Archive for the ‘France’ Category

La pollution lumineuse impacte plus fortement les chauves-souris de France que l’artificialisation des sols

dimanche, septembre 17th, 2017

Le programme de suivi des chauves-souris mis en place par le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris – le programme Vigie-Nature – permet d’évaluer l’état de santé des populations de chauves-souris en France. Créé en 2006, de nombreux bénévoles récoltent des données de présence de chauves-souris sur la base d’enregistrement des ultrasons. A partir de ces données, une équipe du Muséum a notamment étudié les impacts de la pollution lumineuse , l’agriculture intensive et l’artificialisation des sols sur les chauves-souris en France, en particulier les 4 espèces les plus suivies dans le programme : la pipistrelle commune, la pipistrelle de kuhl, la sérotine commune et la noctule de leisler.

Notre objectif était de déterminer si les effets de la pollution lumineuse sur ces espèces étaient négligeables au regard des autres pressions majeures qui menacent la biodiversité comme l’intensification de l’agriculture ou encore l’urbanisation.

Pour cela, nous avons mesuré autour de chacun des tronçons routiers :

  • la quantité de lumière ambiante la nuit à l’aide de couches satellites nocturnes
  • la proportion d’agriculture intensive
  • la proportion de surfaces imperméabilisées

vigichiro
Puis nous avons cherché à relier ces paramètres avec l’activité des quatre espèces de chauves-souris.

Bildschirmfoto 2016-09-06 um 09.11.12Figure 2. Impact relatif des surfaces imperméables (cercle plein), de la radiance moyenne (carré noir) et de l’agriculture intensive (cercle vide) à 4 échelles spatiales sur l’activité de la pipistrelle commune (a), et sur la probabilité de présence de la pipistrelle de kuhl (b), la noctule de leisler (c) et de la sérotine commune (d). Si les coefficients sont en dessous de la ligne horizontale en pointillé (à 0 sur l’axe des y), l’effet est négatif. Si les barres d’erreurs chevauchent cette ligne, alors cette effet n’est pas significatif.

Pour les quatre espèces, nous avons trouvé que la pollution lumineuse avait un effet négatif significatif, et que cet effet était plus fort que celui de l’artificialisation des sols.

Cela démontre que l’usage massif d’éclairage artificiel dans les paysages urbains ajoute une pression supplémentaire significative à celle de l’artificialisation des sols, et que l’on sous-estime sûrement les impacts de l’urbanisation sur la biodiversité en ne prenant pas en compte cette pollution associée aux activités humaines.

Par ailleurs, les 4 espèces suivies étaient jusque-là considérées comme « attirées » par la lumière car elles ont souvent été observées chassant les insectes sous les lampadaires. Nos travaux suggèrent que même si localement elles peuvent chasser sous des lampadaires, le réseau d’infrastructure lumineuse dans le paysage à des effets négatifs sur le reste de leurs activités et de leurs cycles biologiques (en affectant la disponibilité en gîtes favorables ou en gênant leurs mouvements dans le paysage par exemple).

Toutefois, il est important de noter que l’impact de la pollution lumineuse étaient moins important que celui de l’agriculture intensive, qui reste une pression négative majeure pour la biodiversité en France et dans le monde.

Clémentine Azam, Isabelle Le Viol, Jean-Francois Julien, Yves Bas et Christian Kerbiriou

Référence de l’article

Azam et al. 2016. Disentangling the relative effect of light pollution, impervious surfaces and intensive agriculture on bat activity with a national-scale monitoring program. Landscape ecology. doi:10.1007/s10980-016-0417-3

Liste de thèses sur les chauves-souris

mercredi, juin 21st, 2017

Nous vous proposons ici une liste de thèses en cours ou bien déjà publiées sur les chauves-souris. Cette liste se limite aux chercheurs francophones qui ont conduit leurs travaux en France ou bien à l’étranger. Nous mettrons régulièrement cette liste à jour. Si nous en avons oublié ou si les informations sont erronées, merci de nous en informer à l’adresse suivante : mail.chiroblog@gmail.com

Thèses en cours (titres provisoires) :

Tommy Andriollo (débutée en 2015). Muséum d’Histoire Naturelle de Genève (Suisse).
‘Molecular ecology and conservation of the Alpine long-eared bat (Plecotus macrobullaris)‘.

Charlotte Roemer (débutée en 2015). MNHN-UPMC (France).
‘Écologie du mouvement à l’échelle locale chez les chiroptères et risques anthropiques de collision’.

Fabien Claireau (débutée en 2015). MNHN-UPMC (France).
‘Chiroptères et continuités écologiques’.

Julie Pauwels (débutée en 2015). MNHN-UPMC (France).
‘Pollution lumineuse et biodiversité – quels leviers d’action pour limiter les impacts de l’éclairage public sur la faune nocturne ?’

Patrick Wright (débutée en 2015). Université d’Exeter (Royaume-Uni).
‘Molecular approaches to improve the conservation of Bechstein’s bats’

Jérémy Froidevaux (débutée en 2014). Université de Bristol (Royaume-Uni).
‘Conservation des Chiroptères en milieu agricole : évaluation des mesures agro-environmentales’.

Kévin Barré (débutée en 2014). MNHN-UPMC (France).
‘Compenser l’éolien avec le monde agricole : un dispositif gagnant-gagnant basé sur des mesures d’équivalence de biodiversité’.

Clément Cechetto (débutée en 2014). University of Southern Denmark (Danemark).
‘Multimodal integration in echolocating bats’.

Pierre-Loup Jean (débutée en 2013). Rennes (France).
‘Dynamique des populations du Petit rhinolophe en forêt d’exploitation’.

Thèses soutenues :

Clémentine Azam (soutenue en 2016). MNHN-UPMC (France).
‘Impacts of light pollution on bat spatiotemporal dynamics in France : implications for outdoor light planning’.
[Résumé en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Yann Gager (soutenue en 2016). Université de Constance (Allemagne)
‘Causes and consequences of social foraging in a neotropical bat’.
[Thèse en anglais].

Arielle Salmier (soutenue en 2016). Guyane (France).
‘Réponse des chiroptères aux environnements : diversité virale et potential d’adaptation’.
[Résumé en français].

Laurent Tillon (soutenue en 2015). Université Toulouse 3 Paul Sabatier (France).
‘Utilisation des gîtes et des terrains de chasse par les Chiroptères forestiers, propositions de gestion conservatoire’.

Philippe Théou (soutenue en 2015). Université de Tirana (Albanie).
‘Bat populations in Albania: Structure and dynamic of populations’.
[Thèse en anglais] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Francois-Henri Fabianek (soutenue en 2015). Université de Laval (Canada).
‘Sélection de l’habitat diurne des chauves-souris dans un contexte d’aménagements sylvicoles en forêt boréale’.
[Thèse en français].

Fidel Botero-Castro (soutenue en 2014). Université de Montpellier II (France).
‘Systématique, phylogénie et évolution moléculaire des Phyllostomidae (Mammalia, Chiroptera): une approche mitogénomique comparative’.
[Résumé en français].

Aurélie Lacoeuilhe (soutenue en 2014). MNHN-UPMC (France).
‘Gestion de la biodiversité sur les sites anthropisés : de l’échelle des sites d’entreprises à celle du paysage’.
[Thèse en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Yohan Charbonnier (soutenue en 2014). (France).
‘Relations entre diversité des habitats forestiers et communautés de chiroptères à différentes échelles spatiales en Europe : implications pour leur conservation et le maintien de leur fonction de prédation.’
[Résumé en français].

Baptiste Régnery (soutenue en 2013). MNHN-UPMC (France).
‘Les mesures compensatoires pour la biodiversité: conception et perspectives d’application.’
[Thèse en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Pierline Tournant (soutenue en 2013). Université de Franche Comté (France).
‘Impact du paysage sur la distribution spatiale et génétique des colonies de petit Rhinolophe’
[Résumé en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Vuong Tan Tu (soutenue en 2013). MNHN-UPMC (France).
Phytogéographie comparée des chauves-souris (mammifères, chiroptères de l’Indochine).
[Résumé en français].

Anthony Ravel (soutenue en 2012). Université de Montpellier II (France).
‘Origine et radiation des chiroptères modernes : implication des faunes paléogènes d’Afrique du Nord et d’Asie du Sud’.
[Résumé en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Nicolas Nési (soutenue en 2012). MNHN-UPMC (France).
‘Systématique et phylogéographie des chauves-souris africaines de la sous-famille des Epomophorinae (Chiroptera, Pteropodidae)’.
[Résumé en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Audrey Lacroix (soutenue en 2012). Montpellier (France).
‘Découverte et caractérisation de nouveaux virus transmis par les chiroptères au Cambodge et au Laos’.
[Résumé en français].

Sébastien J. Puechmaille (soutenue en 2009). University College of Dublin (Irlande).
‘A molecular and ecological investigation into the evolutionary history of Craseonycteris thonglongyai.’
[Publication 1], [Publication 2] et [Publication 3].

Allowen Evin (soutenue en 2009). MNHN-UPMC (France).
‘Evolution phénotypique, phylogéographie et insularité des chauves-souris du bassin méditerrannéen occidental’.
[Résumé en français].

Meriadeg Ar Gouilh (soutenue en 2008). MNHN-UPMC (France).
‘Relations écologiques virus / chiroptères : Coronavirus, CoV-SRAS et autres virus de la chirofaune de Thailande : détection, caractérisation et écologie’.
[Résumé en français].

Xavier Pourrut (soutenue en 2008). Aix-Marseille II (France).
‘Implication des chauves-souris dans les épidémies de filovirus en Afrique : modalités de contamination de l’homme et des grands singes.’
[Résumé en français].

Benoît Stadelmann (soutenue en 2005). Université de Genève (Suisse).
‘Historical biogeography and speciation in the cosmopolitan genus Myotis (Chiroptera: Vespertilionidae).’

Emmanuel Cosson (soutenue en 2003). Université de Provence, Aix – Marseille I (France).
‘Etude phylogéographique d’une espèce vulnérable, le Murin de Capaccini (Myotis capaccinii Bonaparte 1837) et stratégies de conservation des populations résiduelles.’

Eric Petit (soutenue en 1998). Université Friedrich Alexander (Allemagne).
Structure et histoire post-glaciaire des populations de Noctule commune Nyctalus noctula (Chiroptera, Mammalia). Une analyse de colonies européennes utilisant des marqueurs génétiques mitochondriaux et nucléaires.’
[Publication 1], [Publication 2], [Publication 3] et [Publication 4].

– Jean-François Cosson (soutenue en 1994). Paris XI (France).
‘Dynamique de population et dispersion de la chauve-souris frugivore Carollia perspicillata en Guyane française.’
[Résumé en français].

Une nouvelle population de Grandes Noctules en Aveyron

vendredi, juillet 22nd, 2016

Le feuilleton des Grandes Noctules se poursuit, avec la découverte le mois dernier d’une nouvelle colonie de Grandes noctules dans la vallée du Lot, dans le Nord Aveyron, au pied de l’Aubrac.

La colonie a été découverte sans captures mais grâce à une méthode éprouvée, dite « méthode EXEN » de poursuite acoustique et visuelle de début et surtout de fin de nuit. Cette méthode non invasive avait été développée en 2012 pour la découverte de nos premiers gites de mise-bas de la Grande noctule en Auvergne (Beucher & Bernard, 2016). J’avais eu quelques contacts acoustiques de début de nuit (22h05) le 19 juin dernier au cours d’un comptage de colonie de Grand murins. Nous nous sommes ainsi relayés pendant environ 15 jours au sein de l’équipe EXEN et de Chauves-Souris Aveyron en fonction de la disponibilité des uns et des autres, avant d’aller au travail. Finalement, nous avons localisé un premier arbre-gite mercredi 06 juillet vers 6h15, à plus de 4.5 km du contact acoustique du 19 juin. Il s’agit d’une chênaie claire située sur des coteaux pentus du sud de la vallée du Lot.

La cavité, située dans un chêne à à peine 5m de hauteur, inspectée en journée et filmée en sortie de gite était occupée par 17 individus. Aucun jeune de l’année n’a pu être identifié (ni accroché à la mère ni volant). Evidemment, sans capture, nous ne pouvons présager du sexe des individus, et les images filmées avec le Sony α7S et ralenties en sortie de gite ne permettent pas de s’en rendre compte (uniquement des vues de dos des bêtes). Mais simplement la longueur des poils et les rendus en infrarouges permettent de penser qu’il s’agit bien d’adultes. L’expérience de 5 années de suivi de la population auvergnate où mâles et femelles cohabitent, nous invite à rester prudents et éviter toute supposition sur la base de la taille du groupe.

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Il est aussi évidemment trop tôt pour estimer la taille de la population locale, mais nous avons pu assister à un balai impressionnant de plusieurs dizaines de grandes noctules, évoluant avec martinets, hirondelles et faucon hobereau, et exploitant des nuées d’insectes au crépuscule ou au petit jour, en pleine ville, au-dessus du Lot. Cette nouvelle population est clairement distincte de celles connues jusqu’alors, mais étrangement située à mi-distance entre celle des femelles suivies par Marie-Jo Dubourg-Savage et l’équipe du Groupe Chiroptères Midi-Pyrénées sur le plateau du Lévezou (à plus de 22 km au sud) et à 22 km de celle des mâles et femelles non reproductrices qui avait été localisée par l’Alepe en 2007 (Sané, Vespère 2008) dans l’ouest Lozèrien. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur les éventuels liens entre ces populations. Par ailleurs, la grande noctule a été contactée acoustiquement sur de multiples sites dans le Nord Aveyron (Cf. article sur le Chiroblog ‘La Grande Noctule en Aveyron‘), ce qui laisse penser que d’autres découvertes de colonies sont à venir. Cette nouvelle donnée ouvre un nouveau champ d’investigations pour avancer dans la connaissance de l’espèce localement bien sûr, mais aussi en parallèle des autres populations suivies dans le Massif Central et au-delà. Ça promet de belles campagnes de suivis à venir, de façon fine et sur le long terme, avec une aventure qui recommence.Un grand merci à ceux qui ont contribués, en équipe, à cette découverte : Frédéric Albespy, Frédéric Berougeon, Marie Beucher, Nicolas Cayssiols, Jeremy Dechartre, Chloé Guiraud, Aurélie Langlois, Mathieu Louis, Justine Mougnot, Laurie Nazon, Pierre Petitjean, Arnaud Rhodde et Chloé Tanton.

Yannick Beucher pour le bureau d’études EXEN et le groupe Chauves-souris Aveyron

Références bibliographiques

Beucher & Bernard (2016). La Grande noctule (Nyctalus lasiopterus) dans le Puy de Dôme : découverte d’une colonie de mise-bas et suivi d’activité par une méthode sans capture. Symbioses, 34, 9-13.

Sané (2008). La Grande Noctule Nyctalus lasiopterus (Schreber, 1780) en Lozère: Résultats d’une semaine de suivi radio-télémétrique. Le Vespère, 1, 21-35 [Télécharger l’article].

La maladie du nez blanc affecte l’abondance et la distribution des espèces de chauves-souris

jeudi, février 12th, 2015

L’abondance des organismes (y compris des Chiroptères) varie énormément entre différentes espèces mais également au sein d’une même espèce, la taille des groupes s’échelonnant parfois d’individus solitaires jusqu’à des agrégations de million d’individus, ceux-ci étant souvent inégalement répartis à travers des habitats apparemment favorables. Caractériser ces patrons d’abondance, de distribution et de socialité a longtemps fasciné les écologistes mais la compréhension des mécanismes responsables de ces patrons sont relativement mal connus. Identifier et comprendre les mécanismes qui génèrent les patrons observés permettrait d’améliorer notre compréhension des forces qui façonnent les communautés écologiques et permettrait ainsi de les préserver au mieux.

C’est en comparant les communautés de chauves-souris Européennes et Nord Américaines que nous avons abordé ces questions. Nous avons comparé la taille des colonies en Amérique du Nord avant et après l’apparition du WNS à la taille des colonies en Europe, tout en prenant en compte les différences d’habitat et de climat. Pour cela, nous avons utilisé quatre décennies de comptages sur 1108 sites d’hibernation de 16 espèces de chauves-souris en Amérique du Nord et en Europe pour comprendre comment l’émergence de la maladie du nez blanc (WNS) a altéré l’abondance locale des espèces (au passage, un grand merci a ceux qui ont fourni leurs données et participé aux comptages). Nos hypothèses étaient que (1) l’émergence de la maladie du nez blanc a réduit l’abondance des chauves-souris en Amérique du Nord à des niveaux semblables à ceux en Europe, où la maladie est a priori endémique, et (2) les maladies émergentes modifient les patrons de distribution des espèces en causant des extinctions locales, surtout pour les colonies de petite taille.

Les résultats nous montrent que la maladie du nez blanc a réduit par 10 l’abondance des chauves-souris qui hibernent en Amérique du Nord, ce qui a aboutit a éliminer les grandes différences d’abondance qui existaient entre l’Europe et l’Amérique du Nord avant l’émergence de la maladie. La maladie a également provoqué de multiples extinctions locales (jusqu’à 69% des sites pour une espèce, Myotis septentrionalis). Pour la plupart des espèces étudiées, en accord avec la théorie, le risque d’extinction locale était plus élevé pour les petites populations.

Figure 1

 

Taille moyenne des colonies d’hibernation pour toute les espèces confondues en Amérique du Nord pre-WNS (marron), Amérique du Nord WNS (orange) et en Europe (rouge). Les photos au dessus montrent des agrégations représentatives de chauves-souris en hivernation pour Myotis lucifugus au Vermont pre-WNS (droite), le même site post-WNS (milieu), et Myotis myotis en République Tchèque (droite).

 

Picture3Disparition locale de six espèces en Amérique du Nord sept ans apres l’émergence de la maladie du nez blanc. La taille des cercles indique la taille des colonies pre-WNS. Les cercles noirs sont des colonies encore existantes alors que les cercles rouges représentent les colonies disparues. L’étoile noire montre le site d’où la maladie a émergé.

Notre étude montre que de manière plus globale, les interactions entre espèces, y compris les maladies, influencent les grandes tendances de présence des espèces, d’abondance et de risques de disparition. Ces facteurs sont donc à prendre en compte pour préserver au mieux les espèces, que cela soit à l’échelle locale où a l’échelle de l’aire de distribution de l’espèce.

Sébastien (au nom de tous les coauteurs).

Référence bibliographique

Frick W, Puechmaille SJ, Hoyt JR, Nickel BA, Langwig KE, Foster JT, Horáček I, Bartonička T, Barlow KE, Haarsma A-J, van der Kooij J, Rodrigues L, Mulkens B, Petrov B, Herzog C, Reynolds R, Stihler CW, Turner GG, Feller D, Kilpatrick AM (2015) Disease alters macroecological patterns of North American bats. Global Ecology and Biogeography, sous presse.

 

Rétrospective 2014

jeudi, janvier 1st, 2015
2014 aura été une année riche pour le Chiroblog, avec 14 articles et 15 contributeurs sur des sujets très variés ! Après une sélection d’articles scientifiques en Février, nous vous avons proposé de nombreux sujets liés à la conservation des chiroptères : risques de l’ivermectine par Jade, micro-habitats d’arbres par Baptiste, pollution lumineuse par Aurélie, trajectographie par Charlotte, échantillonage acoustique en forêt par Jérémy ou encore prédation de lichis à Madagascar par Rado. Philippe nous a parlé de ses suivis de populations en Albanie, Fiona, Céline et Benjamin dans les petites îles méditerannéennes et Marguerite et Vincent présenté les activités du Groupe Chiroptères Guyane. Pour ce qui est de la systématique, Sébastien et Benjamin nous ont présenté la nouvelle espèce de Minioptère décrite pour le Maghreb et Antony nous a parlé de ses travaux sur les fossiles de Rhinolophes Troglodytes en Chine. Dans un registre comportemental, Sébastien nous a présenté le rôle de l’écholocation dans le choix du partenaire chez les Rhinolophes. Merci beaucoup à tous les contributeurs pour leur participation à la vie de blog. Nous attendons avec impatience les nouveaux articles pour l’année 2015 !
Yann pour l’équipe du Chiroblog

Pollution lumineuse: zoom sur les travaux de thèse d’Aurélie Lacoeuilhe

lundi, novembre 17th, 2014

La lumière artificielle est suspectée d’interférer avec les facteurs qui contrôlent l’activité de chasse. D’une part, elle peut influencer la phénologie des proies des chiroptères (Rydell et al. 1996; Gaisler et al. 1998; Dietz et al. 2009). D’autre part, elle peut influencer le comportement de chasse des chiroptères. Il a ainsi déjà été noté par exemple que le moment de la sortie du gîte pouvait être affecté par la lumière (Jones & Rydell 1994; Downs et al. 2003). Nous avons donc analysé l’activité des chiroptères au cours de la première moitié de la nuit (période de plus forte activité). Nous faisons l’hypothèse qu’en fonction de leur sensibilité à la lumière artificielle, les espèces puissent avoir des patterns d’activités différentes. L’effet de l’intensité lumineuse a été testé pour plusieurs espèces que nous avons détectées sur un site en zone Natura 2000 dans l’estuaire de la Loire. En bordure de cette zone Natura 2000 est présente une centrale de production électrique (thermique) et des villages, tous deux responsables d’une « pollution lumineuse » diffuse. Nous avons donc étudié l’impact de relativement faibles intensités d’éclairage (plus de trois quart des relevés ont été réalisé dans des environnement dont l’intensité ne dépasse pas les 5 lux) sur l’activité de chasse de plusieurs espèces en zone semi-naturelle (pâturage avec fort maillage de haie).

Deux groupes ont ainsi été obtenus: 5 espèces tolérantes à la lumière (Pipistrellus pipistrellus, Pipistrellus kuhlii, Eptesicus serotinus, Nyctalus noctula et Pipistrellus pygmaeus) dont l’activité augmente en fonction de l’intensité lumineuse et 3 taxons intolérants à la lumière (Nyctalus leisleri, Myotis spp. et Plecotus spp.) dont l’activité diminue avec l’intensité lumineuse. Pour deux espèces nous n’avons pas trouvé de réponse significative (Barbastella barbastellus et Pipistrellus nathusii).

Nous avons donc montré que même de faibles ou moyennes intensités semblent avoir un impact sur l’activité des chiroptères. Dans un deuxième temps, nous avons testé l’influence du type d’éclairage sur chacune des espèces détectées. L’intensité et le type des éclairages étant corrélées, nous n’avons pas pu distinguer les effets des deux caractéristiques, celles-ci étant trop liées. Nous avons obtenu des effets contrastés pour les espèces tolérantes. L’activité de chasse de la Pipistrelle commune et la Pipistrelle de Kuhl augmente avec la lumière blanche et la lumière orange mais de façon plus importante pour la lumière blanche. En revanche, la Noctule commune semble, de façon significative, être négativement influencée par la lumière blanche et la Sérotine commune par la lumière orange. Toutefois, les autres résultats ne sont pas significatifs peut être en partie liée à une taille d’échantillon « modeste » pour ces espèces. Si les résultats concernant les pipistrelles commune et de Kuhl ne sont pas surprenants et sont cohérents avec la littérature, l’interprétation des résultats concernant les autres espèces est plus difficile et nécessite des études supplémentaires pour confirmer ces résultats.

A notre connaissance, notre étude est la première qui s’intéresse à l’influence de la pollution lumineuse en milieu semi-naturel et qui étudie l’influence des faibles intensités lumineuses (entre 0 et 5 lux). La littérature nous renseigne actuellement en effet seulement sur les espèces capables de chasser sous les éclairages à 25-50lux. A titre d’exemple, une nuit de pleine lune dans des conditions claires présente une intensité lumineuse comprise entre 0,1 et 0,3 lux et une rue éclairée environ 15 lux (Gaston et al. 2013).

Nos résultats soulignent l’importance de poursuivre les études sur ce sujet. Puisqu’ils ont une influence sur l’activité de certaines espèces de chiroptères, le spectre de la lumière (couleur) et le type de lumière sont des éléments à également prendre en compte dans les mesures de gestion (Davies et al. 2013). Dans le cadre de la réflexion portant sur le réseau écologique Trames Verte et Bleue, il devient nécessaire d’ajouter une composante « Trame noire », qui aurait pour objectif de créer et protéger des zones sombres ou noires (Gaston 2013). Cette « Trame noire », permettrait d’étendre les territoires de chasse et d’augmenter les zones de transit pour les espèces intolérantes notamment. Ce réseau nocturne pourrait rendre efficace la Trame Verte et Bleue pour les chiroptères mais aussi de nombreux autres animaux nocturnes et donc jouer un rôle important pour leur conservation.

Ces résultats sont publiés dans la revue PlosOne : Lacoeuilhe A., Machon N., Julien J.F., Le Bocq A., Kerbiriou C. The influence of low intensities of light pollution on bat communities in a semi-natural context. PlosOne 9(10): e103042. doi:10.1371/journal.pone.0103042

Vous pouvez également consulter la thèse d’Aurélie intitulée « Gestion de la biodiversité sur les sites anthropisés : de l’échelle des sites d’entreprises à celle du paysage »

Aurélie pour le Chiroblog

Références bibliographiques

Rydell, J., Entwistle, A., & Racey, P. A. 1996. Timing of foraging flights of three species of bats in relation to insect activity and predation risk. Oikos. 76: 243-252.

Gaisler, J., Zukal, J., Rehak, Z. & Homolka, M. 1998. Habitat preference and flight activity of bats in a city. Journal of Zoology 244: 439-445.

Dietz C, von Helversen O, Nill D (2009) L’encyclopédie des chauves-souris d’Europe et d’Afrique du Nord: Biologie, caractéristiques, protection. Delachaux et Niestlé, Paris. 400p.

Jones, G., & Rydell, J. 1994. Foraging Strategy and Predation Risk as Factors Influencing Emergence Time in Echolocation Bats. Philosophical Transactions: Biological Sciences 346: 445-455.

Downs, N. C., Beaton, V., Guest, J., Polanski, J., Robinson, S.L., Racey, P. A. 2003. The effects of illuminating the roost entrance on the emergence behavior of Pipistrellus pygmaeus. Biological Conservation 111:247-252.

Gaston KJ, Bennie J, Davies TW, Hopkins J (2013) The ecological impacts of nighttime light pollution: a mechanistic appraisal. Biological reviews 88: 912–927.

Davies, T.W., Bennie, J., Inger, R., Hempel de Ibarra, N., & Gaston, K.J. 2013. Artificial light pollution: are shifting spectral signatures changing the balance of species interactions? Global Change Biology 19: 1417-1423.

 

Micro-habitats d’arbres et chiroptères – zoom sur les travaux de thèse de Baptiste Regnery

mercredi, mars 12th, 2014

Le groupe des chiroptères suscite de plus en plus d’intérêt dans la conservation de la biodiversité. En effet, les suivis à l’échelle de la France montrent désormais des tendances de déclin chez de nombreuses espèces, y compris des espèces communes. D’autre part, la longévité des chiroptères et leur position dans les réseaux trophiques, en font un taxon indicateur pour la gestion des espaces naturels ou semi-naturels.

Cependant, il est souvent difficile de mesurer directement l’ensemble des populations et communautés de chiroptères, pour des raisons techniques et/ou budgétaires. Pour cette raison, il est nécessaire de développer des indicateurs permettant d’estimer, de manière indirecte, l’état ou les pressions pesant sur les chiroptères. Dans ce contexte, nous nous sommes intéressés au possible rôle indicateur des micro-habitats d’arbre (ci-après « micro-habitats »). Les micro-habitats correspondent à des habitats de petite taille qui se développent sur les arbres vivants ou morts (e.g., bois mort sur pied, cavités d’arbres, décollements d’écorces ; Vuidot et al., 2011).

Exemple de micro-habitat.

Un protocole d’inventaire des micro-habitats d’arbre a été développé par E. Cosson (Groupe Chiroptères de Provence) et O. Ferreira (Office National des Forêts) (ONF, 2009). Le protocole permet de recenser les 10 principaux types de micro-habitat rencontrés en forêt : le bois mort sur pied, le bois mort au sol, les loges de pics, les cavités de Cerambyx, les autres cavités (cavités basses, intermédiaires, et hautes), les décollements d’écorces et fissurations, les champignons, et le lierre. Nous avons appliqué le protocole sur trois massifs forestiers dominés par le chêne vert et le chêne pubescent en région Provence-Alpes-Côte-D’azur. Ces massifs sont localisés à Saint-Paul-lès-Durance (1415 ha), Ribiers (126 ha), et Saint-Vincent-sur-Jabron (90 ha). Puis, nous avons complété l’inventaire des micro-habitats par des relevés d’autres caractéristiques de peuplement. Pour cela, nous avons mesuré 8 variables : surface terrière, densité de tiges, volume de bois mort, hauteur de peuplement, distribution des classes de diamètres, temps depuis la dernière coupe, nombre d’habitats, distance à la route.

Localisation des sites d’étude et plan d’échantillonnage. L’encadré présente le plan d’échantillonnage sur le site de Saint-Paul-lès-Durance avec les plots (cercles) et les arbres porteurs de micro-habitats (points). Regnery et al., 2013a.

Puis, nous avons complété les variables de micro-habitat et de peuplement par des inventaires quantitatifs des oiseaux et chiroptères. Au centre de chaque plot, nous avons effectué deux passages d’inventaire des chiroptères par l’enregistrement d’ultrasons à des périodes de pics d’activités (mises bas/allaitements et activités automnales précédant l’hibernation) (2 x 30 min ; 9-22 juin 2011 ; 21-29 septembre 2011). Les cris d’écholocation étaient détectés à l’aide de Tranquility Transect (Courtpan Design Ltd, UK) et enregistrés sur des Zoom H2 (Sampson Technologies, USA). L’identification était ensuite réalisée en laboratoire.

Détecteur Tranquility Transect relié à un enregistreur Zoom H2.

A l’échelle des espèces, nous avons considéré les densités d’activité de 5 espèces (espèces présentes sur au moins 10 plots). Parmi ces espèces, 2 espèces sont positivement corrélées avec la diversité des micro-habitats (la Pipistrelle de nathusius (Pipistrellus nathusii) et la Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus) – la Pipistrelle commune est également positivement corrélée à la densité de cavité de Cerambyx et la densité de bois mort sur pied). A l’échelle des communautés, la richesse spécifique des chiroptères est positivement corrélée avec plusieurs micro-habitats dont la diversité des micro-habitats, et la diversité spécifique est positivement corrélée avec la densité de cavités de Cerambyx.

Cavités de Cerambyx sur un Chêne pubescent.

Nous avons ensuite comparé les résultats obtenus des corrélations entre les micro-habitats et les chiroptères avec les résultats des corrélations entre les variables de peuplement et les chiroptères. Il est intéressant de remarquer que les variables de micro-habitats expliquent généralement mieux les variations de biodiversité que les variables de peuplements (voir pour plus de détails Regnery et al., 2013a).

Ces résultats apportent des premiers éléments sur les relations entre la distribution des micro-habitats dans un peuplement et les populations et communautés de chiroptères. Nous montrons notamment que deux paramètres semblent jouer un rôle important pour les chiroptères : la diversité de micro-habitats et les cavités de Cerambyx. A l’avenir, il serait intéressant d’approfondir ces recherches pour mieux comprendre quels sont les mécanismes en jeu. Concernant la diversité de micro-habitats, nous pourrions émettre l’hypothèse qu’une combinaison de micro-habitats est importante pour soutenir une abondance suffisante de proies (les micro-habitats étant utilisés par de nombreux insectes). Concernant les cavités de Cerambyx, les corrélations restent encore peu expliquées, même si l’hypothèse d’une utilisation des cavités de Cerambyx n’est pas à exclure (Pénicaud et Le Reste, 2011 ; E. Cosson, communication personnelle pour Pipistrellus sp. et la Nyctalus leisleri). Enfin, d’autres facteurs mériteraient d’être testés, simultanément aux micro-habitats, tels que la composition des peuplements ou encore la structure paysagère.

Baptiste pour le Chiroblog

Références bibliographiques
N.B. Les publications de Baptiste sont disponibles sur le site du Muséum de Paris.

ONF (Office National des Forêts), 2009. Recensement des Arbres Réservoirs de Biodiversité sur 1200 ha autour du site ITER (13 & 83).

ONF, 2010. Les arbres à conserver pour la biodiversité. Comment les identifier et les désigner ? Fiches techniques – Biodiversité n°3.

Pénicaud, P., Le Reste, G., 2011. Report of the National survey on tree roosts for bats. Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères. Mammifères sauvages n°61.

Regnery, C., Couvet., D., Kubarek, L., Julien, J.F., Kerbiriou, C., 2013a. Tree microhabitats as indicators of bird and bat communities in Mediterranean forests. Ecological Indicators 34, 221-230.

Regnery, B., Paillet, Y., Couvet, D., Kerbiriou, C., 2013b. Which factors influence the occurrence and density of tree microhabitats in Mediterranean oak forests? Forest Ecology & Management 295, 118-125.

Vuidot, A., Paillet, Y., Archaux, F., Gosselin, F., 2011. Influence of tree characteristics and forest management on tree microhabitats. Biological Conservation 144, 441–450.

Opération refuges pour les chauves-souris

lundi, décembre 16th, 2013

En France, un grand nombre de chauves-souris accomplit tout ou partie de son cycle de vie dans les éléments bâtis. Les combles, quelque soit leur volume, mais aussi les caves ou les interstices des murs sont des endroits privilégiés par les chauves-souris pour mettre bas, hiberner ou simplement séjourner pendant une ou plusieurs journées. Les jardins, petits ou grands peuvent également héberger des chauves-souris et constituent des terrains de chasse privilégiés, notamment dans les zones gagnées par l’urbanisation.

Il est possible, en adoptant quelques mesures simples, de favoriser l’installation des chiroptères chez soi, ou de favoriser les individus qui peuvent avoir déjà élu domicile dans une habitation. L’Opération Refuges a pour but de promouvoir ces initiatives, de délivrer des conseils techniques adaptés à la biologie des chauves-souris et de saluer les bonnes volontés qui souhaitent s’engager dans cette voie. Elle se présente comme un système de conventionnement, qui associe la Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères et un propriétaire : particulier, collectivité ou entreprise. Elle est soutenue dans chaque région par une structure locale de protection des chauves-souris qui peut apporter ses conseils et son savoir faire dans le domaine, et assurer si besoin le suivi des populations de chiroptères présentes sur le site.

Cette convention engage le propriétaire sur des points simples et peu contraignants, qui peuvent se révéler extrêmement bénéfiques pour les chauves-souris. Des propositions pour aller plus loin dans la protection de ces petits mammifères sont également formulées. Ainsi, si le propriétaire s’engage à limiter les dérangements aux animaux présents et à ne pas boucher les accès qui peuvent mener à sa cave ou son grenier, il lui est également possible d’installer des gîtes artificiels, ou d’adopter des pratiques d’entretien et de jardinage qui favoriseront les chauves-souris dans toute sa propriété. En cas de travaux, les experts régionaux seront là pour le conseiller et limiter les impacts sur les animaux.

Une fois la convention signée, le propriétaire se voit attribuer le label « Refuge pour les chauves-souris » et dispose des différents outils de communication pour mener au mieux cet engagement en faveur de la biodiversité : plaquette, guide technique, autocollant longue durée, et panneau à fixer (moyennant une participation symbolique). Il est ainsi possible d’afficher fièrement son engagement pour les chauves-souris et d’assurer à travers cette opération la promotion de la nature dans tout un quartier. Dans les zones urbaines ou les habitations modernes, ces Refuges seront d’une grande importance pour la conservation de ces animaux. A terme, les différents Refuges ainsi créés pourraient constituer un maillage dense de gîtes et de jardins favorables aux chauves-souris, et contribuer à l’amélioration de l’état des populations de certaines espèces rares.

Devenir Refuge pour les chauves-souris est une démarche simple, qui vous permet de bénéficier de conseils réguliers de la part de spécialistes régionaux et d’intégrer un réseau efficace et dynamique de protection des chauves-souris. Pour ce faire, il suffit de prendre contact avec la SFEPM ou la structure qui relaie l’opération dans votre région et signifier votre désir de constituer un refuge sur votre propriété. L’opération débutée en 2011 compte déjà 207 refuges, dont une centaine en Bretagne.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site internet de l’opération Refuges pour les Chauves-souris.

Jihane pour le Chiroblog

Un référentiel d’activité acoustique des chauves-souris méditerranéenne – zoom sur les travaux de diplôme d’EPHE d’Alexandre Haquart

lundi, novembre 25th, 2013

Ce travail a été mené dans le cadre d’un Diplôme à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Son but est de fournir des indices et des chiffres de référence pour les évaluations et les suivis environnementaux. Un protocole pour l’évaluation de l’activité acoustique des Chiroptères relevée au cours de nuits complètes d’enregistrement est proposé. Ce référentiel s’appuie sur une base de données de près d’un million de fichiers d’enregistrements qui ont été collectés entre 2007 et 2011 sur près de 2000 points en France par les experts du bureau d’étude Biotope au moyen d’enregistreurs automatiques d’ultrasons de type Anabat et SM2BAT.

La détectabilité acoustique des chauves-souris est variable en fonction de leurs fréquences d’émissions et des conditions météo (température, humidité) mais également en fonction de facteurs méthodologiques tels que la qualité du matériel et le gain. En parallèle, la fiabilité d’identification des séquences acoustiques au niveau spécifique est grandement variable en fonction notamment des espèces, de la qualité des enregistrements, de la longueur et de la nature des séquences. La variabilité des résultats induite par ces biais est d’autant plus forte que l’unité de mesure est fine et précise, c’est pourquoi des unités de mesures stables face aux facteurs « abiotiques » sont recherchées. Deux indices sont proposés : le pourcentage des points où l’espèce est présente et le nombre de minute d’activité par nuit lorsque l’espèce est présente.

Les résultats d’activités sont présentés pour 30 espèces et groupes d’espèces de chiroptères en zone méditerranéenne. Les espèces qui se contactent le plus sont la Pipistrelle de Kuhl, la Pipistrelle commune et la Pipistrelle pygmée, elles se rencontrent sur environs 80% des points d’enregistrements, avec une moyenne de 50 à 60 minutes d’activité par nuit. La majorité des autres espèces sont contactées sur moins de 40% des points avec moins de 10 minutes d’activité par nuit lorsqu’elles sont présentes.

Une méthode est proposée pour tenter un parallèle entre l’activité des espèces et leurs effectifs de populations. Les résultats d’activité sont pondérés avec la distance de détectabilité des espèces (liée aux ultrasons) et les rayons d’actions connus des individus autour des colonies (liée à la biologie des espèces). D’après cette méthode, le nombre de chauves-souris en zone méditerranéenne serait proche de 10 millions d’individus (dont plus de 8 millions de Pipistrelles). La prise en compte de la détectabilité change l’ordre d’abondance observé entre les espèces. Une espèce très détectable comme le Molosse de Cestoni, se contacte fréquemment sur le terrain mais aurait les effectifs de population les plus faibles de la zone méditerranéenne. Les Rhinolophes, espèces très peu détectables, sont moins rares que les enregistrements ne le laissent paraitre.

Pour finir, une modélisation de l’effort d’échantillonnage est également réalisée afin d’évaluer l’effort nécessaire pour réaliser des inventaires complets. Il en ressort qu’une quinzaine de nuits d’enregistrements semblent fournir des inventaires satisfaisants.

Le document est téléchargeable sur http://www.le-vespere.org/Vesper_ressources.html

Alexandre pour le Chiroblog

Actualités en Octobre 2013

lundi, octobre 21st, 2013

– La conférence internationale sur la recherche sur les chauves-souris s’est déroulée en Août dernier au Costa-Rica. Près de 600 chercheurs es rencontres internationales se sont retrouvés pour échanger et présenter leurs travaux. Les résumés de la conférence sont disponibles sur le site internet de la conférence.

– Tous les deux ans, les chiroptérologues amateurs et professionnels de France et de Navarre se retrouvent à Bourges. Le but est de rassembler la communauté pour se tenir au courant et échanger. Les prochaines rencontres sont programmées du 14 au 16 Mars 2014, réservez vos dates !

– Le dernier bulletin de liaison du Plan National d’Action Chiroptères (#14)
est disponible à cette adresse ! A noter un article « mise au point » de Gérard Larcher
et François Moutou sur les chauves-souris et les risques sanitaires.