèces à aire de répartition diminuée. Ces nouvelles espèces sont donc fréquemment considérées plus vulnérables. Le travail des biologistes consiste ensuite à étudier ces espèces en détail sur le terrain afin de définir des priorités et des stratégies de conservation. Cette connaissance de la classification des espèces est d’autant plus nécessaire que de nombreuses menaces pèsent sur ces animaux. La fragmentation, l’altération ou la destruction des habitats et le processus de changement climatique, constituent deux facteurs principaux d’extinction d’espèces.

En 12 ans, entre la synthèse de Koopman (1993) et celle de Simmons (2005), c’est plus de 191 espèces nouvelles qui ont été décrites pour la Science, avec le compteur qui est passé de 925 à 1116 espèces (Figure 1). A ce jour, plus de 1232 espèces de chauves-souris seraient maintenant dénombrées (Simmons comm. pers.).

Figure 1: Evolution du nombre de description d'espèces chez les chiroptères de 1993 à 2010.

Yann & Meriadeg

Références bibliographiques

Koopman, K. F. 1993. Order Chiroptera. Pp. 137-241 in Wilson, D. E., and D. M. Reeder, eds. Mammal species of the world. A taxonomic and geographic reference, 2nd ed. Smithsonian Institution Press, Washington, DC.

Simmons, N. B. 2005. Order Chiroptera. Pp. 312-529 in Wilson, D. E., and D. M. Reeder, eds. Mammal species of the World. A taxonomic and geographic reference, 3rd edition. Johns Hopkins University Press, Washington.

Spéciation part 2.

mercredi, septembre 1st, 2010
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La spéciation peut se faire selon différents modèles.
La spéciation allopatrique, issue de la division d’une espèce en deux par un évènement géographique, est un modèle de spéciation souvent considéré. L’équipe de Baker (Texas Tech University) l’aurait mis en évidence chez un Phyllostomidae, séparé en deux espèces avec la division de son aire de répartition par le soulèvement des Andes. L’arrêt des échanges entre les deux populations mène progressivement à la formation de deux espèces.
Un autre modèle de spéciation existe, la spéciation sympatrique, où de nouvelles espèces apparaissent dans une même aire géographique. Les ultrasons constituent un axe de recherche majeur dans ce domaine. Une étude menée par Stephen Rossiter (Queen Mary University of London) sur des Rhinolophes asiatiques (Rhinolophus spp.) caractériserait l’apparition (à partir d’un ancêtre commun) de nouvelles espèces due à l’utilisation de différentes fréquences d’émission. Ces dernières seraient responsables de l’utilisation de différentes niches écologiques basées sur différentes proies. Par ailleurs, la communication entre individus serait affectée et il en résulterait progressivement un arrêt des échanges entre les groupes menant à terme à leur séparation totale.

Mais la théorie est souvent bien différente de la pratique, beaucoup de choses restent à découvrir sur la spéciation. C’est un phénomène très complexe où chaque histoire serait unique.

Yann

Spéciation Part 1.

mercredi, septembre 1st, 2010
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Après l’exposé de Nancy Simmons sur le nombre d’espèces dans le monde, Manuel Ruedi (Muséum d’Histoire Naturelle de Genève) a ouvert une journée d’échanges dédiée aux dynamiques de spéciation (processus évolutifs par lequels une nouvelle espèce apparaît) et à la taxonomie (caractérisation des espèces). De part la très grande diversité spécifique, les Chiroptères constituent un modèle d’étude privilégié pour la recherche sur la spéciation. La difficulté d’étudier la spéciation réside tout d’abord dans la difficulté à définir une espèce : « A fly in a wine glass ». Aucun consensus n’existe, une définition possible est « un groupe d’individus partageant un même pool de gènes et isolés d’autres groupes ».

Les limites d’étude de la spéciation sont nombreuses pour les scientifiques :
A. Difficultés à identifier le système de reproduction à cause de la difficulté à identifier les sexes sans captures, manque d’informations sur une possible paternité multiple et la structuration des communautés sociales (harems ?)
B. Manque de recherche sur la reconnaissance des partenaires par les sons (eg. cris sociaux) et éventuellement d’autres sens (toucher et odeur ?)
C. Connaissances très parcellaires sur les barrières inter et intra-spécifiques en général.

L’étude de la spéciation s’appuie sur différents axes de recherches : l’étude des morphotypes (morphologie), des sonotypes (ultrasons) et de nombreuses investigations dans le domaine de la biologie moléculaire (haplotypes, caryotypes et fixation des réarrangements chromosomiques, distance génétique entre séquences de gènes). La force d’une étude réside dans l’utilisation intégrée de ces différentes méthodes.

Yann

Combien d’espèces ?

jeudi, août 26th, 2010
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En ouverture du congrès, Nancy Simmons était invitée à discuter du nombre d’espèces de chauves souris dans le monde. Le dernier récapitulatif faisait état de 1116 espèces (Simmons, 2005). En 2010, le nombre est estimé à 1232 espèces, soit plus de 116 espèces rajoutées en plus de 6 ans, une augmentation de plus de 10 pour cent de la diversité spécifique! Avec 33 nouvelles espèces en 6 ans, la famille des Phyllostomidae a connu une augmentation de 21 pour cent de sa diversité spécifique en seulement 6 années. L’utilisation des techniques de biologie moléculaire est en grande partie à l’origine de cette explosion de la diversité spécifique. De nouvelles espèces sont découvertes sur le terrain grâce à un effort de prospection mais également dans les tiroirs des collections des Muséums.
Et cette tendance à l’augmentation de la diversité spécifique n’est pas prête de s’arrêter au vu des études à venir, basées sur l’analyse de nombreux critères morphologiques, moléculaires et aussi les traits d’histoire de vie. Avec plus de 900 sous-espèces et l’existence de nombreuses espèces cryptiques, la diversité spécifique des chauves souris nous offre encore beaucoup de surprises : « A new age of discovery » selon l’expression de Nancy Simmons. La solution réside dans le travail collaboratif pour acquérir toujours plus de données dans l’objectif de préciser les relations de parenté avec un objectif de connaissance et aussi de conservation.

Yann

Identification des nouvelles espèces de chauves-souris (espèces dites ‘cryptiques’)

dimanche, décembre 27th, 2009
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L’utilisation des données génétiques pour séparer les espèces de chauves-souris a réellement pris de l’ampleur à la fin des années 1990. En Europe, le premier cas où des données génétiques ont été utilisées pour démontrer la présence d’espèces cryptiques est celui des pipistrelles (Pipistrellus pipistrellus et P. pygmaeus). Depuis, plus de 10 nouvelles espèces cryptiques ont été découvertes et décrites grâce aux données génétiques (Kiefer & Veith 2001; Mayer & Von Helversen 2001; von Helversen et al. 2001; Kiefer et al. 2002; Ibañez et al. 2006; Mayer et al. 2007). Ce phénomène c’est avéré particulièrement vrai pour les chauves-souris présentes sur les îles comme la Sardaigne (Mucedda et al. 2002), les Açores (Salgueiro et al. 2004; Salgueiro et al. 2007) et la Corse (Castella et al. 2000), mais a également été démontré ces dernières années sur le continent (Ibañez et al. 2006; Mayer et al. 2007).

Deux récentes études génétiques ont montré qu’un nombre non négligeable d’espèces de chauves-souris en Europe représentaient vraisemblablement encore deux espèces ‘cryptiques’ ou plus (Ibañez et al. 2006; Mayer et al. 2007). Le cas de Myotis nattereri est un bon exemple montrant l’utilité des données génétiques. Dans leur étude, Ibañez et al. (2006) ont montré que cette espèce était divisée en trois groupes génétiquement très distincts qui se sont séparés il y a plusieurs millions d’années. Ces groupes représentent des espèces potentielles mais l’analyse d’un nombre plus important d’échantillons de différentes provenances est nécessaire avant de conclure. Par ailleurs, l’étude de Mayer et al. (2007) montre deux Myotis sp. (identifiés comme Myotis nattereri selon les critères morphologiques) en provenance d’Autriche et d’Italie du nord qui sont génétiquement très divergents des M. nattereri d’Europe centrale. Ces individus potentiellement représentent une nouvelle espèce cryptique au sein du ‘complexe’ M. nattereri. Clairement, cette espèce mérite une attention toute particulière. D’autres espèces comme Eptesicus serotinus, Plecotus auritus, Pipistrellus kuhlii ou Hypsugo savii sont également suspectées de cacher des espèces cryptiques (Mayer & Von Helversen 2001; Ibañez et al. 2006). Ces espèces cryptiques sont cependant parfois impossibles à identifier grâce aux caractères morphologiques sur le terrain (Dietz & Von Helversen 2004). C’est bien pour cette raison que ces espèces sont passées inaperçues jusqu’à maintenant ou l’utilisation de données génétiques à permis de les découvrir. Dans ce cas, l’utilisation de la génétiques pour assigner les individus à une espèce est direct et très efficace (Clare et al. 2007; Mayer et al. 2007).

Si les études citées ci-dessus ne mentionnent pas la présence d’espèces cryptiques pour certaines espèces, cela ne veut pas dire qu’elles n’existent pas. Tant que toutes les espèces n’auront pas fait l’objet d’un échantillonnage géographique exhaustif, il sera impossible d’infirmer la présence de nouvelles espèces cryptiques, même au sein des espèces les plus communes. En effet, suite à des analyses acoustiques de pipistrelles dans le sud de la France, il n’est pas impossible que derrière les noms de Pipistrellus pipistrellus ou Pipistrellus pygmaeus, se cache encore une espèce non décrite. En France métropolitaine, les nouvelles espèces décrites depuis la fin des années 1990 sont au nombre de quatre, Pipistrellus pygmaeus, Plecotus macrobullaris, Myotis alcathoe et Myotis escalerai. Sur le terrain, ces espèces ne sont pas toujours faciles à différencier de leur espèce ‘sœur’, morphologiquement très proches. La récolte conjointe de données morphologiques, génétiques et d’écholocation est une étape primordiale vers une meilleure connaissance et reconnaissance des espèces présentes sur notre territoire. Alors que la reconnaissance de deux espèces chez les pipistrelles communes (Pipistrellus pipistrellus et Pipistrellus pygmaeus) remonte à plus de 10 ans, la discrimination morphologique des deux espèces n’est pas toujours évidente, voir parfois même difficile. De nombreux critères morphologiques permettant de discriminer les deux espèces ont été reportés (‘Y’ alaire, ratio de phalanges, bosse entre les narines, etc.) mais il semble qu’aucun d’entre eux ne soit fiable à 100% dans l’ensemble de l’aire de répartition des deux espèces (obs. pers.). Il est donc très important de regarder et noter le maximum de caractères morphologiques pour augmenter la fiabilité de l’identification. Par ailleurs, il est primordial de replacer l’espèce dans un contexte régional plutôt que de se fier à des critères morphologiques provenant d’autres régions ou pays (parfois non fiables). Ceci souligne la nécessité de rendre les résultats d’études morphologiques régionales disponibles, soit par le biais de publications, soit par le biais de sites internet.

En France métropolitaine, les espèces qui parfois posent des problèmes d’identification sont les suivantes :

1- Myotis mystacinus/M. alcathoe (accessoirement, M. brandtii). Certains des critères dentaires reportés dans la littérature ne s’avèrent pas fiables à 100% (Y. Le Bris & A. Le Houédec, com. pers., obs. pers.). Nous essayerons de rédiger un article propre à ce problème prochainement.

2- Pipistrellus pipistrellus/P. pygmaeus. Plusieurs critères morphologiques discriminant les deux espèces ont été proposés mais très peu de données sont disponibles sur leur fiabilité et validité dans différentes régions. Un article récapitulant ces critères ainsi que leur validité/fiabilité serait le bienvenue.

3- Myotis nattereri/M. escalerai. A ce jour, les connaissances sur M. escalerai restent très parcellaires et mis à part le fait qu’il s’agit à priori d’une espèce exclusivement cavernicole en période de reproduction, il n’existe pas de publication décrivant les différences morphologiques entre les deux espèces (Ibanez et al. se contentant de mentionner que M. escalerai se différencie de M. nattereri par ses poils distincts sur la frange de l’uropatagium [… these bats can be distinguished by distinct fringing hairs in the tail membrane], donnée non utilisable en l’absence de description plus détaillée). Il reste néanmoins à vérifier la description de Cabrera en 1904 dans lequel certains critères pourraient être donnés (ce qui ne semble pas le cas du fait que Ibanez et al. n’en mentionne rien). Une recherche à ce sujet ainsi qu’un bilan des données dont nous disposons actuellement serait très utile pour correctement identifier les individus sur le terrain sans avoir à passer par les analyses génétiques, seul moyen actuel de discriminer les deux espèces de manière fiable.

Si vous êtes intéressé pour rédiger un article à propos des espèces cryptiques mentionnées ci-dessous, n’hésitez pas à vous lancer. Si vous pensez que d’autres espèces posent des problèmes d’identification, reportez ces problèmes afin que nous puissions en discuter.

Séb.

Références

Castella, V., Ruedi, M., Excoffier, L., Ibañez, C., Arlettaz, R. & Hausser, J. 2000. Is the Gibraltar Strait a barrier to gene flow for the bat Myotis myotis (Chiroptera: Vespertilionidae)? Molecular Ecology 9: 1761-1772.

Clare, E.L., Lim, B.K., Engstrom, M.D., Eger, J.L. and Hebert, P.D.N. (2007). DNA barcoding of Neotropical bats: species identification and discovery within Guyana. Molecular Ecology Notes 7: 184-190.

Dietz, C. and Von Helversen, O. (2004). Illustrated identification key to the bats of Europe.

Ibañez, C., Garcia-Mudarra, J.L., Ruedi, M., Stadelmann, B. and Juste, J. (2006). The Iberian contribution to cryptic diversity in European bats. Acta Chiropterologica 8(2): 277-297.

Kiefer, A., Mayer, F., Kosuch, J., Helversen, O.v. and Veith, M. (2002). Conflicting molecular phylogenies of Eurpean long-eared bats (Plecotus) can be explained by criptic divesity. Molecular Phylogenetics and Evolution 25: 557-566.

Kiefer, A. and Veith, M. (2001). A new species of long-eared bat from Europe (Chiroptera: Verspertilionidae). Myotis 39: 5-16.

Mayer, F., Dietz, C. and Kiefer, A. (2007). Molecular species identification boosts bat diversity. Frontiers in Zoology 4: 4.

Mayer, F. and Von Helversen, O. (2001). Cryptic diversity in European bats. Proceedings of the Royal Society of London, B 268: 1825-1832.

Mucedda, M., Kiefer, A., Pidinchedda, E. and Veith, M. (2002). A new species of long-eared bat (Chiroptera, Vespertilionidae) from Sardinia (Italy). Acta Chiropterologica 4(2): 121-135.

Salgueiro, P., Coelho, M.M., Palmeirim, J.M. and Ruedi, M. (2004). Mitochondrial DNA variation and population structure of the island endemic Azorean bat (Nyctalus azoreum). Molecular Ecology 13: 3357-3366.

Salgueiro, P., Ruedi, M., Coelho, M.M. and Palmeirim, J.M. (2007). Genetic divergence and phylogeography in the genus Nyctalus (Mammalia, Chiroptera): implications for population history of the insular bat Nyctalus azoreum. Genetica 130(2): 169-181.

von Helversen, O., Heller, K.-G., Mayer, F., Nemeth, A., Volleth, M. and Gombkötö, P. (2001). Cryptic mammalian species: a new species of whiskered bat (Myotis alcathoe n. sp.) in Europe. Naturwissenschaften 88: 217-223.

Description d’une nouvelle espèce de Molossidae – le Dr. François Moutou à l’honneur

lundi, mars 16th, 2009
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Une nouvelles espèce de Molossidae originaire des Iles Maurice vient d’être décrite en l’honneur de François Moutou (Unité d’Epidémiologie, AFSSA, Maisons-Alfort, France). L’espèce Mormopterus acetabulosus était auparavant décrite comme présente sur les Iles Maurice et la Réunion. Cependant, une étude morphologique et génétique, menée sur ces différentes îles, a montré que les individus de la Réunion peuvent être regroupés au sein d’une nouvelle espèce. Les auteurs ont nommé cette nouvelle espèce Mormopterus francoismoutoui en l’honneur du docteur François Moutou.

L’article en question peut-être téléchargé en suivant le présent lien (nécessite un accès à BioOne ou au Journal of Mammalogy). La référence de l’article est : Goodman, S. M., B. Jansen van Vuuren, F. Ratrimomanarivo, J.-M. Probst & R. C. K. Bowie (2008). Specific status of populations in the Mascarene Islands referred to Mormopterus acetabulosus (Chiroptera: Molossidae), with description of a new species. Journal of Mammalogy 89: 1316-1327.

Seb.