Archive for the ‘Biogéographie’ Category

La pollution lumineuse impacte plus fortement les chauves-souris de France que l’artificialisation des sols

dimanche, septembre 17th, 2017

Le programme de suivi des chauves-souris mis en place par le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris – le programme Vigie-Nature – permet d’évaluer l’état de santé des populations de chauves-souris en France. Créé en 2006, de nombreux bénévoles récoltent des données de présence de chauves-souris sur la base d’enregistrement des ultrasons. A partir de ces données, une équipe du Muséum a notamment étudié les impacts de la pollution lumineuse , l’agriculture intensive et l’artificialisation des sols sur les chauves-souris en France, en particulier les 4 espèces les plus suivies dans le programme : la pipistrelle commune, la pipistrelle de kuhl, la sérotine commune et la noctule de leisler.

Notre objectif était de déterminer si les effets de la pollution lumineuse sur ces espèces étaient négligeables au regard des autres pressions majeures qui menacent la biodiversité comme l’intensification de l’agriculture ou encore l’urbanisation.

Pour cela, nous avons mesuré autour de chacun des tronçons routiers :

  • la quantité de lumière ambiante la nuit à l’aide de couches satellites nocturnes
  • la proportion d’agriculture intensive
  • la proportion de surfaces imperméabilisées

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Puis nous avons cherché à relier ces paramètres avec l’activité des quatre espèces de chauves-souris.

Bildschirmfoto 2016-09-06 um 09.11.12Figure 2. Impact relatif des surfaces imperméables (cercle plein), de la radiance moyenne (carré noir) et de l’agriculture intensive (cercle vide) à 4 échelles spatiales sur l’activité de la pipistrelle commune (a), et sur la probabilité de présence de la pipistrelle de kuhl (b), la noctule de leisler (c) et de la sérotine commune (d). Si les coefficients sont en dessous de la ligne horizontale en pointillé (à 0 sur l’axe des y), l’effet est négatif. Si les barres d’erreurs chevauchent cette ligne, alors cette effet n’est pas significatif.

Pour les quatre espèces, nous avons trouvé que la pollution lumineuse avait un effet négatif significatif, et que cet effet était plus fort que celui de l’artificialisation des sols.

Cela démontre que l’usage massif d’éclairage artificiel dans les paysages urbains ajoute une pression supplémentaire significative à celle de l’artificialisation des sols, et que l’on sous-estime sûrement les impacts de l’urbanisation sur la biodiversité en ne prenant pas en compte cette pollution associée aux activités humaines.

Par ailleurs, les 4 espèces suivies étaient jusque-là considérées comme « attirées » par la lumière car elles ont souvent été observées chassant les insectes sous les lampadaires. Nos travaux suggèrent que même si localement elles peuvent chasser sous des lampadaires, le réseau d’infrastructure lumineuse dans le paysage à des effets négatifs sur le reste de leurs activités et de leurs cycles biologiques (en affectant la disponibilité en gîtes favorables ou en gênant leurs mouvements dans le paysage par exemple).

Toutefois, il est important de noter que l’impact de la pollution lumineuse étaient moins important que celui de l’agriculture intensive, qui reste une pression négative majeure pour la biodiversité en France et dans le monde.

Clémentine Azam, Isabelle Le Viol, Jean-Francois Julien, Yves Bas et Christian Kerbiriou

Référence de l’article

Azam et al. 2016. Disentangling the relative effect of light pollution, impervious surfaces and intensive agriculture on bat activity with a national-scale monitoring program. Landscape ecology. doi:10.1007/s10980-016-0417-3

Liste de thèses sur les chauves-souris

mercredi, juin 21st, 2017

Nous vous proposons ici une liste de thèses en cours ou bien déjà publiées sur les chauves-souris. Cette liste se limite aux chercheurs francophones qui ont conduit leurs travaux en France ou bien à l’étranger. Nous mettrons régulièrement cette liste à jour. Si nous en avons oublié ou si les informations sont erronées, merci de nous en informer à l’adresse suivante : mail.chiroblog@gmail.com

Thèses en cours (titres provisoires) :

Tommy Andriollo (débutée en 2015). Muséum d’Histoire Naturelle de Genève (Suisse).
‘Molecular ecology and conservation of the Alpine long-eared bat (Plecotus macrobullaris)‘.

Charlotte Roemer (débutée en 2015). MNHN-UPMC (France).
‘Écologie du mouvement à l’échelle locale chez les chiroptères et risques anthropiques de collision’.

Fabien Claireau (débutée en 2015). MNHN-UPMC (France).
‘Chiroptères et continuités écologiques’.

Julie Pauwels (débutée en 2015). MNHN-UPMC (France).
‘Pollution lumineuse et biodiversité – quels leviers d’action pour limiter les impacts de l’éclairage public sur la faune nocturne ?’

Patrick Wright (débutée en 2015). Université d’Exeter (Royaume-Uni).
‘Molecular approaches to improve the conservation of Bechstein’s bats’

Jérémy Froidevaux (débutée en 2014). Université de Bristol (Royaume-Uni).
‘Conservation des Chiroptères en milieu agricole : évaluation des mesures agro-environmentales’.

Kévin Barré (débutée en 2014). MNHN-UPMC (France).
‘Compenser l’éolien avec le monde agricole : un dispositif gagnant-gagnant basé sur des mesures d’équivalence de biodiversité’.

Clément Cechetto (débutée en 2014). University of Southern Denmark (Danemark).
‘Multimodal integration in echolocating bats’.

Pierre-Loup Jean (débutée en 2013). Rennes (France).
‘Dynamique des populations du Petit rhinolophe en forêt d’exploitation’.

Thèses soutenues :

Clémentine Azam (soutenue en 2016). MNHN-UPMC (France).
‘Impacts of light pollution on bat spatiotemporal dynamics in France : implications for outdoor light planning’.
[Résumé en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Yann Gager (soutenue en 2016). Université de Constance (Allemagne)
‘Causes and consequences of social foraging in a neotropical bat’.
[Thèse en anglais].

Arielle Salmier (soutenue en 2016). Guyane (France).
‘Réponse des chiroptères aux environnements : diversité virale et potential d’adaptation’.
[Résumé en français].

Laurent Tillon (soutenue en 2015). Université Toulouse 3 Paul Sabatier (France).
‘Utilisation des gîtes et des terrains de chasse par les Chiroptères forestiers, propositions de gestion conservatoire’.

Philippe Théou (soutenue en 2015). Université de Tirana (Albanie).
‘Bat populations in Albania: Structure and dynamic of populations’.
[Thèse en anglais] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Francois-Henri Fabianek (soutenue en 2015). Université de Laval (Canada).
‘Sélection de l’habitat diurne des chauves-souris dans un contexte d’aménagements sylvicoles en forêt boréale’.
[Thèse en français].

Fidel Botero-Castro (soutenue en 2014). Université de Montpellier II (France).
‘Systématique, phylogénie et évolution moléculaire des Phyllostomidae (Mammalia, Chiroptera): une approche mitogénomique comparative’.
[Résumé en français].

Aurélie Lacoeuilhe (soutenue en 2014). MNHN-UPMC (France).
‘Gestion de la biodiversité sur les sites anthropisés : de l’échelle des sites d’entreprises à celle du paysage’.
[Thèse en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Yohan Charbonnier (soutenue en 2014). (France).
‘Relations entre diversité des habitats forestiers et communautés de chiroptères à différentes échelles spatiales en Europe : implications pour leur conservation et le maintien de leur fonction de prédation.’
[Résumé en français].

Baptiste Régnery (soutenue en 2013). MNHN-UPMC (France).
‘Les mesures compensatoires pour la biodiversité: conception et perspectives d’application.’
[Thèse en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Pierline Tournant (soutenue en 2013). Université de Franche Comté (France).
‘Impact du paysage sur la distribution spatiale et génétique des colonies de petit Rhinolophe’
[Résumé en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Vuong Tan Tu (soutenue en 2013). MNHN-UPMC (France).
Phytogéographie comparée des chauves-souris (mammifères, chiroptères de l’Indochine).
[Résumé en français].

Anthony Ravel (soutenue en 2012). Université de Montpellier II (France).
‘Origine et radiation des chiroptères modernes : implication des faunes paléogènes d’Afrique du Nord et d’Asie du Sud’.
[Résumé en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Nicolas Nési (soutenue en 2012). MNHN-UPMC (France).
‘Systématique et phylogéographie des chauves-souris africaines de la sous-famille des Epomophorinae (Chiroptera, Pteropodidae)’.
[Résumé en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Audrey Lacroix (soutenue en 2012). Montpellier (France).
‘Découverte et caractérisation de nouveaux virus transmis par les chiroptères au Cambodge et au Laos’.
[Résumé en français].

Sébastien J. Puechmaille (soutenue en 2009). University College of Dublin (Irlande).
‘A molecular and ecological investigation into the evolutionary history of Craseonycteris thonglongyai.’
[Publication 1], [Publication 2] et [Publication 3].

Allowen Evin (soutenue en 2009). MNHN-UPMC (France).
‘Evolution phénotypique, phylogéographie et insularité des chauves-souris du bassin méditerrannéen occidental’.
[Résumé en français].

Meriadeg Ar Gouilh (soutenue en 2008). MNHN-UPMC (France).
‘Relations écologiques virus / chiroptères : Coronavirus, CoV-SRAS et autres virus de la chirofaune de Thailande : détection, caractérisation et écologie’.
[Résumé en français].

Xavier Pourrut (soutenue en 2008). Aix-Marseille II (France).
‘Implication des chauves-souris dans les épidémies de filovirus en Afrique : modalités de contamination de l’homme et des grands singes.’
[Résumé en français].

Benoît Stadelmann (soutenue en 2005). Université de Genève (Suisse).
‘Historical biogeography and speciation in the cosmopolitan genus Myotis (Chiroptera: Vespertilionidae).’

Emmanuel Cosson (soutenue en 2003). Université de Provence, Aix – Marseille I (France).
‘Etude phylogéographique d’une espèce vulnérable, le Murin de Capaccini (Myotis capaccinii Bonaparte 1837) et stratégies de conservation des populations résiduelles.’

Eric Petit (soutenue en 1998). Université Friedrich Alexander (Allemagne).
Structure et histoire post-glaciaire des populations de Noctule commune Nyctalus noctula (Chiroptera, Mammalia). Une analyse de colonies européennes utilisant des marqueurs génétiques mitochondriaux et nucléaires.’
[Publication 1], [Publication 2], [Publication 3] et [Publication 4].

– Jean-François Cosson (soutenue en 1994). Paris XI (France).
‘Dynamique de population et dispersion de la chauve-souris frugivore Carollia perspicillata en Guyane française.’
[Résumé en français].

La radiation des chauves-souris modernes, l’histoire d’une découverte inespérée en Afrique du Nord.

mercredi, mai 24th, 2017

2009, un mois après le commencement de ma thèse sur les chiroptères fossiles éocènes, j’embarquais avec l’équipe de paléontologie de Montpellier et le géologue Gilles Merzeraud à bord d’un bateau en direction de la Tunisie. Nous avions alors pour objectif de retourner dans la région de Kasserine pour poursuivre les prospections et découvrir de nouveaux sites fossilifères datant de l’Eocène inférieur-moyen. L’une des localités, Chambi, datée à la limite fin Eocène inférieur − début Eocène moyen (Mebrouk et al.1997, Adaci et al. 2007 ; Coster et al. 2012), avait déjà révélé de rares fossiles de chiroptères : une dent et un fragment de mandibule appartenant à un Philisidae ancien Dizzya exultans et une dent fragmentaire appartenant à un Rhinolophoïde indéterminé (Sigé 1985). Nous y sommes donc retournés avec la ferme intention d’y découvrir de nouveaux fossiles de chiroptères et ainsi alimenter ma thèse qui en avait bien besoin. Arrivés in situ au flanc du djebel (mont en arabe) Chambi, à l’aide des indications relevées dans la bibliographie, nous avons pu retrouver le fameux banc de calcaire induré issu de dépôts fluvio-lacustres qui contenait ces fossiles.

Banc de calcaire lacustre fossilifère situé au flanc du djebel Chambi, région de Kasserine, Tunisie.

Banc de calcaire lacustre fossilifère situé au flanc du djebel Chambi, région de Kasserine, Tunisie.

En parcourant le niveau et en observant la surface de la roche, nous avons immédiatement décelé le potentiel du site. Nous avons alors prélevé plus d’une centaine de kilos de bloc rocheux.

Chantier de fouille dans les Gour Lazib (Algérie).

De retour à Montpellier et après traitement du sédiment par attaques acides−lavage−tamisage, plus de 500 spécimens de chiroptères fossiles furent découvert, sauvant par la même occasion mes trois années de thèse. Ces spécimens sont, par contre, essentiellement composés de dents isolées et de quelques fragments de mandibules. Un beau et passionnant puzzle m‘attendait.

Échantillon du matériel retrouvé à Chambi (Tunisie) et au Glib Zegdou (Algérie)

L’étude de ce matériel, associé à des spécimens provenant d’une autre localité sub-contemporaine d’Algérie (Glib Zegdou, dans la région des Gour Lazib, Hammada du Dra), est maintenant publiée dans Géodiversitas, la revue du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris (Ravel et al. 2016). Ce nouveau matériel nous permet d’apprécier l’étonnante diversité morphologique des chiroptères d’Afrique du Nord en place dès la fin de l’Eocène inférieur. Ces chiroptères se distinguent par leur morphologie des formes archaïques que l’on retrouve sur les autres continents à la même époque (i.e., Onychonycteridae Simmons et al., 2008, Icaronycteridae Jepsen, 1966, Archaeonycteridae Revilliod, 1917, Hassianycteridae Habersetzer & Storch, 1987, Palaeochiropterygidae Revilliod, 1917 et Tanzanycteridae Gunnell et al., 2003). Une approche systématique a permis d’identifier dix nouveaux taxons en plus des deux espèces de Philisidae déjà connues (Ravel et al. 2015). Cette nouvelle faune montre de nombreuses similitudes avec les faunes abondantes plus récentes issues des karsts éocènes du Quercy dans le Sud-Ouest de la France (Maitre 2008 ; Maitre et al. 2014). Il est possible d’attribuer ces espèces à 5 familles modernes de chiroptères (dont 4 actuelles) : un Necromantidae (?Necromantis fragmentum Ravel, n. sp.), deux Hipposideridae Miller, 1907 (?Palaeophyllophora tunisiensis Ravel, n. sp. et Hipposideros (Pseudorhinolophus) africanum Ravel, n. sp.), trois Emballonuridae Gervais in de Castelnau, 1855 (Vespertiliavus kasserinensis Ravel, n. sp., ?Vespertiliavus aenigma Ravel, n. sp., et Pseudovespertiliavus parva Ravel n. gen., n. sp.), un Nycteridae (Khoufechia gunnelli Ravel n. gen., n. sp.) ainsi qu’un Ves­pertilionidae indéterminé. Deux autres taxons, Chambinycteris pusilli Ravel n. gen., n. sp. et Drakonycteris glibzegdouensis Ravel n. gen., n. sp., présentent une morphologie dentaire originale, ce qui ne permet pas de les attribuer de manière formelle à des familles connues.

L’étude est complétée par deux analyses cladistiques qui ont permis de clarifier la position phylogénétiques des taxons les mieux documentés et de proposer des scénarios de dispersion pour certains groupes. Les résultats mettent en évidence un axe majeur de dispersion des chiroptères Hipposi­deridae et Emballonuridae depuis l’Afrique du Nord vers le Sud de l’Europe durant l’Éocène moyen. A l’inverse, les Nycteridae, comprenant Chambinycteris pusilli Ravel n. gen., n. sp., semblent avoir une histoire bien ancrée en Afrique. La présence d’une telle concentration de fossiles et d’une telle diversité dans des dépôts fluvio-lacustres est surprenante pour des formes modernes cavernicoles jusque-là presque exclusivement inféodées aux dépôts karstiques (présence d’anciennes cavités ; Maitre 2014). Cependant une telle agrégation de restes appartenant à des chauves-souris cavernicoles peut s’expliquer par le lessivage d’un réseau ancien de grottes après une montée des eaux.

Anthony Ravel pour le Chiroblog

Article de référence :

Ravel A, Adaci M, Bensalah M, Charruault A-L, Essid EM, Ammar HK, Marzougui W, Mahboubi M, Mebrouk F, Merzeraud G, Vianney-Liaud M, Tabuce R & Marivaux L (2016). Origine et radiation initiale des chauves-souris modernes : nouvelles découvertes dans l’Éocène d’Afrique du Nord. Geodiversitas, 38 (3), 355-434. http://dx.doi.org/10.5252/g2016n3a3

Références bibliographiques :

Adaci M, Tabuce R, Mebrouk F, Bensalah M, Fabre P-H, Hautier L, Jaeger J-J, Lazzari V, Mahboubi M, Marivaux L, Otero O, Peigné S & Tong H (2007). Nouveaux sites à vertébrés paléogènes dans la région des Gour Lazib (Sahara nord-occidental, Algérie). Comptes Rendus Palevol, 6, 535-544. http://dx.doi.org/10.1016/j.crpv.2007.09.001

Coster P, Benammi M, Mahboubi M, Tabuce R, Adaci M, Marivaux L, Bensalah M, Mahboubi S, Mahboubi A, Mebrouk F, Maameri C & Jaeger J-J (2012). Chronology of the Eocene continental deposits of Africa: magnetostratigraphy and biostratigraphy of the El Kohol and Glib Zegdou Formations. Geological Society of America Bulletin, 124, 1590-1606. http://dx.doi.org/10.1130/B30565.1

Maitre E, Sigé B & Escarguel G (2008). A new family of bats in the Paleogene of Europe: Systematics and implications for the origin of emballonurids and rhinolophoids. Neues Jahrbuch für Geologie und Paläontologie, Abhandlungen, 250, 199-216. http://dx.doi.org/10.1127/0077-7749/2008/0250-0199

Maitre E (2014). Western European middle Eocene to early Oligocene Chiroptera: systematics, phylogeny and paleoecology based on new material from the Quercy (France). Swiss journal of Palaeontology, 133, 141-242. http://dx.doi.org/10.1007/s13358-014-0069-3

Mebrouk F, Mahboubi M, Bessedik M & Feist M (1997). L’apport des charophytes à la stratigraphie des formations continentales paléogènes de l’Algérie. Geobios, 30 (2), 171-177. http://dx.doi.org/10.1016/S0016-6995(97)80221-5

Ravel A, Adaci M, Bensalah M, Mahboubi M, Mebrouk F, Essid EM, Marzougui W, Ammar HK, Charruault A-L, Lebrun R, Tabuce R, Vianey-Liaud M & Marivaux L (2015). New philisids (Mammalia, Chiroptera) from the Early- Middle Eocene of Algeria and Tunisia: new insight into the phylogeny, paleobiogeography and paleoecology of the Philisidae. Journal of Systematic Palaeontology, 13 (8), 691-709. http://dx.doi.org/10.1080/14772019.2014.941422

Sigé B. (1985). Les chiroptères Oligocènes du Fayum, Égypte. Geologica et Palaeontologica, 19, 161-189.

 

Les chauves-souris du Burkina-Faso

dimanche, novembre 13th, 2016

Les chauves-souris sont des espèces très peu étudiées au Burkina Faso. Nos connaissances sur ces espèces sont très limitées. Très peu de données sont disponibles sur leur diversité, leur distribution et leur mode de vie. Afin de mieux connaître ces animaux, nous avons pensé qu’il était nécessaire d’étudier d’abord leur diversité et leur répartition géographique. Pour ce faire, des chauves-souris ont été capturées avec des filets japonais et les données ajoutées à celles déjà disponibles pour l’analyse de leur diversité. Des cartes de distribution de chaque espèce ont été élaborées à partir des différentes localités dans lesquelles les espèces ont été capturées ou observées ce qui a permis l’analyse de la répartition géographique de chaque espèce à travers le pays.

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Filet de capture des chauves-souris

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La détermination des chauves-souris capturées peut commencer

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Chauves-souris dans des sachets de capture

Trois mille quatre cent quatre-vingt (3 480) spécimens répartis dans 166 localités et appartenant à 51 espèces (Annexe 1) ont été examinés. Les espèces examinées se répartissent entre 24 genres et 9 familles. Les insectivores ont une plus grande diversité spécifique comparée à celle des frugivores qui comptent une seule famille, celle des Pteropodidae (7 espèces). Chez les Insectivores, on compte 44 espèces réparties dans 8 familles dont celles des Vespertilionidae (17), suivi des Hipposideridae (7), des Molossidae (6), des Nycteridae (5), des Emballonuridae (3), des Rhinolophidae (3), des Rhinopomatidae (2) et des Megadermatidae (1). Epomophorus gambianus, Micropteropus pusillus et Nanonycteris veldkampii sont les trois frugivores les plus couramment rencontrées. Quant aux insectivores, ce sont Scotophilus leucogaster, Hipposideros ruber et Neoromicia guineensis.

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Les 9 familles de chauves-souris rencontrées au Burkina Faso

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Colonie d’Eidolon helvum

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Micropteropus pusillus

La distribution des espèces a montré que les chauves-souris sont présentes dans toutes les zones de végétation au Burkina Faso. Les Pteropodidae, les Hipposideridae, les Emballonuridae, les Nycteridae et les Molossidae sont les familles qui ont été localisées dans toutes les zones de végétation au Burkina Faso. Les Rhinolophidae sont absentes de la zone Nord-sahélienne mais sont présentes dans les autres zones de végétation. Les Vespertilionidae sont absentes dans la zone Sud-sahélienne mais sont présentes dans les autres zones de végétation. La famille des Rhinopomatidae, quant à elle, est présente aux extrémités Nord et Sud tandis que la famille des Megadermatidae n’est connue que de la partie Sud du pays.

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Carte de distribution

La richesse spécifique montre une différence entre la zone sahélienne et la zone soudanienne. Elle augmente globalement du Nord vers le Sud avec une richesse maximale dans l’extrême Sud-ouest. 18 espèces sont répertoriées dans la zone sahélienne tandis que 49 sont présentes dans la zone soudanienne. Elle montre également que la zone Sud-soudanienne se distingue des autres zones climatiques. 47 espèces y sont présentes tandis que 27 sont présentes dans la zone Nord-soudanienne. La zone Nord-sahélienne compte 15 espèces. La plus faible richesse spécifique a été répertoriée dans la zone Sud-sahélienne qui compte 9 espèces.

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Carte de richesse spécifique

Malika Kangoye (texte et photos)

Remerciements
Ce travail est dédié à la mémoire du professeur Elisabeth K.V. Kalko. Nous tenons à remercier le projet BIOTA West (Biodiversity Monitoring Transect Analysis) qui a financé cette étude. Nous remercions également le Ministère de l’Environnement ainsi que les chauffeurs et les techniciens qui nous ont accompagnés sur le terrain et aidés à la capture des chauves-souris. Nous remercions Jakob Fahr pour la confirmation de l’identification des espèces et Laurent Granjon pour les données qu’il nous a fournies. Ce travail a été réalisé à l’Université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo au Burkina Faso avec le soutien du Centre National de l’Information de l’Orientation Scolaire, Professionnelle et des Bourses (CIOSPB). Je tiens à les remercier de m’avoir encadrée et de m’avoir soutenue financièrement.

Annexe 1
Liste des 51 espèces de chauves-souris recensées au Burkina-Faso

Emballonuridae
Coleura afra (Peters, 1852)
Taphozous nudiventris (Cretzschmar, 1830)
Taphozous perforatus (E. Geoffroy St.-Hilaire, 1818)

Hipposideridae
Asellia tridens (E. Geoffroy St.-Hilaire, 1813)
Hipposideros abae
(J.A. Allen, 1917)
Hipposideros caffer (Sundevall, 1846)
Hipposideros cyclops (Temminck, 1853)
Hipposideros jonesi (Hayman, 1947)
Hipposideros ruber (Noack, 1893)
Hipposideros vittatus (Peters, 1852)

Megadermatidae
Lavia frons (E. Geoffroy St.-Hilaire, 1810)

Molossidae
Chaerephon major (Trouessart, 1897)
Chaerephon nigeriae (Thomas, 1913)
Chaerephon pumilus (Cretzschmar, 1826)
Mops condylurus (A. Smith, 1833)
Mops demonstrator (Thomas, 1903)
Mops midas (Sundevall, 1843)

Nycteridae
Nycteris gambiensis (K. Andersen, 1912)
Nycteris grandis (Peters, 1865)
Nycteris hispida (Schreber, 1774)
Nycteris macrotis (Dobson, 1876)
Nycteris thebaica (E. Geoffroy St.-Hilaire, 1818)

Pteropodidae
Eidolon helvum (Kerr, 1792)
Epomophorus gambianus (Ogilby, 1835)
Hypsignathus monstrosus H. Allen, 1862
Lissonycteris angolensis (Bocage, 1898)
Micropteropus pusillus (Peters, 1868)
Nanonycteris veldkampii (Jentink, 1888)
Rousettus aegyptiacus (E. Geoffroy St.-Hilaire, 1810)

Rhinolophidae
Rhinolophus alcyone
(Temminck, 1853)
Rhinolophus fumigatus (Rüppell, 1842)
Rhinolophus landeri (Martin, 1838)

Rhinopomatidae
Rhinopoma cystops (Thomas, 1903)
Rhinopoma microphyllum (Brünnich, 1782)

Verspertilionidae
Glauconycteris variegata (Tomes, 1861)
Myotis bocagii (Peters, 1870)
Neoromicia capensis (A. Smith, 1829)
Neoromicia guineensis (Bocage, 1889)
Neoromicia nana (Peters, 1852)
Neoromicia rendalli (Thomas, 1889)
Neoromicia somalica (Thomas, 1901)
Nycticeinops schlieffenii (Peters, 1859)
Pipistrellus deserti (Thomas, 1902)
Pipistrellus inexspectatus (Aellen, 1959)
Pipistrellus nanulus (Thomas, 1904)
Pipistrellus rusticus (Tomes, 1861)
Scotoecus albofuscus (Thomas, 1890)
Scotoecus hirundo (de Winton, 1899)
Scotophilus dinganii (A. Smith, 1833)
Scotophilus leucogaster (Cretzschmar, 1826)
Scotophilus viridis (Peters, 1852)

Une nouvelle population de Grandes Noctules en Aveyron

vendredi, juillet 22nd, 2016

Le feuilleton des Grandes Noctules se poursuit, avec la découverte le mois dernier d’une nouvelle colonie de Grandes noctules dans la vallée du Lot, dans le Nord Aveyron, au pied de l’Aubrac.

La colonie a été découverte sans captures mais grâce à une méthode éprouvée, dite « méthode EXEN » de poursuite acoustique et visuelle de début et surtout de fin de nuit. Cette méthode non invasive avait été développée en 2012 pour la découverte de nos premiers gites de mise-bas de la Grande noctule en Auvergne (Beucher & Bernard, 2016). J’avais eu quelques contacts acoustiques de début de nuit (22h05) le 19 juin dernier au cours d’un comptage de colonie de Grand murins. Nous nous sommes ainsi relayés pendant environ 15 jours au sein de l’équipe EXEN et de Chauves-Souris Aveyron en fonction de la disponibilité des uns et des autres, avant d’aller au travail. Finalement, nous avons localisé un premier arbre-gite mercredi 06 juillet vers 6h15, à plus de 4.5 km du contact acoustique du 19 juin. Il s’agit d’une chênaie claire située sur des coteaux pentus du sud de la vallée du Lot.

La cavité, située dans un chêne à à peine 5m de hauteur, inspectée en journée et filmée en sortie de gite était occupée par 17 individus. Aucun jeune de l’année n’a pu être identifié (ni accroché à la mère ni volant). Evidemment, sans capture, nous ne pouvons présager du sexe des individus, et les images filmées avec le Sony α7S et ralenties en sortie de gite ne permettent pas de s’en rendre compte (uniquement des vues de dos des bêtes). Mais simplement la longueur des poils et les rendus en infrarouges permettent de penser qu’il s’agit bien d’adultes. L’expérience de 5 années de suivi de la population auvergnate où mâles et femelles cohabitent, nous invite à rester prudents et éviter toute supposition sur la base de la taille du groupe.

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Il est aussi évidemment trop tôt pour estimer la taille de la population locale, mais nous avons pu assister à un balai impressionnant de plusieurs dizaines de grandes noctules, évoluant avec martinets, hirondelles et faucon hobereau, et exploitant des nuées d’insectes au crépuscule ou au petit jour, en pleine ville, au-dessus du Lot. Cette nouvelle population est clairement distincte de celles connues jusqu’alors, mais étrangement située à mi-distance entre celle des femelles suivies par Marie-Jo Dubourg-Savage et l’équipe du Groupe Chiroptères Midi-Pyrénées sur le plateau du Lévezou (à plus de 22 km au sud) et à 22 km de celle des mâles et femelles non reproductrices qui avait été localisée par l’Alepe en 2007 (Sané, Vespère 2008) dans l’ouest Lozèrien. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur les éventuels liens entre ces populations. Par ailleurs, la grande noctule a été contactée acoustiquement sur de multiples sites dans le Nord Aveyron (Cf. article sur le Chiroblog ‘La Grande Noctule en Aveyron‘), ce qui laisse penser que d’autres découvertes de colonies sont à venir. Cette nouvelle donnée ouvre un nouveau champ d’investigations pour avancer dans la connaissance de l’espèce localement bien sûr, mais aussi en parallèle des autres populations suivies dans le Massif Central et au-delà. Ça promet de belles campagnes de suivis à venir, de façon fine et sur le long terme, avec une aventure qui recommence.Un grand merci à ceux qui ont contribués, en équipe, à cette découverte : Frédéric Albespy, Frédéric Berougeon, Marie Beucher, Nicolas Cayssiols, Jeremy Dechartre, Chloé Guiraud, Aurélie Langlois, Mathieu Louis, Justine Mougnot, Laurie Nazon, Pierre Petitjean, Arnaud Rhodde et Chloé Tanton.

Yannick Beucher pour le bureau d’études EXEN et le groupe Chauves-souris Aveyron

Références bibliographiques

Beucher & Bernard (2016). La Grande noctule (Nyctalus lasiopterus) dans le Puy de Dôme : découverte d’une colonie de mise-bas et suivi d’activité par une méthode sans capture. Symbioses, 34, 9-13.

Sané (2008). La Grande Noctule Nyctalus lasiopterus (Schreber, 1780) en Lozère: Résultats d’une semaine de suivi radio-télémétrique. Le Vespère, 1, 21-35 [Télécharger l’article].

Caractérisation de l’activité des chiroptères sous un parc éolien en activité et au sein d’un site naturel sous l’emprise d’une activité minière en Nouvelle-Calédonie

lundi, avril 18th, 2016

La Nouvelle-Calédonie est un petit archipel d’une superficie de 18 575,5 km2dans le Pacifique, qui abrite 9 espèces de Chiroptères, incluant 4 espèces de renards volants (famille des Pteropodidae). L’enjeu de conservation de ces espèces est d’autant plus important qu’elles constituent la seule faune mammalienne terrestre indigène du pays.

Depuis le milieu des années 1980, le secteur minier et notamment la production de nickel est très important pour l’économie néo-calédonienne (Institut de la Statistique et des Etudes Economiques (ISEE), 2014). Il a transformé les paysages et les conditions de vie des habitants. Ce secteur industriel nécessite des apports énergétiques toujours plus importants et devrait continuer à participer au développement des énergies renouvelables dont l’éolien (IRD, 2012). Les réserves estimées de nickel assurent la possibilité d’extraction sur plusieurs décennies en fonction du rythme de prélèvement et des techniques employées. Le cycle d’activité des industries minières est quasiment ininterrompu.

Jusqu’à présent, aucune étude n’avait été menée sur les impacts de telles activités anthropiques sur les chiroptères. C’est pourquoi ce stage comprend trois axes majeurs de travail:

– Le premier volet tente de déterminer l’éventuel impact des éoliennes sur l’activité des chiroptères (hors renards volants) présents sur un parc éolien.

– Le second volet a pour but de décrire l’utilisation des 3 habitats dominants (Forêt, lisière et maquis) par les chiroptères et de participer à l’élaboration de recommandations sur la gestion des milieux. La zone d’étude est située dans une zone naturelle en instance de destruction pour une extension minière.

– Enfin, le dernier volet correspond à la rédaction de recommandations pour les méthodes de suivis et de prise en compte des chiroptères dans le cadre de projets de développement éolien et/ou minier. Ces recommandations portent sur les possibilités d’atténuation d’impacts ou de compensation pour la conservation de ces espèces. Et cela tant au niveau des études d’avant-projet que post-projet.

Un inventaire acoustique a été effectué du 11 au 13 et du 18 au 22 mai 2015 ainsi que du 1er au 5 et du 15 au 19 juin 2015. Ces dates correspondent hypothétiquement à la période de trêve hivernale (moindre activité des chiroptères de l’archipel), (Thouzeau et Brescia, 2014a ; Millon, com. pers.). Ainsi, il ne s’agit pas de la période idéale pour mener ce genre d’études. Néanmoins, il s’agit des contraintes allouées à la réalisation de ce stage et cela a été pris en compte dans le traitement des résultats. Comme l’activité des chiroptères peut dépendre de la structure du paysage (Millon et al, 2015) et des conditions climatiques (Kerbiriou et al., 2006), les différentes modalités sont échantillonnées les mêmes nuits, de manière à minimiser les biais. Sur le parc éolien, des réplicas de points d’écoutes ont ainsi été réalisés sous 8 éoliennes au total. Chaque éolienne échantillonnée est couplée à une zone témoin environnante afin de pouvoir constater l’éventuel impact des éoliennes sur l’activité des chiroptères. De même, sur le site minier, 5 réplicas ont été réalisés sur les 3 habitats principaux de la zone de l’espace minier : la forêt, la lisière et le maquis. Cette méthodologie est employée dans le but de décrire l’utilisation des habitats par les chiroptères.

Au total, 159 heures d’enregistrements ont été analysés, soit :
– 31 échantillons des 3 premières heures et 30 minutes après le coucher du soleil,
– 5 échantillons de 15 heures (durée d’une nuit entière d’enregistrement).

Des contacts de 2 groupes d’espèces (celles des genres Chalinolobus et Miniopterus) ont été identifiés sur les 2 sites d’études. Chalinolobus neocaledonicus, est majoritairement présent sur le parc et le groupe actuellement indifférenciable Miniopterus australis/ M. macrocneme est majoritairement présent sur le site minier, et cela sur l’ensemble des différentes modalités échantillonnées.

Chalinolobus_neocaledonicus-crop

Chalinolobus neocaledonicus

Résultats de l’activité des chiroptères sur les 2 sites, toutes modalités confondues :

Parc éolien : 52 contacts/3h30 en moyenne
(42 contacts/3h30 de C. neocaledonicus et 10 contacts/3h30 de M.australis/ M.macrocneme).

Site minier : 119 contacts/3h30 en moyenne
(132 contacts/3h30 de C. neocaledonicus et 13 contacts/3h30 de M.australis/macrocneme).

Sonogrammes des espèces étudiées : (A) Chalinolobus neocaledonicus en milieu ouvert et (B) Miniopterus australis/macrocneme en lisière (fenêtre de 50 ms).

1

2
Ce travail a permis de mettre en évidence l’activité notable dans le contexte néo-calédonien des chiroptères sur un site éolien et minier malgré la période inadéquate. La seule étude locale existante avait relevé une activité de 30 contacts/heure en milieu forestier et en période automnale, soit durant la période de gestation des espèces (Thouzeau & Brescia, 2014a). Il est alors possible d’imaginer que ces sites anthropiques sont largement fréquentés par les chauves-souris en période d’activité maximale et pourraient donc engendrer des impacts importants.

Cette étude est à la base de futures recommandations pour la conception de tels projets à l’échelle de l’archipel. Il s’agit d’une amorce justifiant de l’intérêt de mesures de conservation sur ces milieux anthropisés ainsi que de la sauvegarde des milieux favorables. Des recommandations générales et des méthodes d’évaluations d’impact ont été présentées afin de tenir compte de leurs effets sur les chauves-souris. Cependant, ces recommandations restent incomplètes et doivent être développées. Il est nécessaire de continuer à enquêter et réaliser de nouveaux suivis pendant la période de pleine activité. Grâce au cumul des enregistrements de chiroptères, il sera également possible de construire des modèles des caractéristiques des signaux, et enfin d’établir des logiciels d’analyse automatique applicables pour les espèces locales. Mais avant cela il est important de continuer à décrire et relever des mesures des signaux traités afin d’alimenter les connaissances existantes et, dans l’idéal, décrire des données bio-acoustiques pour l’ensemble des espèces du pays. Quelques enregistrements laissent à penser qu’il existe 2 typologies de signaux des Minioptères de la Grande Terre (actuellement indifférenciables). L’une avec une Fréquence terminale de 50,7 à 54,6 kHz et l’autre de 43,5 à 45 kHz. Ce stage aura permis, entre autre, l’identification de cris sociaux de Chalinolobus neocaledonicus jusqu’alors non recensés. Mais également la découverte d’une ensifère (sous-ordre des Ensifera: les sauterelles, grillons et courtilières) pouvant émettre jusqu’à 40 kHz, qui auparavant était confondue avec les émissions de Chalibolobus neocaedonicus. De plus, les résultats de contacts de Chalinolobus neocaledonicus ne sont pas en adéquation avec la biologie arboricole décrite de l’espèce (Kirsch et al., 2002 ; Thouzeau & Brescia 2014b). Dans notre étude cette espèce a surtout été enregistrée dans des milieux ouverts ou de lisière, et nous laisse ainsi penser qu’il reste des notions de sa biologie à découvrir.

Célia Colin

Références bibliographiques
Kirsch R.A., Tupinier Y., Beuneux G. & A. Rainho (2002). Contributions à l’inventaire chiroptèrologique de la Nouvelle-Calédonie. SFEPM. 129p.

Kerbiriou C., Julien J.-F., Ancrenaz K., Gadot A.S., Loïs G., Jiguet F. & R. Julliard (2006). Suivi des espèces communes après les oiseaux … les chauves-souris ? XI Rencontres « Chauves-souris » Muséum de Bourges 18-19 Mars, Bourges, France.

IRD (2012). « Atlas de la Nouvelle-Calédonie ». IRD Orstom. 269p.

Millon L., Julien J.-F., Julliard R. & C. Kerbiriou (2015). Bat activity in intensively farmed landscapes with wind turbines and offset measures. Ecological Engeneering, 75, 250-257.

Thouzeau A. & F. Brescia (2014a). Etude exploratoire des microchiroptères de Nouvelle-Calédonie. IAC. 31p.

Thouzeau A. & F. Brescia (2014b). Les microchiroptères de la Nouvelle-Calédonie. Non publié, 29p.

Webographie :

Site Internet de Institut de la Statistique et des Etudes Economiques de la Nouvelle-Calédonie (ISEE) (consulté le 28/03/2015)

Sélection d’articles récents

jeudi, mars 17th, 2016

Nous vous avons compilé une petite sélection d’articles scientifiques publiés ces derniers mois:

1- Un article qui met en évidence une expansion de l’aire de distribution du Vespère de Savi (Hypsugo savii) en Europe centrale et du Sud-Est. En 20-25 ans, l’espèce se serait déplacée de 800 kilomètres, en colonisant préférentiellement des habitats urbains [lien vers le résumé].

2- Une étude qui met en évidence les cris sociaux du Minioptère de Schreibers (Miniopterus schreibersii). Ce type de cri, émis aussi bien au gîte que sur les territoires de chasse, présente la structure typique d’un « feeding buzz » [lien vers le résumé].

3- Une publication qui permet de mieux comprendre la manoeuvrabilité des chauves-souris en vol [lien vers le résumé].

4-5- Deux articles sur la propagation de la maladie du museau blanc en Amérique, discutant d’un possible ralentissement de la maladie sur la base de la structure génétique des populations [lien vers le résumé n°1 et le résumé n°2].

6- Une publication qui montre que les chauves-souris en hibernation réagissent peu au bruit de la circulation. Par ailleurs, les animaux répondent plus fortement aux sons émis en fin de journée [lien vers le résumé].

7- Un article sur l’attraction acoustique de chauves-souris (Kerivoula hardwickii) par des structures réflectives de plantes carnivores (Nepenthes hemsleyana). Cette relation est dite mutualiste car la chauve-souris bénéfie d’un gîte tandis que la plante carnivore bénéficie des nutriments contenus dans le guano de la chauve-souris [lien vers le résumé].

8- Une étude qui propose une phylogénie bien résolue de deux familles de chauves-souris – les Rhinolophidae et les Hipposideridae et identifie une nouvelle famille de chauves-souris, les Rhinonycteridae. Ces trois familles auraient divergé en Afrique il y a environ 42 millions d’années [lien vers le résumé].

9- Une étude qui propose une phylogénie bien résolue des Rhinolophidae, dont nos 5 espèces Européennes. Cette étude revèle également la presence de nombreuses espèces cryptiques en Afrique et de cas d’introgression, notament entre R. ferrumequinum et R. clivosus [lien vers le résumé].

10- Une publication sur le régime alimentaire du Rhinolophe euryale, qui identifie notamment la consommation de proies qui proviennent de l’extérieur des terrains de chasse de l’espèce [lien vers le résumé].


Références bibliographiques

1 Uhrin, M. et al. (2015). Status of Savi’s pipistrelle Hypsugo savii (Chiroptera) and range expansion in Central and south-eastern Europe: a review. Mammal Rev, 46, 1-16.
2 Russo, D. & Papadatou, E. (2014). Acoustic identification of free-flying Schreiber’s bat Miniopterus schreibersii by social calls. Hystrix, 25, 119-120.
3 Bergou, A.J. et al. (2015). Falling with style: bats perform complex aerial rotations by adjusting wing inertia . PLoS Biol, 13, e1002297 .
4 Petit, E.J. & Puechmaille, S.J. (2015). Will reduced host connectivity curb the spread of a devastating epidemic? Mol. Ecol., 24, 5491-5494.
5 Wilder, A.P., Kunz, T.H., & Sorenson, M.D. (2015). Population genetic structure of a common host predicts the spread of white-nose syndrome, an emerging infectious disease in bats. Mol. Ecol., 24, 5495–5506.
6 Luo, J. et al. (2014). Are torpid bats immune to anthropogenic noise? J Exp Biol, 217, 1072-1078.
7 Schöner, M.G. et al. (2015). Bats are acoustically attracted to mutualistic carnivorous plants. Curr. Biol., 25, 1-6.
8 Foley, N.M. et al. (2015). How and why overcome the impediments to resolution: lessons from rhinolophid and hipposiderid bats. Mol. Biol. Evol., 32, 313-333.
9 Dool, SE. et al. (2016). Nuclear introns outperform mitochondrial DNA in intra-specific phylogenetic reconstruction: lessons from horseshoe bats (Rhinolophidae: Chiroptera). Mol. Phylogenet. Evol., 97, 196-212 .
10 Arrizabalaga-Escudero, A. et al. (2015). Trophic requirements beyond foraging habitats: The importance of prey source habitats in bat conservation. Biol. Conserv., 191, 512-519 .

Migration de la Pipistrelle de Nathusius

jeudi, février 18th, 2016

Cette année, BatLife Europe a annoncé pour la première fois « la chauve-souris de l’année » (“Bat of the year” en anglais). La pipipistrelle de Nathusius est à l’honneur pour 2015. Dans ce contexte, l’association fédérale pour le travail sur les chauves-souris en Allemagne (Bundesverband für Fledermauskunde Deutschland e.V.) veut vous informer des projets de recherche en cours sur le comportement migratoire de la Pipistrelle de Nathusius et autres espèces migratrices en Europe.

Actuellement, trois projets de baguage de Pipistrellus nathusii sont en cours, ils englobent aussi la Pipistrelle pygmée Pipistrellus pygmaeus, la Noctule commune Nyctalus noctula et la Noctule de Leisler Nyctalus leisleri:

  • La collaboration entre l’institut Leibniz de Berlin (Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Research) et l’Université d’Agriculture de Lettonie (Latvia University of Agriculture) explorent l’origine régionale et les aires d’hivernage des chauves-souris migrant le long de la côte de la mer Baltique en Lettonie. En août et Septembre 2014 et 2015, près de 4000 chauves-souris ont été capturées et baguées (constituées environ de 90 % de Pipistrelles de Nathusius) et pour certaines recapturées (voir Figure 1).
  • Débutant cette année, le groupe de travail sur les chauves-souris de Saxe-Anhalt (Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V.), l’agence fédérale de conservation des chauves-souris de Saxe-Anhalt (Landesreferenzstelle Fledermausschutz Sachsen-Anhalt), le centre de baguage de chauves-souris de Dresde et le centre de baguage des chauves-souris de Bonn (Beringunszentrale Bonn) ont mis en place un projet pilote appelé « Suivi allemand de la migration des chauves-souris ». Dans le cadre de projet de sciences citoyennes à l’échelle nationale, près de 3000 Pipistrelles de Nathusius ainsi que d’autres espèces ont été baguées.
  • Partie intégrante du programme national de suivi des chauves-souris („National Bat Monitoring Programme“ au Royaume-Uni), une enquête à large échelle sur la Pipistrelle de Nathusius a été menée entre 2009 et 2014. Par conséquent, les données de répartition de l’espèce sont mises à jour de manière significative et 300 individus ont été marqués. Une de ces chauves-souris a été retrouvée plus tard aux Pays-Bas. Avec la recapture de Lettonie, la connection des populations entre les îles brittaniques et l’Europe continentale vient d’être prouvée pour la première fois.

Pour le moment, un grand nombre de recaptures a été réalisé durant les nombreuses captures au filet et les contrôles de nichoirs à chauves-souris. Ces observations proviennent surtout d’allemagne mais également de Lituanie, Lettonie et d’autres pays voisins. Nous voudrions vous signaler une arrivée importante de pipistrelles de Nathusius baguée dans les sites d’hibernation.

Nous espérons que ces résultats vous encourage à intensifier votre contrôle des sites d’hibernation. La probabilité d’observer des chauves-souris marquées a augmenté considérablement cette année, constituant ainsi une excellente opportunité pour avoir une meilleure compréhension du comportement migratoire des chauves-souris.

Latvia_recaptures2015_YannGagerVersionFig. 1: Sélection de recaptures réalisées dans le cadre des trois projets. Les flèches oranges correspont à la migration automnale et les flèches bleues à la migration printannière.

Gravures sur les bagues à chauves-souris (# = Nombre) et contacts des projets:

Projet en Lettonie

– “Latvia Riga SA ####”, “Latvia Riga SB ####”, “Latvia Riga SC ####”

– Dr. Christian C Voigt, Institute for Zoo and Wildlife Research, Allemagne, E-mail: voigt@izw-berlin.de

– Gunārs Pētersons, Latvia University of Agriculture, Lettonie, E-mail: gunars.petersons@llu.lv

Projet en Allemagne

– “FMZ Dresden O ######“, ”FMZ Dresden V #####”,

– “Mus.Bonn E ######“, “Mus.Bonn H ######“, “Mus.Bonn M #####“, “Mus.Bonn X ######“

– Bernd Ohlendorf, Landesreferenzstelle für Fledermausschutz Sachsen-Anhalt, Email: info@fledermauszug-deutschland.de

– Kathleen Kuhring, Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V.

– Dr. Ullrich Zöphel, Bat Marking Centre Dresden

– Dr. Jan Denner, Markierungszentrale am Forschungsmuseum Alexander König (Bonn)

Projet au Royaume-Uni:

– “Lond Zoo A ####“

– Daniel Hargreaves and Katherine Boughey, National Bat Monitoring Programme, E-mail: daniel@batdan.co.uk

Marcus Fritze pour l’équipe du groupe de travail sur les chauves-souris de Saxe-Anhalt et les personnes impliquées dans les projets.

Sélection d’articles, hiver/printemps 2015

lundi, juin 22nd, 2015

Nous vous avons compilé une petite sélection d’articles scientifiques publiés ces derniers mois:

– Un article sur les méthodes d’échantillonnage et de préservation de l’ADN pour des analyses moléculaires. La biopsie alaire (« wing punch »), préservée dans du silica gel, est la méthode qui donne la quantité d’ADN la plus importante et qui est donc recommandée [Télécharger le PDF].

– Une étude sur un méchanisme inconnu d’orientation dans l’obscurité. La majorité des Pteropodidae (renards volants) sont dépourvus de l’écholocation classique, basée sur la génération de « pulses » à l’aide du larynx ou de la langue. Une équipe de scientifiques vient de mettre en évidence chez deux espèces de Pteropodidae l’utilisation de « clics » à l’aide des ailes pour détecter et discriminer des objets dans le noir complet [lien vers le résumé].

– Une étude sur l’influence d’une nouvelle génération d’éclairage artificiel sur l’activité des chauves-souris. La nouvelle génération de lampes « white metal halide » s’avère très attractive pour les chauves-souris mais avec des conséquences au niveau des écosystèmes qui restent à déterminer [lien vers le résumé].

– Un article sur la mortalité des chiroptères tropicaux dans une ferme d’éoliennes du Brésil. 336 carcasses de 9 espèces différentes furent retrouvées, avec une majorité de Tadarida brasiliensis (245), une espèce migratrice volant à haute altitude [lien vers le résumé].

Références bibliographiques
Barros M.A.S., de Magalhães R.G. & A.M. Rui (2015). Species composition and mortality of bats at the Osório Wind Farm, southern Brazil. Studies on Neotropical Fauna and Environment, 50, 31–39.

Boonman A., Bumrungsri S. & Y. Yovel (2014). Nonecholocating Fruit bats produce biosonar clicks with their wings. Current Biology, 24, 2962–2967.

Corthals A., Martin A., Warsi O.M., Woller-Skar M., Lancaster W., Russell A. & L.M. Dávalos (2015). From the field to the lab: best practices for field preservation of bat specimens for molecular analyses. PLoS One, 10:e0118994.

Stone E.L., Wakefield A., Harris S. & G. Jones (2015). The impacts of new street light technologies: experimentally testing the effects on bats of changing from low-pressure sodium to white metal halide. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 370.

Le champignon Geomyces destructans introduit d’Europe en Amérique du Nord

dimanche, juin 14th, 2015

Nous avons parlé à maintes reprises sur ce blog de la maladie du nez blanc qui affecte les chauves-souris Nord-Américaine. Voici un nouvel épisode. Cette maladie est due au champignon Geomyces destructans qui infecte les chauves-souris durant la période hivernale, causant des mortalités massives affectant l’abondance et la distribution des espèces de chauves-souris. Suite a la découverte du champignon en Europe en 2009 et à l’absence de mortalité massive dans les gîtes d’hibernation, les scientifiques pensaient que le champignon avait été introduit d’Europe mais n’en avaient pas la preuve. En mars 2015, nous avons publié un étude dans la revue Current Biology qui montre sans ambigüité que la population Européenne du champignon est génétiquement bien plus diverse que la population Nord Américaine, démontrant ainsi que le champignon est présent en Europe depuis bien plus longtemps qu’il ne l’a été en Amérique du Nord. En plus de cela, le champignon présent en Amérique du Nord est génétiquement très proche (identique pour les 8 gènes séquencés) de certains isolats collectés en Europe de l’ouest (particulièrement en Allemagne et au Luxembourg). Cette étude génétique apporte ainsi un argument de poids en faveur d’une origine européenne du champignon récemment introduit en Amérique du Nord.

PuechmailleFig1-01-01 Distribution spatiale et relations phylogénétiques des isolats de Geomyces destructans. (A) La carte montre la répartition géographique des isolats analysés avec la couleur représentant les différent haplotypes (séquences) trouvés dans le jeu de données. (B) Les relations entre les haplotypes sont illustrées dans l’arbre phylogénétique. L’haplotype en rouge (Hap_1) est partagé entre la population Européenne et la population Nord Américaine du champignon (Figure issue de Leopardi et al. 2015).

La localisation exacte de la population d’origine en Europe n’a pas encore été identifiée mais des études à ces fins sont en cours dans notre laboratoire. Ces études en cours visent en premier lieu à identifier la population d’origine en Europe afin de comprendre comment le champignon a pu être transporté d’Europe aux Etats-Unis, ceci étant crucial si nous voulons mettre en place des mesures préventives afin qu’une telle introduction (de ce champignon ou d’autres agents biologiques) ne se reproduise. Nous analysons également la structure génétique des populations du champignon en Europe afin de mieux comprendre si le champignon se « déplace » et si oui, comment (par quel moyens: les chauves-souris, les humains [chiroptérologues, spéléologues, etc.] ?). Afin de répondre au mieux a ces questions, nous avons besoin plus que jamais d’échantillons du champignon donc si vous observez des chauves-souris au nez blanc, n’hésitez pas à nous contacter afin de voir comment effectuer ces prélèvements au mieux (un grand merci a tous ceux qui ont déjà contribué).

Sébastien (au nom de tous les coauteurs).

Référence bibliographique

Leopardi, S., Blake, D. & S.J. Puechmaille, , 2015. White-Nose Syndrome fungus introduced from Europe to North America. Current Biology 25, R217-219. [Télécharger le PDF].