Archive for the ‘Acides nucléiques’ Category

La pipistrelle de Kuhl n’est pas schizo !

samedi, décembre 26th, 2015

L’analyse génétique est un formidable outil pour identifier les espèces et révéler à nos yeux des diversités insoupçonnées, en particulier chez les groupes très divers à la morphologie peu évidente. C’est notamment le cas des chauves-souris. Si les perspectives offertes par l’étude de l’ADN peuvent nous rendre enthousiastes, il faut cependant savoir rester prudent au moment de tirer des conclusions. Dans une étude publiée début août dans la revue PLoS ONE (Andriollo et al. 2015), nous résolvons un problème soulevé depuis le début des années 2000 et qui laissait planer le doute quant à l’existence d’une diversité cachée chez la Pipistrelle de Kuhl.

Deux lignées mitochondriales profondément divergentes. Euh… vous pouvez-répéter ?

Le génome mitochondrial est une partie de l’ADN qui est contenu hors du noyau des cellules, et il est transmis uniquement par les femelles. Autrement dit, ce serait comme un nom de famille que l’on hériterait de sa mère. En 2003, un groupe de chercheurs espagnols étudiant l’ADN de pipistrelles a montré qu’il existe deux lignées mitochondriales complètement différentes chez Pipistrellus kuhlii (Pestano et al. 2003). Si différentes que c’est typiquement le genre de divergences que l’on observe entre deux espèces distinctes… Y aurait-t-il deux espèces en une ? Gare aux conclusions hâtives ! Pour savoir si les Martin et les Dupont se reproduisent entre eux, inutile de chercher si des Marpont ou des Dutin existent… il faut se glisser dans leurs affaires intimes !

Les chauves-souris n’ont pas Facebook… comment savoir qui couche avec qui ?

Pour apporter une réponse à cette question, nous avons donc analysé un autre type d’ADN, celui du noyau des cellules, et qui est hérité en parts égales de chacun des deux parents. Son étude est plus fastidieuse, mais elle est nécessaire pour répondre à la question biologique qui nous intéresse : les individus possédant des types d’ADN mitochondrial différents se reproduisent-ils entre eux (appartenant ainsi à une seule et même espèce), ou non (il s’agirait alors de deux espèces que l’on n’avait jamais su distinguer auparavant) ? L’ADN du noyau nous a permis d’élucider ce mystère : il y a davantage de différences entre les individus d’Europe et d’Afrique du Nord d’une même lignée mitochondriale (partageant le même « nom de famille ») qu’entre les individus d’Europe de lignées mitochondriales différentes (de « noms de familles » différents) ! Les individus européens se reproduisent donc entre eux, même s’ils portent des génomes mitochondriaux très différents. Si elle est inhabituelle, comment expliquer l’existence d’une telle diversité mitochondriale ?

(si la vidéo ne se lance pas correctement dans firefox, suivez le correctif décrit ici.)

Pas de nouvelle espèce ? C’est nul !

En effet, on montre qu’il n’y a qu’une seule espèce regroupant simplement des lignées très anciennes, mais le plus dur était de prouver que les individus qui les portaient se mélangeaient ! Par ailleurs, on ne revivra pas l’exemple de la Pipistrelle pygmée, longtemps confondue avec la Pipistrelle commune : aujourd’hui elle est bel et bien reconnue comme espèce distincte, mais du coup, cela a remis en doute toutes les études antérieures qui ne faisaient pas la différence entre ces deux espèces ! Enfin, cela nous apprend la prudence avant de crier à l’existence d’espèces cachées sur la seule base de marqueurs génétiques hérités d’un seul parent. Ces résultats « négatifs » ne vont donc pas compliquer le travail des protecteurs, puisque la classification des Pipistrellus kuhlii ouest européennes se rapporte bien à une seule espèce. C’est donc une bonne nouvelle, non ?

Tommy Andriollo, avec l’aimable relecture de Lucie Cauwet et Manuel Ruedi.

Références bibliographiques

Andriollo T., Naciri Y. & M. Ruedi (2015). Two mitochondrial barcodes for one biological species: the case of European Kuhl’s pipistrelles (Chiroptera). PLoS ONE, 10: e0134881. doi: 10.1371/journal.pone.0134881.

Pestano J., Brown R.P., Suarez N.M. & S. Fajardo (2003). Phylogeography of pipistrelle-like bats within the Canary Islands, based on mtDNA sequences. Molecular Phylogenetics and Evolution, 26: 56-63. doi:10.1016/S1055-7903(02)00307-X.

Description d’une nouvelle espèce de Minioptère dans l’ouest Paléarctique

lundi, mai 5th, 2014

La dernière décennie a vu bon nombre de nouvelles espèces de Chiroptères décrites, y compris dans l’ouest du Paléarctique. Parmi ces espèces nouvellement décrites, une large majorité constitue ce que l’on appelle des espèces cryptiques, c’est-a-dire des espèces qui sont morphologiquement très proches d’une ou plusieurs autres espèces. Ces fortes similarités morphologiques sont les raisons pour lesquelles ces espèces ont échappées (au sens figuré du terme) aux taxonomistes traditionnels utilisant très souvent uniquement des caractères morphologiques pour identifier et différencier les espèces.

Dans l’étude tout juste publiée dans la Revue internationale Zootaxa, nous avons utilisé une approche intégrative combinant des analyses cranio-dentaires, des marqueurs moléculaires mitochondriaux et nucléaires ainsi que des données acoustiques pour démontrer la présence dans le genre Miniopterus d’une espèce cryptique en provenance du Maghreb. Cette espèce était auparavant reconnue en tant que Miniopterus schreibersii (Kuhl, 1817). Miniopterus maghrebensis sp. nov. est différencié de M. schreibersii sensu stricto sur la base de caractères crâniaux ainsi que des marqueurs moléculaires mitochondriaux et des microsatellites. Bien que de petites différences morphologiques externes et acoustiques aient été notées entre les deux espèces, ces critères à eux seuls ne permettent pas d’identifier de manière fiable les animaux sur le terrain. Sur la base d’identifications morphologiques et/ou génétiques de spécimens, M. maghrebensis sp. nov. s’étends du nord du Maroc jusqu’au sud des montagnes du Haut Atlas et au nord de la Tunisie. Cette nouvelle espèce cryptique est trouvée en sympatrie avec M. schreibersii s.str. près des régions côtières d’Afrique du Nord.

Le PDF de l’article entier avec entre autres des photos d’individus de la nouvelle espèce et des données acoustiques est disponible gratuitement en cliquant sur le lien suivant : http://www.mapress.com/zootaxa/2014/f/zt03794p124.pdf

Sébastien & Benjamin (au nom de tous les coauteurs).

Référence bibliographique
Puechmaille SJ, Allegrini B, Benda P, Gürün K, Šrámek J, Ibañez C, Juste J, Bilgin R (2014) A new species of the Miniopterus schreibersii species complex (Chiroptera: Miniopteridae) from the Maghreb Region, North Africa. Zootaxa, 3794, 108-124.

 

Convergences évolutives (4) : jusque dans les molécules !

samedi, avril 27th, 2013

Un quatrième épisode vient s’ajouter à cette série dédiée aux convergences évolutives. Dans les épisodes précédents, nous avons vu que les convergences sont des acquisitions parallèles de structures similaires dans des lignées évolutives différentes mais soumises à des conditions environnementales équivalentes. Nous avons vu des exemples de convergences écomorphologiques (écologie + morphologie) comme chez les chauves-souris pêcheuses, les Myotis et chez les chauves-souris nectarivores de la famille des Phyllostomidae. Plus impressionnant encore, les convergences peuvent exister au niveau moléculaire ! C’est ce qu’ont découvert des chercheurs américains et chinois chez les Cétacés (plus précisément chez les baleines à dents ou Odontocètes) et les Microchiroptères*, qui utilisent les ultrasons par le mécanisme d’écholocation (= biosonar) pour se diriger et chasser. Le gène codant pour la prestine, protéine utilisée pour l’audition et l’amplification des sons, montre chez ces animaux un mécanisme moléculaire très similaire (Li et al. 2008 & 2010, Jones 2010, Liu et al. 2010).

Ainsi, les exemples de convergences se multiplient dans la littérature et la poursuite des travaux dans ce domaine promet encore de nombreuses découvertes tout aussi intéressantes sur l’évolution de la vie.

Yann pour le Chiroblog

Microchiroptères* : Deux sous-ordres étaient classiquement admis : les Microchiroptères (de petite taille relative et capables d’écholocation) et les Mégachiroptères (de grande taille relative ; Dobson 1875). Récemment, l’ordre a été redécoupé en deux nouveaux sous-ordres pour rompre la paraphylie des Microchiroptères : les Yinpterochiroptera et les Yangochiroptera (Teeling et al. 2002 ; Teeling et al. 2005).

Références bibliographiques :

Jones, G. (2010). Molecular evolution: gene convergence in echolocating mammals. Current biology : CB, 20(2), R62–4. doi:10.1016/j.cub.2009.11.059

Li, G., Wang, J., Rossiter, S. J., Jones, G., Cotton, J. A., & Zhang, S. (2008). The hearing gene Prestin reunites echolocating bats. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 105(37), 13959–64. doi:10.1073/pnas.0802097105

Li, Y., Liu, Z., Shi, P., & Zhang, J. (2010). The hearing gene Prestin unites echolocating bats and whales. Current biology : CB, 20(2), R55–6. doi:10.1016/j.cub.2009.11.042

Liu, Y., Cotton, J. A., Shen, B., Han, X., Rossiter, S. J., & Zhang, S. (2010). Convergent sequence evolution between echolocating bats and dolphins. Current biology : CB, 20(2), R53–4. doi:10.1016/j.cub.2009.11.058

Teeling, E. C., O. Madsen, R. A. Van den Bussche, W. W. de Jong, M. J. Stanhope et M. S. Springer. 2002. Microbat paraphyly and the convergent evolution of a key innovation in Old World rhinolophoid microbats. Proceedings of the National Academy of Sciences, USA 99: 1431-1436.

Teeling, E. C., M. S. Springer, O. Madsen, P. Bates, J. O’Brien S et W. J. Murphy. 2005. A molecular phylogeny for bats illuminates biogeography and the fossil record. Science 307: 580-584.

Actualités en Octobre 2012

vendredi, octobre 5th, 2012

Une nouvelle sélection d’articles scientifiques pour ce mois d’Octobre 2012 :

– Une article qui résoud un mystère de 65 ans durant lesquels on ne connaissait qu’un seul exemplaire de Paracoelops megalotis, une petite chauve-souris de la famille des Hipposidéridés collectée en 1947 au Vietnam. Personne depuis n’avait jamais réussi à capturer un autre exemplaire de l’espèce qui représente un genre unique. Une re-examination du spécimen type de Paracoelops megalotis a permis de déceller des erreurs importantes dans la description et sa comparaison avec des chauves-souris récemment capturées au Vietnam a permit de conclure que l’espèce n’était autre que Hipposideros pomona, une espèce relativement fréquente en Asie du Sud-Est [télécharger le PDF].

– Une nouvelle phylogénie sur les Murins (Myotis) d’Amérique Centrale et Tropicale a été publiée dans la revue Plos One
[télécharger le PDF]. Sur la base de critères moléculaires, trois nouvelles lignées nt été décrites, elle s’ajoutent aux 15 déjà connues.

– Une publication parue dans le Canadian Journal of Zoology met en évidence l’hybridisation possible
entre les espèces Pipistrellus pipistrellus et P. pygmaeus [lien vers le résumé].

– Un article qui met en évidence l’apprentissage de signaux acoustiques spécifiques aux groupes chez l’Emballonuridae Saccopteryx bilineata, utiles pour la reconnaissance entre individus [lien vers le résumé]

L’équipe du Chiroblog

Références bibliographiques


Thong V.D., Dietz C., Denzinger A., Bates P.J.J., Puechmaille S.J., Callou C. and Schnitzler H-U. (2012). Resolving a mammal mystery: the identity of Paracoelops megalotis (Chiroptera: Hipposideridae). Zootaxa, 3505, 75-85.

Knörnschild, M., Nagy, M., Metz, M., Mayer, F., & von Helversen, O. (2012). Learned vocal group signatures in the polygynous bat Saccopteryx bilineata. Animal Behaviour, 84(4), 761–769. doi:10.1016/j.anbehav.2012.06.029

– Larsen RJ, Knapp MC, Genoways HH, Khan FAA, Larsen PA, et al. (2012) Genetic Diversity of Neotropical Myotis (Chiroptera: Vespertilionidae) with an Emphasis on South American Species. PLoS ONE 7(10): e46578. doi:10.1371/journal.pone.0046578

Sztencel-Jabłonka, A., & Bogdanowicz, W. (2012). Population genetics study of common (Pipistrellus pipistrellus ) and soprano (Pipistrellus pygmaeus) pipistrelle bats from central Europe suggests interspecific hybridization. Canadian Journal of Zoology, 90(10), 1251–1260. doi:10.1139/z2012-092

Actualités en Mai 2012

mardi, mai 15th, 2012

Une nouvelle sélection d’articles scientifiques pour ce mois de mai 2012 :

– Une publication parue dans PloS One qui développe l’utilisation de minibarcodes d’ADN
pour détecter le régime alimentaire du murin montagnard Plecotus macrobullaris [lien vers le résumé et le PDF].

– Une nouvelle classification de la famille des Emballonuridae de l’Ancien Monde
publiée dans Molecular Phylogenetics and Evolution [lien vers le résumé].

– Une nouvelle espèce du Genre Hipposideros viens d’être décrite et son nom, Hipposideros griffini rend homage au Professeur Donald Redfield Griffin (1915–2003) qui a initié de nombreuses recherches sur l’écholocation chez les chauves-souris [lien vers le résumé].

-La classification du groupe ‘turpis’ chez les Hipposideros viens d’être revue avec à la clé deux sous-espèces elevées au rang d’espèces à part entière et une nouvelle sous-espèce décrite [lien vers le PDF].

– Une publication parue dans Nature communications qui décrit la grande diversité des Paramyxoviridae chez les chauves-souris (et chez les rongeurs) [télécharger la communication]. Comme d’autres familles virales (les Coronaviridae par exemple) les Paramyxoviridae, comportant les genres Henipavirus (Virus Nipah et Hendra), mais aussi Rubulavirus (virus ourlien: « les oreillons ») et Morbillivirus (virus de la rougeole, et virus de la peste-des-petits-ruminants) se sont diversifiés chez de multiples groupes de mammifères et particulièrement chez les grands groupes comme les rongeurs et les chiroptères. Nous reviendrons plus en détail sur cet article dans un post à venir.

Par ailleurs, nous vous rappelons les 3èmes rencontres internationales chauves-souris de Berlin ainsi que le Bat Distribution Viewer qui permet de visionner les cartes de répartition des espèces de chiroptères du monde entier.

L’équipe du Chiroblog

Références bibliographiques

– Alberdi, A., Garin, I., Aizpurua, O., & Aihartza, J. (2012). The Foraging Ecology of the Mountain Long-Eared Bat Plecotus macrobullaris Revealed with DNA Mini-Barcodes. PLoS ONE, 7(4), e35692.

– Ruedi, M., Friedli-Weyeneth, N., Teeling, E. C., Puechmaille, S. J., & Goodman, S. M. (2012). Biogeography of Old World emballonurine bats (Chiroptera: Emballonuridae) inferred with mitochondrial and nuclear DNA. Molecular phylogenetics and evolution, 64(1), 211-204. doi:10.1016/j.ympev.2012.03.019

– Thong, V.D., Puechmaille S.J., Denzinger A., Csorba G., Dietz C., Bates P.J.J., Teeling E.C. and Schnitzler H-U. (2012). A new species of Hipposideros (Chiroptera: Hipposideridae) from Vietnam. Journal of Mammalogy, 93(1), 1-11.

-Thong, V.D., Puechmaille S.J., Denzinger A., Bates P.J.J., Dietz C., Csorba G., Soisook P., Teeling E.C., Matsumura S., Furey N. and Schnitzler H-U. (2012). Systematics of the Hipposideros turpis complex with a description of a new subspecies from Vietnam. Mammal Review, 42(2), 166-192.

– Drexler, J. F., Corman, V. M., Müller, M. A., Maganga, G. D., Vallo, P., Binger, T., Gloza-Rausch, F., et al. (2012). Bats host major mammalian paramyxoviruses. Nature Communications, 3, 796.

Actualités en Mars 2012

lundi, mars 19th, 2012

Une nouvelle sélection d’articles scientifiques pour ce mois de Mars 2012 :

– Une nouvelle classification de la sous-famille des Molossinae (Molossidae) comprenant l’analyse
de caractères moléculaires, vient d’être publiée dans le Journal of Mammalogy [télécharger le PDF].

– Une nouvelle phylogénie sur les Murins (Myotis) des Caraïbes a été publiée dans la revue Mammalian Biology
[lien vers le résumé]. Sur la base de critères morphologiques et moléculaires, une troisième espèce endémique des Caraïbes a été découverte.

– Une publication parue dans PloS One fait le point sur l’utilisation d’éléments chimiques, les isotopes stables,
comme méthode pour prédire le site de reproduction des chauves-souris européennes
[lien vers le résumé et le PDF].

L’équipe du Chiroblog

Références bibliographiques

– Ammerman, L. K., Lee, D. N., & Tipps, T. M. (2012). First molecular phylogenetic insights into the evolution of free-tailed bats in the subfamily Molossinae (Molossidae, Chiroptera). Journal of Mammalogy, 93(1), 12-28. doi:10.1644/11-MAMM-A-103.1

– Larsen, R. J., Larsen, P. A., Genoways, H. H., Catzeflis, F. M., Geluso, K., Kwiecinski, G. G., Pedersen, S. C., et al. (2012). Evolutionary history of Caribbean species of Myotis, with evidence of a third Lesser Antillean endemic. Mammalian Biology – Zeitschrift für Säugetierkunde, 77(2), 124-134. doi:10.1016/j.mambio.2011.11.003

– Popa-Lisseanu, A. G., Sörgel, K., Luckner, A., Wassenaar, L. I., Ibáñez, C., Kramer-Schadt, S., Ciechanowski, M., et al. (2012). A triple-isotope approach to predict the breeding origins of European bats. PloS ONE, 7(1), e30388. doi:10.1371/journal.pone.0030388

Les actualités principales en bimensuel.

mercredi, décembre 7th, 2011

Nous espérons pouvoir vous délivrer un récapitulatif sur l’actualité des chauves-souris dans le monde toutes les deux semaines.

Pour les bonnes nouvelles, les résultats du concours photo pour l’année de la chauve-souris sont en ligne. Félicitations à tous les lauréats ! De plus, nous avons concocté une petite sélection d’articles:

– un papier dans Nature qui confirme le lien entre le champignon Geomyces destructans et le Syndrôme du Museau Blanc (« White Nose Syndrome ») [lien vers le résumé en Anglais].

– un papier dans Nature Communications qui étudie la spéciation chez le plus petit mammifère du Monde, la chauve-souris bourdon (cf. article détaillé d’hier à propos de ce papier sur le Chiroblog), [télécharger le PDF],

– un papier sur le Murin de Natterer (Myotis nattereri), un complexe qui comprendrait 4 espèces dans le Paléarctique Ouest ! [lien vers le résumé en Anglais]

– un deuxieme papier sur le complexe d’espèces du Murin de Natterer qui présente la distribution des ces nouvelles espèces découvertes en France et la possible présence d’une espèce nouvelle pour la science en Corse [télécharger le PDF],

– un papier sur l’effet d’une grande route sur l’activité et la diversité des Chiros [lien vers le résumé en Anglais].

C’est tout pour aujourd’hui, à bientôt pour un nouveau point sur l’actualité des chauves-souris !

Pour l’équipe du Chiroblog,

Yann, Meriadeg & Séb

PS : Pour les utilisateurs de Twitter, RDV sur @bat_yann, @henlakebats et @SmileyBat pour plus d’infos chiros !

Sur l’origine des espèces : le plus petit mammifère du monde, la chauve-souris bourdon démêle les mécanismes de la spéciation

mardi, décembre 6th, 2011

Un des grands défis de la biologie est de comprendre comment les espèces évoluent. Aujourd’hui, environ 150 ans après la publication de Darwin « Sur l’Origine des espèces » nous ne comprenons toujours pas vraiment le processus de spéciation. Cela tient en partie au fait que la plupart des études classiques sur la spéciation sont basées sur les espèces qui ont déjà divergé, et par conséquent, nous devons spéculer en arrière dans le temps pour en déduire les causes de la spéciation. En effet, deux des exemples les plus connus de « spéciation sympatrique », les cichlidés du lac Victoria et les Rhinolophes de Wallace, suggèrent que l’écologie sensorielle (comment un animal perçoit et interagit avec son environnement) joue un rôle majeur dans le processus de spéciation, que les populations soient géographiquement isolées ou non. Cependant, dans ces études, les chercheurs n’ont pas pu étudier les facteurs impliqués dans les premières phases du processus de spéciation.

Chauves-souris bourdon, plus petit mammifère au monde; photo prise en Birmanie en 2006 par l’équipe sur le terrain.

«Notre étude est unique dans le sens ou elle capture la spéciation « en action » dans des populations qui sont en train de diverger écologiquement. Ces populations sont celles du plus petit mammifère au monde, la chauve-souris bourdon (Craseonycteris thonglongyai) que l’on trouve uniquement en Thaïlande et en Birmanie. Ces populations représentent une expérience naturelle unique qui permet de « capturer » les processus évolutif a une échelle de temps permettant d’identifier la nature de ces processus qui entraînent la spéciation dans la nature » explique le Dr Emma Teeling qui a dirigé l’équipe de recherche au cours de cette étude.

En étudiant les processus du début de la spéciation à différentes échelles de temps évolutives, cette étude montre que dans le cas de cette espèce, un flux de gènes limité, résultant de la distance géographique, est nécessaire pour promouvoir la spéciation écologique sensorielle.

« Pour ce faire, nous avons examiné la structure spatiale, la structure génétique et les traits écologiques sensoriels entre et au sein des deux seules populations connues du plus petit mammifère du monde, la chauve-souris bourdon (Craseonycteris thonglongyai). Nous avons généré et recueilli un large jeu de données moléculaires, écologiques et acoustiques et montrons que la distance géographique joue un rôle essentiel dans la limitation des flux de gènes plutôt que la divergence d’écholocation. Nos résultats appuient l’idée que l’écologie sensorielle agit comme un mécanisme de renforcement dans le processus de spéciation plutôt que d’être le principal moteur comme cela était précédemment supposé dans d’autres études empiriques bien documentées. Nos résultats posent la question de savoir si la spéciation sympatrique se produit réellement, ou si un certain niveau d’isolement géographique et donc de flux de gènes restreint est toujours nécessaire afin d’engager le processus de spéciation », explique le Dr Sébastien Puechmaille, auteur principal de cette étude.

Une autre conclusion intéressante de cette étude est l’identification d’un gène de « l’écholocation » (RBP-J) qui montre des signes de sélection divergente correspondant à la divergence d’écholocation présente au sein la population thaïlandaise. C’est la première association identifiée de ce gène avec des capacités d’écholocation. Ce gène est impliqué dans la formation des cellules ciliées de la cochlée (organe récepteur des sons dans l’oreille interne). Comme les chauves-souris utilisent les fréquences les plus élevées (supérieures à 200 kHz) de tous les mammifères, leur système auditif, en particulier les cellules ciliées de l’organe de Corti où le son est reçu et amplifié, a besoin d’adaptations particulières.

«Nous montrons également que la compétition interspécifique avec une autre espèce de chauve-souris, Myotis siligorensis, est surement la cause de l’adaptation locale sensorielle, par opposition à la dérive aléatoire ou les facteurs abiotiques comme la température et l’humidité», explique le Dr Sébastien Puechmaille.

Du point de vue de la conservation, cette étude est la première à étudier la structure de population et l’histoire évolutive du plus petit mammifère du monde, la chauve-souris bourdon, Craseonycteris thonglongyai. « Cette espèce de chauve-souris charismatique est rare et menacée, limitée à une région de 2000 km2 à la région frontalière entre la Thaïlande et la Birmane et est considéré comme l’une des dix espèces évolutivement distinctes et globalement menacées (Evolutionary Distinct and Globally Endangered, EDGE, species)« , souligne le Dr Emma Teeling.

Les analyses phylogénétiques de marqueurs transmis par la lignée maternelle, paternelle, ou héritée par les deux parents ainsi que les données écologiques démontrent la présence de deux espèces de chauve-souris bourdon, une en Thaïlande et une en Birmanie, qui se sont séparées il y a environ 0,4 millions d’années. Les capacités de dispersion limitées des individus combinées à une aire de répartition très limitée (moins de 2000 km2) suggèrent que les deux espèces sont menacées et nécessitent des plans de gestion et de conservation distincts.

Ce papier est publié le 6 Décembre 2011 est disponible de manière gratuite dans la revue Nature Communications (http://www.nature.com/ncomms/journal/v2/n12/pdf/ncomms1582.pdf). La reference de cet article est :

Puechmaille, S.J., Ar Gouilh, M., Piyapan, P., Yokubol, M., Khin Mie Mie, Bates, P.J.J., Satasook, C., Tin Nwe, Si Si Hla Bu, Mackie, I.J., Petit E.J., and Teeling E.C. (2011). The evolution of sensory divergence in the context of limited gene flow in the bumblebee bat. Nature Communications 2, 573, DOI: 10.1038/ncomms1582. [L’évolution de la divergence sensorielle dans un contexte de flux de gènes limités chez la chauve-souris bourdon].

Ce travail représente un projet irlandais, financé par la SFI, une fondation Irlandaise pour la Science et décerné au Dr. Emma Teeling. Ce projet a été mené en collaboration entre des chercheurs en France, en Thaïlande, en Birmanie, au Royaume-Uni et en Irlande afin d’aborder une question fondamentale en biologie avec des implications pour la conservation.

Séb.

Une nouvelle famille de chauves-souris : les Cistugidae !

jeudi, mars 10th, 2011

En écho à notre dernier article « Une classification en perpétuel mouvement » nous rapportons ici la création d’une nouvelle famille de chauves-souris proposée par des scientifiques américains et suisses: les Cistugidae du sous-ordre Yangochiroptera. Deux espèces d’Afrique du Sud, Cistugo seabrae et Cistugo lesueuri, sont concernées. Elles étaient auparavant classées dans la famille des Vespertilionidae, au niveau du sous-genre Cistugo puis dans le genre Myotis. Une étude parue en 2010 propose la définition de la nouvelle famille des Cistugidae pour classer ce genre Cistugo. La datation moléculaire réalisée sur les données de Lack et al. (2010) sur de l’ADN mitochondrial et nucléaire propose une date d’apparition de cette famille remontant à environ 34 millions d’années. D’après cette même étude, l’origine des Cistugidae précéderait celle leurs plus proches parents actuels, les Vespertilionidae qui seraient apparus il y a 27 millions d’années. Cette nouvelle famille porte à 20 le nombre de familles de chauves-souris, 6 dans le sous-ordre Yinpterochiroptera et 14 dans le sous-ordre des Yangochiroptera.

Un communiqué de presse est disponible sur le site du Muséum de Genève où travaille Manuel Ruedi, l’un des coauteurs de l’article proposant cette nouvelle famille.

la chauve-souris de Seabra (Cistugo seabrai), une des deux seules espèces appartenant à la nouvelle famille des Cistugidés. ©Muséum de Genève; photo: Manuel Ruedi

La chauve-souris de Seabra (Cistugo seabrai), une des deux seules espèces appartenant à la nouvelle famille des Cistugidés. ©Muséum de Genève; photo: Manuel Ruedi

Yann & Meriadeg

Référence bibliographique

Lack, J. B., Z. P. Roehrs, C. E. Stanley, M. Ruedi, et R. A. Van den Bussche. 2010. Molecular phylogenetics of Myotis indicate familial-level divergence for the genus Cistugo (Chiroptera). Journal of Mammalogy 91:976-992.

Protégé : RELATIONS ECOLOGIQUES VIRUS / CHIROPTERES

mardi, novembre 11th, 2008

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