Archive for the ‘Description d’espèces’ Category

Petite rétrospective de l’année 2015

mardi, février 16th, 2016

En 2015, nous vous avons proposé une sélection de cinq articles sur des sujets aussi variés que:
l’origine européenne de la maladie du nez blanc
l’impact de cette maladie sur l’abondance et la diversité des espèces en Amérique du Nord
la prise en compte des chauves-souris dans l’agriculture,
la taxonomie de la Pipistrelle de Kuhl
sans oublier une sélection d’articles scientifiques.

Un grand merci à tous les auteurs – Sébastien Puechmaille, Chloé Lepetz, Audrey Tapiero, Jean-François Julien et Tommy Andriollo – pour leur contribution!

Nous vous rappelons que le Chiroblog est une plate-forme participative, un simple e-mail à l’adresse mail.chiroblog@gmail.com et l’équipe vous donnera accès aux coulisses du blog pour la rédaction de vos articles !

Merci de votre intérêt pour les chiroptères et à très bientôt sur le Chiroblog.

Pour l’équipe du Chiroblog,
Meriadeg, Yann et Sébastien

La pipistrelle de Kuhl n’est pas schizo !

samedi, décembre 26th, 2015

L’analyse génétique est un formidable outil pour identifier les espèces et révéler à nos yeux des diversités insoupçonnées, en particulier chez les groupes très divers à la morphologie peu évidente. C’est notamment le cas des chauves-souris. Si les perspectives offertes par l’étude de l’ADN peuvent nous rendre enthousiastes, il faut cependant savoir rester prudent au moment de tirer des conclusions. Dans une étude publiée début août dans la revue PLoS ONE (Andriollo et al. 2015), nous résolvons un problème soulevé depuis le début des années 2000 et qui laissait planer le doute quant à l’existence d’une diversité cachée chez la Pipistrelle de Kuhl.

Deux lignées mitochondriales profondément divergentes. Euh… vous pouvez-répéter ?

Le génome mitochondrial est une partie de l’ADN qui est contenu hors du noyau des cellules, et il est transmis uniquement par les femelles. Autrement dit, ce serait comme un nom de famille que l’on hériterait de sa mère. En 2003, un groupe de chercheurs espagnols étudiant l’ADN de pipistrelles a montré qu’il existe deux lignées mitochondriales complètement différentes chez Pipistrellus kuhlii (Pestano et al. 2003). Si différentes que c’est typiquement le genre de divergences que l’on observe entre deux espèces distinctes… Y aurait-t-il deux espèces en une ? Gare aux conclusions hâtives ! Pour savoir si les Martin et les Dupont se reproduisent entre eux, inutile de chercher si des Marpont ou des Dutin existent… il faut se glisser dans leurs affaires intimes !

Les chauves-souris n’ont pas Facebook… comment savoir qui couche avec qui ?

Pour apporter une réponse à cette question, nous avons donc analysé un autre type d’ADN, celui du noyau des cellules, et qui est hérité en parts égales de chacun des deux parents. Son étude est plus fastidieuse, mais elle est nécessaire pour répondre à la question biologique qui nous intéresse : les individus possédant des types d’ADN mitochondrial différents se reproduisent-ils entre eux (appartenant ainsi à une seule et même espèce), ou non (il s’agirait alors de deux espèces que l’on n’avait jamais su distinguer auparavant) ? L’ADN du noyau nous a permis d’élucider ce mystère : il y a davantage de différences entre les individus d’Europe et d’Afrique du Nord d’une même lignée mitochondriale (partageant le même « nom de famille ») qu’entre les individus d’Europe de lignées mitochondriales différentes (de « noms de familles » différents) ! Les individus européens se reproduisent donc entre eux, même s’ils portent des génomes mitochondriaux très différents. Si elle est inhabituelle, comment expliquer l’existence d’une telle diversité mitochondriale ?

(si la vidéo ne se lance pas correctement dans firefox, suivez le correctif décrit ici.)

Pas de nouvelle espèce ? C’est nul !

En effet, on montre qu’il n’y a qu’une seule espèce regroupant simplement des lignées très anciennes, mais le plus dur était de prouver que les individus qui les portaient se mélangeaient ! Par ailleurs, on ne revivra pas l’exemple de la Pipistrelle pygmée, longtemps confondue avec la Pipistrelle commune : aujourd’hui elle est bel et bien reconnue comme espèce distincte, mais du coup, cela a remis en doute toutes les études antérieures qui ne faisaient pas la différence entre ces deux espèces ! Enfin, cela nous apprend la prudence avant de crier à l’existence d’espèces cachées sur la seule base de marqueurs génétiques hérités d’un seul parent. Ces résultats « négatifs » ne vont donc pas compliquer le travail des protecteurs, puisque la classification des Pipistrellus kuhlii ouest européennes se rapporte bien à une seule espèce. C’est donc une bonne nouvelle, non ?

Tommy Andriollo, avec l’aimable relecture de Lucie Cauwet et Manuel Ruedi.

Références bibliographiques

Andriollo T., Naciri Y. & M. Ruedi (2015). Two mitochondrial barcodes for one biological species: the case of European Kuhl’s pipistrelles (Chiroptera). PLoS ONE, 10: e0134881. doi: 10.1371/journal.pone.0134881.

Pestano J., Brown R.P., Suarez N.M. & S. Fajardo (2003). Phylogeography of pipistrelle-like bats within the Canary Islands, based on mtDNA sequences. Molecular Phylogenetics and Evolution, 26: 56-63. doi:10.1016/S1055-7903(02)00307-X.

Rétrospective 2014

jeudi, janvier 1st, 2015
2014 aura été une année riche pour le Chiroblog, avec 14 articles et 15 contributeurs sur des sujets très variés ! Après une sélection d’articles scientifiques en Février, nous vous avons proposé de nombreux sujets liés à la conservation des chiroptères : risques de l’ivermectine par Jade, micro-habitats d’arbres par Baptiste, pollution lumineuse par Aurélie, trajectographie par Charlotte, échantillonage acoustique en forêt par Jérémy ou encore prédation de lichis à Madagascar par Rado. Philippe nous a parlé de ses suivis de populations en Albanie, Fiona, Céline et Benjamin dans les petites îles méditerannéennes et Marguerite et Vincent présenté les activités du Groupe Chiroptères Guyane. Pour ce qui est de la systématique, Sébastien et Benjamin nous ont présenté la nouvelle espèce de Minioptère décrite pour le Maghreb et Antony nous a parlé de ses travaux sur les fossiles de Rhinolophes Troglodytes en Chine. Dans un registre comportemental, Sébastien nous a présenté le rôle de l’écholocation dans le choix du partenaire chez les Rhinolophes. Merci beaucoup à tous les contributeurs pour leur participation à la vie de blog. Nous attendons avec impatience les nouveaux articles pour l’année 2015 !
Yann pour l’équipe du Chiroblog

Description d’une nouvelle espèce de Minioptère dans l’ouest Paléarctique

lundi, mai 5th, 2014

La dernière décennie a vu bon nombre de nouvelles espèces de Chiroptères décrites, y compris dans l’ouest du Paléarctique. Parmi ces espèces nouvellement décrites, une large majorité constitue ce que l’on appelle des espèces cryptiques, c’est-a-dire des espèces qui sont morphologiquement très proches d’une ou plusieurs autres espèces. Ces fortes similarités morphologiques sont les raisons pour lesquelles ces espèces ont échappées (au sens figuré du terme) aux taxonomistes traditionnels utilisant très souvent uniquement des caractères morphologiques pour identifier et différencier les espèces.

Dans l’étude tout juste publiée dans la Revue internationale Zootaxa, nous avons utilisé une approche intégrative combinant des analyses cranio-dentaires, des marqueurs moléculaires mitochondriaux et nucléaires ainsi que des données acoustiques pour démontrer la présence dans le genre Miniopterus d’une espèce cryptique en provenance du Maghreb. Cette espèce était auparavant reconnue en tant que Miniopterus schreibersii (Kuhl, 1817). Miniopterus maghrebensis sp. nov. est différencié de M. schreibersii sensu stricto sur la base de caractères crâniaux ainsi que des marqueurs moléculaires mitochondriaux et des microsatellites. Bien que de petites différences morphologiques externes et acoustiques aient été notées entre les deux espèces, ces critères à eux seuls ne permettent pas d’identifier de manière fiable les animaux sur le terrain. Sur la base d’identifications morphologiques et/ou génétiques de spécimens, M. maghrebensis sp. nov. s’étends du nord du Maroc jusqu’au sud des montagnes du Haut Atlas et au nord de la Tunisie. Cette nouvelle espèce cryptique est trouvée en sympatrie avec M. schreibersii s.str. près des régions côtières d’Afrique du Nord.

Le PDF de l’article entier avec entre autres des photos d’individus de la nouvelle espèce et des données acoustiques est disponible gratuitement en cliquant sur le lien suivant : http://www.mapress.com/zootaxa/2014/f/zt03794p124.pdf

Sébastien & Benjamin (au nom de tous les coauteurs).

Référence bibliographique
Puechmaille SJ, Allegrini B, Benda P, Gürün K, Šrámek J, Ibañez C, Juste J, Bilgin R (2014) A new species of the Miniopterus schreibersii species complex (Chiroptera: Miniopteridae) from the Maghreb Region, North Africa. Zootaxa, 3794, 108-124.

 

Zoom sur le Groupe Chiroptères de Guyane

dimanche, mars 23rd, 2014

Le Groupe Chiroptère de Guyane (GCG) a été créée en 2008 par les quelques passionnés de chauves-souris vivant sur le territoire guyanais.

Bénéficiant des travaux remarquables réalisés dans les stations scientifiques au cœur de la forêt tropicale (Station des Nouragues et de Paracou) par d’illustres chercheurs comme André Brosset, Pierre Charles-Dominique, Nancy Simmons ou Robert Voss, le GCG poursuit des objectifs modestes mais oh combien importants : l’étude des peuplements, l’élaboration d’une clé de détermination moderne des chiroptères de Guyane, leur détermination bioacoustique (en partenariat avec la SFEPM, l’ONF et Biotope), le suivi épidémiologique de la rage (en partenariat avec l’Institut Pasteur de Guyane) et des études génétiques par criblages moléculaires et barcoding (en partenariat avec l’Institut Pasteur de Guyane).

L’étude bioacoustique des chiroptères de Guyane est une des activitée principale de l’association. Cette action est primordiale pour compléter les connaissances des chiroptères de Guyane, car si les espèces de sous-bois de la forêt tropicale sont faciles à capturer et aujourd’hui relativement bien identifiées (essentiellement des Phyllostomidés), il existe tout un cortège qui utilise l’espace aérien au dessus de la canopée (Molossidés, Emballonuridés, Vespertillionidés) pour lesquels les données de présence restent fragmentaires.

Ainsi ce programme poursuit 3 objectifs :

– la caractérisation acoustique de l’ensemble des espèces de chiroptères, en particulier de haut vol,

– la caractérisation de l’abondance relative des espèces de haut vol,

– la formation des membres du GCG à cette technique.

Ce travail sur l’acoustique a permis de découvrir une nouvelle espèce de Pteronotus (Mormoopidés) qui est en cours de description. De plus, grâce à cette technique une nouvelle espèce (Lasiurus ega) présente dans les pays limitrophes (Suriname, Brésil) mais encore jamais observée en Guyane à pu être rajoutée à la liste des espèces présentes en Guyane. Ce qui fait 103 espèces en Guyane. D’autres espèces restent sans doute encore à découvrir.

Pteronotus sp. – Individu capturé sur le camp Atanaze sur le fleuve Approuague (c) Marguerite Delaval

L’épidémio-surveillance de la rage chez les chauves-souris constitue la deuxième activitée prenante de l’association. Le GCG travaille avec l’Institut Pasteur de Guyane pour l’étude de la rage Desmodine. La Guyane présente une situation épidémiologique particulière avec la transmission de la rage des chauves-souris hématophages (Desmodus rotundus ou vampire commun et Diaemus youngii vampire spécialisé sur les oiseaux) aux animaux domestiques et potentiellement à l’homme (un mort en 2008). Le GCG intervient pour capturer les vampires autour des élevages, ces vampires subissent un prélèvement de sang et de salive pour une recherche du virus de la rage. De plus, plusieurs colonies sont suivies plusieurs fois dans l’année où les individus sont marqués individuellement par des Pit tag.

Desmodus rotundus – Individu capturé sur la Grande Montagne Tortue – piste de Bélizon (c) Marguerite Delaval

Voilà donc en quelques lignes, quelques actions du GCG. Si des informations sur le GCG vous intéressent, les membres sont joignables et fédérés autour d’une liste de discussion (chiroguyane@yahoogroupes.fr) très dynamique. N’hésitez pas à nous rejoindre !

Marguerite et Vincent pour le GCC

Systématique et phylogéographie des chauves-souris frugivores d’Afrique (Chiroptera, Epomophorinae) – zoom sur les travaux de thèse de Nicolas Nesi

lundi, novembre 11th, 2013

Les Pteropodidae (ou Megachiroptères) constituent l’une des familles les plus diversifiées de chiroptères (environ 190 espèces). Ils présentent des caractéristiques morphologiques particulières telles qu’une face avec un museau allongé, de grands yeux, et de petites oreilles qui les distinguent facilement des autres chauves-souris. Cette famille contient les plus grandes chauves-souris connues (Pteropus vampyrus, envergure 1.7 m) mais également des espèces relativement petites (Syconycteris hobbit, avant-bras 50 mm). Contrairement aux autres chauves-souris qui s’orientent la nuit grâce à un système d’écholocation (« Microchiroptère »), les Pteropodidae possèdent une très bonne vision nocturne grâce à une membrane réfléchissante située au fond de l’œil qui amplifie la lumière (tapetum lucidum). Seul le genre Rousettus vivant dans les grottes, dispose d’un système d’écholocation qui repose sur l’émission d’ultrasons créés par des claquements de langue. Toutes les espèces de ce groupe ont un régime alimentaire frugivore et/ou nectarivore et sont présentent dans les régions tropicales et subtropicales de l’Ancien monde, de l’Afrique à l’Australie et les îles du Pacifique en passant par l’Inde et le Sud-Est asiatique.

En Afrique sub-saharienne on trouve 24 espèces de Pteropodidae appartenant à la sous-famille africaines des Epomophorinae plus 3 espèces appartenant à la sous-famille des Rousettinae. Les caractéristiques les plus remarquables des Epomophorinae sont la présence de plis palataux qui correspondent aux formes que prend la peau au niveau du palais. Le pattern des plis palataux est unique pour la grande majorité des espèces d’Epomophorinae ce qui permet leur identification sur le terrain (Bergmans, 1987 ; Fig. 1).


Figure 1: Plis palataux d’Epomops franqueti

La seconde particularité chez ce groupe est la présence de caractères sexuels secondaires chez les mâles adultes. Chez les espèces appartenant à la tribu des Epomophorini, les caractères sexuels secondaires correspondent à des touffes de poils colorées et érectiles au niveau des épaules (sauf chez H. monstrosus) et à des sacs pharyngaux utilisés pour émettre de puissants cris ressemblant aux chants des grenouilles durant la parade nuptiale (Fig. 2). Pour les espèces appartenant à la tribu des Myonycterini ils se traduisent par une collerette de poils colorés entourant le cou de l’animal (Fig. 3). Comme chez de nombreux autres groupes de chauves-souris, les Epomophorinae ont été associées à la circulation sauvage de virus émergents chez l’homme (Coronaviridae, Paramyxoviridae et Filoviridae notamment). Plus particulièrement, trois d’entre elles (Epomops franqueti, Hypsignathus monstrosus et Myonycteris torquata) ont été identifiées comme porteuses du virus de la fièvre hémorragique Ebola responsable de plusieurs épidémies humaines en Afrique centrale au cours des dernières décennies (Leroy et al., 2005).

Figure 2: Epomops buettikoferi male adulte (Epomophorini, Côte d’Ivoire) avec ses épaulettes déployées.

Figure 3: Myonycteris leptodon male adulte (Myonycterini, Côte d’Ivoire) avec sa collerette.

Mon sujet de thèse a portée l’étude des relations évolutives des chauves-souris africaine de la sous-famille des Epomophorinae et sur l’analyse phylogéographique des espèces distribuées en Afrique de l’Ouest et Afrique centrale. Les objectifs étaient de faciliter l’identification des chauves-souris par l’approche des codes-barres moléculaires (Barcode), de mieux comprendre leur évolution, avec un intérêt tout particulier pour la positon phylogénétique des taxons étudiés en virologie, et de tester la structuration géographique des espèces.

Au cours de ce travail, deux gènes mitochondriaux (Cytb et CO1) ont été séquencés pour 1142 spécimens collectés dans plusieurs pays d’Afrique (République centrafricaine, Gabon, Cameroun, Côte d’Ivoire, RDC…). L’analyse de ces données et la comparaison avec le signal du génome nucléaire ont révélé que les codes-barres mitochondriaux ne sont pas efficaces pour distinguer les huit espèces actuellement reconnues dans le complexe Epomophorus / Epomops dobsonii / Micropteropus (voir Nesi et al. 2011). Ils permettent cependant de caractériser les 18 autres espèces d’Epomophorinae, ainsi que plusieurs sous-espèces. Le pattern mitochondrial polyphylétique trouvée dans le complexe Epomophorus / Epomops dobsonii / Micropteropus et l’étude des flux de gènes sous un modèle d’isolation/migration (IM) ont suggéré des évènements passées et/ou actuel d’hybridation inter-spécifique et une spéciation « en cours » chez la radiation de ce complexe.

Une reconstruction phylogénétique reposant sur 13 gènes (plus de 11000 nt) et un échantillonnage taxonomique comprenant 47 spécimens représentant la quasi-totalité des espèces africaines connues, a mis en évidence plusieurs clades robustes et fiables, ce qui nous a permis de proposer une nouvelle classification des chauves-souris frugivores d’Afrique. Dans sa nouvelle définition, la sous-famille Epomophorinae contient six tribus (Epomophorini, Myonycterini, Plerotini, Rousettini, Scotonycterini et Stenonycterini) au lieu des quatre initialement reconnues. Stenonycteris est reconnus comme un genre différent du genre Rousettus et définie la nouvelle tribu des Stenonycterini incluant une seule espèce, S. lanosus. Ce résultat suggère que l’écholocation chez les Pteropodidae aurait été acquise de manière indépendante chez le genre Rousettus et le genre Stenonycteris, probablement en lien avec leur mode de vie cavernicole, ou bien que ce caractère fut perdu chez l’ancêtre commun de la tribu des Epomophorini et des Myonycterini probablement suite au changement d’un mode de vie cavernicole à forestier.

Des changements taxonomiques ont été décrits dans la plupart des genres (Myonycteris, Megaloglossus, Scotonycteris). Par exemple l’espèce Myonycteris leptodon a été réhabilitée et une nouvelle espèce, Megaloglossus azagnyi a été décrite en Afrique de l’Ouest (Nesi et al. 2013). Les analyses phylogéographiques ont révélé que la plupart des espèces présentaient une forte structuration entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, à l’exception de quatre espèces possédant une meilleure capacité de dispersion : Hypsignathus monstrosus, grâce à sa grande taille ; Epomophorus gambianus, Micropteropus pusillus et Nanonycteris veldkampii, en raison de leur adaptation à la savane. Nos résultats ont montré que les différentes espèces d’Epomophorinae, et notamment les réservoirs du virus Ebola, ont évolué différemment face aux changements climatiques du Plio-Pléistocène.

Nicolas pour le Chiroblog

Filet utilisé pour la capture des chauves-souris frugivores en forêt tropicales (Epomops).

Références bibliographiques

Bergmans, W., (1988). Taxonomy and Biogeography of African fruit bats (Mammalia, Megachiroptera). 1. General introduction; Material and Methods; Results: The genus Epomophorus Bennett, 1836. Beaufortia, 38, 75-146.

Javier, J. B., Alvarez, Y., Tabarés, E., Garrido-Pertierra, A., Ibáñez, C., Bautista, J.M., (1999). Phylogeography of African fruitbats (Megachiroptera). Molecular Phylogenetics and Evolution, 13, 596-604.

Leroy, E., Kumulungui, B., Pourrut, X., Rouquet, P., Hassanin, A., Yaba, P., Délicat, A., Paweska, J.T., Gonzalez, J-P., Swanepoel, R. (2005). Fruit bat as reservoirs of Ebola virus. Nature, 438, 575-6.

Nesi, N., Nakouné, E., Cruaud, C., & Hassanin, A. (2011). DNA barcoding of African fruit bats (Mammalia, Pteropodidae). The mitochondrial genome does not provide a reliable discrimination between Epomophorus gambianus and Micropteropus pusillus. Comptes rendus biologies, 334(7), 544–54.

Nesi, N., Kadjo, B., Pourrut, X., Leroy, E., Pomgombo Shongo C., Cruaud C., Hassanin A., (2013). Molecular systematics and phylogeography of the tribe Myonycterini (Mammalia, Pteropodidae) inferred from mitochondrial and nuclear markers. Molecular phylogenetics and Evolution, 66, 126-37.

Sélection d’articles en Octobre

mardi, octobre 15th, 2013

Une riche sélection d’articles scientifiques vous attend pour ce mois d’Octobre 2013 :

– Un article sur le Syndrome du Museau Blanc avec des analyses histopathologiques sur des chauves-souris européennes infectées par Geomyces destructans. L’étude confirme le fait que le champignon Geomyces destructans est à l’origine des lésions sur les ailes des animaux européens– avec un impact bien moindre du champignon sur les chauves-souris d’Europe comparées à leur congenères d’Amérique du Nord [Télécharger le PDF].

– Un article sur la taxonomie du genre Myotis à l’échelle mondiale. L’étude met en évidence – à l’aide d’arbres phylogénétiques et de modèles biogéographiques – les origines et la radiation du genre à l’échelle mondiale [lien vers le résumé].

– Une autre étude taxonomique, sur des espèces de la famille des Phyllostomidae. Cette étude se base sur des génomes mitochondriaux pour reconstruire la taxonomie des principales « branches » de la famille [lien vers le résumé].

– Une étude basée sur de nombreux marqueurs moléculaires qui identifie la structure actuelle des populations ainsi que les réfuges glaciaires du Petit Rhinolophe lors des récentes glaciations et la recolonisation de l’espèce dans le Paléarctique Ouest [lien vers le résumé].

– Une publication sur les perspectives de l’utilisation de l’ADN pour contrôler les chauves-souris (de l’espèce jusqu’à l’individu) en hibernation, notamment pour limiter le dérangement [Télécharger le pdf].

– Un travail qui étudie les conséquences génétiques de changements climatiques passés (glaciations) et futurs (réchauffement climatique) sur la distribution de l’oreillard gris [lien vers le résumé].

– La taxonomie de Myotis nattereri s’est trouvée récemment bouleversée, l’espèce serait en fait un complexe d’espèces avec notamment le Myotis sp. A. Cette petite note – basée sur des recherches de spécimens dans des Muséums – propose un nouveau nom pour ce taxon [Télécharger le PDF].


Références bibliographiques

Skin lesions in European hibernating bats associated with Geomyces destructans, the etiologic agent of White-Nose Syndrome. Wibbelt G, Puechmaille SJ, Ohlendorf B, Mühldorfer C, Bosch T, Görföl T, Passior K, Kurth A, Lacremans D and Forget F. PLoS ONE, 2013; 8(9): e74105. [doi:10.1371/journal.pone.0074105]

Ruedi, M., Stadelmann, B., Gager, Y., Douzery, E. J. P., Francis, C. M., Lin, L.-K., … Cibois, A. (2013). Molecular phylogenetic reconstructions identify East Asia as the cradle for the evolution of the cosmopolitan genus Myotis (Mammalia, Chiroptera). Molecular Phylogenetics and Evolution, 69(3), 437–449.

Botero-Castro, F., Tilak, M., Justy, F., Catzeflis, F., Delsuc, F., & Douzery, E. J. P. (2013). Next-generation sequencing and phylogenetic signal of complete mitochondrial genomes for resolving the evolutionary history of leaf-nosed bats (Phyllostomidae). Molecular Phylogenetics and Evolution, 69(3), 728–739.

Non-invasive genetics can help find rare species: a case study with Rhinolophus mehelyi and R. euryale (Rhinolophidae: Chiroptera) in western Europe. Puechmaille S and Teeling E. Mammalia, in press. [doi:10.1515/mammalia-2013-0040]

Phylogeography and postglacial recolonisation of Europe by Rhinolophus hipposideros: evidence from multiple genetic markers. Dool, S, Puechmaille S, Dietz C, Juste J, Ibáñez C, Hulva P, Roue S, Petit E, Jones G, Russo D, Toffoli R, Viglino A, Martinoli A, Rossiter SJ and Teeling E. Molecular Ecology, 2013; 22(15): 4055-4070. [doi:10.1111/mec.12373]

The shaping of genetic variation in edge-of-range populations under past and future climate change.
Razgour O, Juste J, Ibáñez C, Kiefer A, Rebelo H, Puechmaille SJ, Arlettaz R, Burke T, Dawson DA, Beaumont M and Jones G. Ecology Letters, 2013; 16(10): 1258-1266. [doi:10.1111/ele.12158]

Vespertilion (Myotis) latipennis (Crespon, 1844) : un nom pour la nouvelle espèce Myotis sp. A du groupe nattereri ? Allegrini B and Puechmaille SJ. Le Vespère, 2013; 3 181-183.

Origine et radiation des Chiroptères – zoom sur les travaux de thèse d’Anthony Ravel

vendredi, juillet 5th, 2013

Parmi les mammifères placentaires, les chiroptères sont les seuls dotés à la fois du vol battu et de l’écholocation. Ces deux adaptations-clés semblent avoir largement contribué au succès évolutif du groupe qui représente aujourd’hui près de 20% de la diversité mammalienne (seconde position après les rongeurs). De plus, les chiroptères constituent un groupe très cosmopolite dont l’aire de répartition s’étend à l’ensemble du globe, excepté les régions aux latitudes les plus extrêmes. Le registre fossile attribué aux chiroptères a permis d’identifier une radiation initiale qualifiée d’ « explosive ». En effet, les plus anciens fossiles révèlent un ensemble de familles éteintes apparaissant sur presque tous les continents (excepté l’Antarctique) dès le début de l’Éocène (soit environ -54Ma). Ces chauves-souris très anciennes représentent pour la plupart des formes primitives qui se différencient des chauves-souris modernes par certains aspects (morphologie dentaire, articulation du coude et de l’épaule, etc.…). Pourtant, de manière quasi-synchrone, plusieurs représentants appartenant aux principaux groupes de chiroptères actuels (Rhinolophoidea et Vespertilionoidea) sont connus en Tunisie. De ce fait, l’Afrique du Nord semble avoir été une zone géographique aux lourdes implications dans l’origine et la dispersion des formes modernes. Cependant la rareté du matériel fossile pour les chiroptères paléogènes soulève de nombreuses questions sur les modalités évolutives de la radiation et de la dispersion des premières formes modernes.

Mon sujet de thèse s’est focalisé sur l’étude de nouveaux fossiles de chiroptères provenant de localités éocènes situées en Afrique du Nord et en Asie du Sud. Une analyse systématique a permis l’identification de 18 nouvelles espèces fossiles réparties dans 7 familles modernes (Rhinolophidae, Rhinopomatidae, Hipposideridae, Necromantidae, Emballonuridae, Nycteridae, Philisidae et Vespertilionidae). Une approche phylogénétique du matériel a mis en évidence deux axes majeurs de dispersions qui ont pris place il y a environ 40 Ma : une phase Est-Ouest depuis l’Asie de l’Est jusqu’en Europe (impliquant uniquement les Rhinolophidae) et une phase Nord-Sud depuis l’Afrique du nord vers l’Europe (impliquant Hipposideridae et Emballonuridae). L’étude de la morphologie dentaire de chacune des espèces étudiées, de leur taille estimée et de la taphonomie (études du processus de fossilisation) des sites fossilifères a permis de mieux cerner le contexte paléo-écologique de ces chiroptères paléogènes. Dans des conditions paléo-climatiques tropicales ou subtropicales favorables à la prolifération d’insectes, les microchiroptères, pour la plupart insectivores, avaient à disposition une ressource abondante. Mais une telle richesse spécifique, parfois très localisée comme à Chambi, devait également entrainer une forte compétition interspécifique qui a probablement été un facteur déterminant dans les événements de radiation et de dispersion.

Depuis la fin de ma thèse, j’élargis ma thématique sur un aspect plus paléo-écologique. J’élabore ainsi un projet qui a trait directement aux problématiques liées à l’écholocation. Cette capacité a-t-elle été acquise une seule fois chez les chiroptères puis perdue plus tard chez les mégachiroptères ou a-t-elle été acquise au moins deux fois de manière convergente ? L’écholocation est-elle apparue avant le vol battu ou après ? Est-ce que le vol et l’écholocation ont évolué de manière parallèle ? Grâce aux nouvelles techniques d’imagerie 3D, il est maintenant possible d’étudier en détail le système auditif des chiroptères fossiles ce qui apportera de précieuses informations sur l’origine et l’évolution de l’écholocation au sein des chiroptères.

Anthony pour le Chiroblog

Site de fouille dans les Gour Lazib (Algérie)

Dans le Quercy (France) on trouve également des fossiles de chiroptères dans les phosphatières.

Etudes des fossiles de chiroptères provenant de Chine au Carnegi Museum of Natural History de Pittsburgh (USA).

Actualités en Octobre 2012

vendredi, octobre 5th, 2012

Une nouvelle sélection d’articles scientifiques pour ce mois d’Octobre 2012 :

– Une article qui résoud un mystère de 65 ans durant lesquels on ne connaissait qu’un seul exemplaire de Paracoelops megalotis, une petite chauve-souris de la famille des Hipposidéridés collectée en 1947 au Vietnam. Personne depuis n’avait jamais réussi à capturer un autre exemplaire de l’espèce qui représente un genre unique. Une re-examination du spécimen type de Paracoelops megalotis a permis de déceller des erreurs importantes dans la description et sa comparaison avec des chauves-souris récemment capturées au Vietnam a permit de conclure que l’espèce n’était autre que Hipposideros pomona, une espèce relativement fréquente en Asie du Sud-Est [télécharger le PDF].

– Une nouvelle phylogénie sur les Murins (Myotis) d’Amérique Centrale et Tropicale a été publiée dans la revue Plos One
[télécharger le PDF]. Sur la base de critères moléculaires, trois nouvelles lignées nt été décrites, elle s’ajoutent aux 15 déjà connues.

– Une publication parue dans le Canadian Journal of Zoology met en évidence l’hybridisation possible
entre les espèces Pipistrellus pipistrellus et P. pygmaeus [lien vers le résumé].

– Un article qui met en évidence l’apprentissage de signaux acoustiques spécifiques aux groupes chez l’Emballonuridae Saccopteryx bilineata, utiles pour la reconnaissance entre individus [lien vers le résumé]

L’équipe du Chiroblog

Références bibliographiques


Thong V.D., Dietz C., Denzinger A., Bates P.J.J., Puechmaille S.J., Callou C. and Schnitzler H-U. (2012). Resolving a mammal mystery: the identity of Paracoelops megalotis (Chiroptera: Hipposideridae). Zootaxa, 3505, 75-85.

Knörnschild, M., Nagy, M., Metz, M., Mayer, F., & von Helversen, O. (2012). Learned vocal group signatures in the polygynous bat Saccopteryx bilineata. Animal Behaviour, 84(4), 761–769. doi:10.1016/j.anbehav.2012.06.029

– Larsen RJ, Knapp MC, Genoways HH, Khan FAA, Larsen PA, et al. (2012) Genetic Diversity of Neotropical Myotis (Chiroptera: Vespertilionidae) with an Emphasis on South American Species. PLoS ONE 7(10): e46578. doi:10.1371/journal.pone.0046578

Sztencel-Jabłonka, A., & Bogdanowicz, W. (2012). Population genetics study of common (Pipistrellus pipistrellus ) and soprano (Pipistrellus pygmaeus) pipistrelle bats from central Europe suggests interspecific hybridization. Canadian Journal of Zoology, 90(10), 1251–1260. doi:10.1139/z2012-092

Actualités en Mars 2012

lundi, mars 19th, 2012

Une nouvelle sélection d’articles scientifiques pour ce mois de Mars 2012 :

– Une nouvelle classification de la sous-famille des Molossinae (Molossidae) comprenant l’analyse
de caractères moléculaires, vient d’être publiée dans le Journal of Mammalogy [télécharger le PDF].

– Une nouvelle phylogénie sur les Murins (Myotis) des Caraïbes a été publiée dans la revue Mammalian Biology
[lien vers le résumé]. Sur la base de critères morphologiques et moléculaires, une troisième espèce endémique des Caraïbes a été découverte.

– Une publication parue dans PloS One fait le point sur l’utilisation d’éléments chimiques, les isotopes stables,
comme méthode pour prédire le site de reproduction des chauves-souris européennes
[lien vers le résumé et le PDF].

L’équipe du Chiroblog

Références bibliographiques

– Ammerman, L. K., Lee, D. N., & Tipps, T. M. (2012). First molecular phylogenetic insights into the evolution of free-tailed bats in the subfamily Molossinae (Molossidae, Chiroptera). Journal of Mammalogy, 93(1), 12-28. doi:10.1644/11-MAMM-A-103.1

– Larsen, R. J., Larsen, P. A., Genoways, H. H., Catzeflis, F. M., Geluso, K., Kwiecinski, G. G., Pedersen, S. C., et al. (2012). Evolutionary history of Caribbean species of Myotis, with evidence of a third Lesser Antillean endemic. Mammalian Biology – Zeitschrift für Säugetierkunde, 77(2), 124-134. doi:10.1016/j.mambio.2011.11.003

– Popa-Lisseanu, A. G., Sörgel, K., Luckner, A., Wassenaar, L. I., Ibáñez, C., Kramer-Schadt, S., Ciechanowski, M., et al. (2012). A triple-isotope approach to predict the breeding origins of European bats. PloS ONE, 7(1), e30388. doi:10.1371/journal.pone.0030388