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Archive pour la catégorie ‘Afrique’

Des chauves souris fossiles carnivores ?

Mercredi 6 février 2013

C’est en Tunisie, sur le Djebel Chambi situé dans la région de Kasserine, que l’équipe de paléontologie de Montpellier a retrouvé un spécimen fossile de «microchiroptère» de très grande taille vieux d’environ 50 millions d’années. L’unique dent de l’espèce Witwatia sigei a cependant révélé de nombreuses et importantes informations sur l’histoire évolutive des chauves souris en Afrique du Nord. Cette zone géographique est connue pour avoir été le berceau d’une famille endémique et très ancienne que l’on nomme les Philisidae (considérés comme des vespertilionoïdes archaïques). Leur histoire s’étale sur plus de 20 Millions d’années, soit depuis l’Eocène inférieur (environ -50 Ma) à l’Oligocène supérieur (environ -20 Ma). Les Philisidae ont la particularité de regrouper des spécimens de très grandes tailles dont le poids était équivalent au plus grosses chauves souris carnivores actuelles (+ de 100g comme Macroderma gigas, Vampyrum spectrum ou encore Scotophilus gigas). L’analyse de la morphologie de la dent nous apprend que la chauve-souris fossile retrouvée en Tunisie était capable de chasser de petits vertébrés ou du moins d’avoir un régime plus opportuniste que les petits chiroptères fossiles insectivores de la même époque (Ravel 2012). Un autre fossile de chauve-souris de très grande taille et carnivore est découvert dans le Sud Ouest de la France, dans le Quercy (Sigé 2011). L’auteur de cet étude a créé la famille des Necromantidae qui comme les Philisidae regroupe des espèces fossiles de grandes tailles dans le Paléogène européen (soit entre 43 et 29 Million d’années). Ces découvertes démontrent l’acquisition précoce de régimes alimentaires variés et convergents dans les périodes les plus anciennes de l’histoire des chiroptères modernes.

Anthony Ravel

Références :

Ravel, A., Marivaux, L., Tabuce, R., Ben Haj Ali, M., Essid EL M., et Vianey-Liaud, M. (2012). A new large philisid (Mammalia, Chiroptera, Vespertilionoidea) from the late Early Eocene of Chambi, Tunisia. Palaeontology, 55(5), 1035-1041.
Accessible sur: http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1475-4983.2012.01160.x/pdf

Sigé, B. (2011). Cryptobune nov. gen., chiroptère carnivore des phosphorites du Quercy, SW France. Bulletin de la Société d’Histoire naturelle de Toulouse, 147, 47-54.

Africhiro : une expédition chiroptérologique en Afrique

Dimanche 8 avril 2012

Il reste de nombreuses connaissances à acquérir sur la chiroptérofaune d’Afrique de l’Ouest, notamment sur la répartition et l’écologie de ces Mammifères. Avec l’accord des autorités locales et l’appui scientifique de Jakob Fahr, une prospection d’une durée de 5 mois de novembre 2010 à mars 2011, dans trois pays d’Afrique de l’Ouest a été menée. Une collaboration a été dévéloppé en Mauritanie avec le Parc National du Diawling, au Sénégal avec le Ministère des Eaux et Forêts et la LPO Mission Internationale et au Mali avec le Ministère des Eaux et Forêts et Mille Traces en France basée en Vercors.

Ainsi, 407 individus sur 54 soirées de capture, de 34 espèces différentes ont pu être capturés (avec les autorisations adéquates), mesurés et identifiés lors de cette étude. De plus, 25 gîtes accueillant des colonies de chauves-souris ont pu être décrits. Des résultats concernant la génétique et l’acoustique des chauves-souris étudiées sont en cours.

Si le travail d’acquisition des connaissances sur les espèces de chauves-souris est nécessaire en Afrique de l’Ouest, il sera indispensable d’y coupler un programme de mise en protection de certains gîtes, notamment de colonies à effectifs notables. De plus, une sensibilisation sur ces Mammifères auprès de la population locale demeure un aspect incontournable de la conservation des Chiroptères en Afrique de l’Ouest, spécialement pour les espèces troglophiles.

Plus d’infos pour le blog créé pour ce projet : africhiro.canalblog.com

Nicolas & Vanessa

Colonie de Rhinolophus fumigatus de 1200 individus au sein d’un baobab au Sénégal, dans la région de Joal-Fadiouth.

Une espèce emblématique de la chiroptérofaune d’Afrique de l’Ouest: Lavia frons ou chauve-souris à ailes orangées.

 

Actualités en Mars 2012

Lundi 19 mars 2012

Une nouvelle sélection d’articles scientifiques pour ce mois de Mars 2012 :

- Une nouvelle classification de la sous-famille des Molossinae (Molossidae) comprenant l’analyse
de caractères moléculaires, vient d’être publiée dans le Journal of Mammalogy [télécharger le PDF].

- Une nouvelle phylogénie sur les Murins (Myotis) des Caraïbes a été publiée dans la revue Mammalian Biology
[lien vers le résumé]. Sur la base de critères morphologiques et moléculaires, une troisième espèce endémique des Caraïbes a été découverte.

- Une publication parue dans PloS One fait le point sur l’utilisation d’éléments chimiques, les isotopes stables,
comme méthode pour prédire le site de reproduction des chauves-souris européennes
[lien vers le résumé et le PDF].

L’équipe du Chiroblog

Références bibliographiques

- Ammerman, L. K., Lee, D. N., & Tipps, T. M. (2012). First molecular phylogenetic insights into the evolution of free-tailed bats in the subfamily Molossinae (Molossidae, Chiroptera). Journal of Mammalogy, 93(1), 12-28. doi:10.1644/11-MAMM-A-103.1

- Larsen, R. J., Larsen, P. A., Genoways, H. H., Catzeflis, F. M., Geluso, K., Kwiecinski, G. G., Pedersen, S. C., et al. (2012). Evolutionary history of Caribbean species of Myotis, with evidence of a third Lesser Antillean endemic. Mammalian Biology – Zeitschrift für Säugetierkunde, 77(2), 124-134. doi:10.1016/j.mambio.2011.11.003

- Popa-Lisseanu, A. G., Sörgel, K., Luckner, A., Wassenaar, L. I., Ibáñez, C., Kramer-Schadt, S., Ciechanowski, M., et al. (2012). A triple-isotope approach to predict the breeding origins of European bats. PloS ONE, 7(1), e30388. doi:10.1371/journal.pone.0030388

Compte rendu de congrès paléontologique

Samedi 25 février 2012

Le 22ème congrès international du Senckenberg ayant pour sujet la planète Terre au temps de Messel a laissé place à une session dédiée exclusivement aux plus anciennes chauves-souris fossiles. Le site de Messel situé près de Darmstadt en Allemagne est une localité datée de l’Eocène Moyen (entre -45 et 40 Millions d’années environ), réputée pour ses fossiles de chauves-souris extrêmement bien préservés. Ce registre fossile a permis d’identifier 3 familles éteintes qui sont embranchées à la base de la phylogénie des chiroptères : les Archaeonycteridae, les Paleochiropterigydae et les Hassianycteridae. Ces découvertes ont été fondamentales dans la compréhension de la radiation initiale des chauve s-souris durant l’Eocène. C’est pourquoi une session leur a été consacrées faisant état des grandes avancées de ces dernières années sur nos connaissances des origines et de la dispersion du groupe durant l’Eocène :

-          Kalina T.J. Davies de l’Ecole des Sciences de la Biologie et de la Chimie à l’Université Queen Mary de Londres en Angleterre a présenté des analyses morphologiques en imagerie 3D de la structure de l’oreille interne des chauves-souris qui est étroitement liée à l’adaptation écholocative.

-          Gregg F. Gunnell du centre de primatologie de Duke aux Etats Unis a exposé la dentition complète de l’une des espèces de Messel (Archaeonycteris trigonodon) obtenue par Ct-scan.

-          Suzanne J. Hand de l’université de New South Wales à Sydney en Australie nous a parlé de biogéographie Eocène des chauves-souris de l’est du Gondwana (Australie-Nouvelle Zélande-Antarctique et Amérique du Nord) et notamment le passage entre l’Amérique du Sud et l’Australie par l’Antarctique.

-          Anthony Ravel de l’Institut des Sciences de l’Evolution à l’université de Montpellier II en France a présenté les toutes nouvelles données paléontologiques découvertes en Afriques du Nord et les lourdes implications paléobiogéographiques en ce qui concerne la radiation des groupes modernes.

-          Enfin Thierry Smith de l’institut royal des sciences Naturel de Belgique situé à Bruxelles a fait le Bilan des dernières connaissances sur la diversité et la biogéographie des chauves-souris primitives.

Les différentes présentations orales ont été complétées par l’affichage de deux posters. L’un traitant sur l’articulation de l’épaule et l’efficacité du vol des chauves-souris par imagerie 3D, l’autre sur la reconstruction en 3D d’une espèce de chiroptère provenant de Messel et appartenant à une famille actuelle.

Pour plus d’infos, la circulaire est disponible à cette adresse.

Anthony

Journal Le Vespère : deuxième numéro en ligne !

Lundi 23 janvier 2012

Le Vespère vient de sortir son deuxième numéro !

Le Vespère est une revue électronique naturaliste consacrée aux chauves-souris, d’accès libre. Sa vocation est de diffuser facilement et rapidement des informations naturalistes que ne retient pas la littérature scientifique. Le Vespère conserve toutefois une présentation en adéquation avec les standards scientifiques et publie des résultats d’inventaires ponctuels, des études ciblées (ex. compte-rendus de radio-tracking) ou des comptes-rendus d’expéditions. Pour plus d’informations sur la revue, visitez le site du journal Le Vespère.

Bonne lecture,

Séb & Yann

Découverte du plus vieux fossile de chauve-souris d’Afrique connu

Mercredi 25 mai 2011

Tout récemment, l’équipe de paléontologie de l’Université Montpellier II, dans le cadre du programme PALASIAFRICA et en collaboration avec les universités d’Oran et de Tlemcen (Algérie), a découvert les restes fossiles de la plus ancienne chauve-souris d’Afrique connue à ce jour, dans la formation d’El Kohol (Algérie) datée de  l’Eocène Inférieur (environ -50 Ma). Ce sont 3 fragments dentaires qui ont été obtenus après un mois de fouilles dans le désert algérien et après traitement du sédiment ramené en laboratoire (lavage et tamisage): une molaire supérieure presque complète, un trigonide (partie antérieure d’une molaire inférieure) et un talonide (partie postérieure d’une molaire inférieure.

Malgré la pauvreté du matériel, les fossiles ont permis d’identifier une forme ancestrale jusque là inconnue en Afrique du Nord à cette période (cf. Figure 1). Ces formes de chauves souris ancestrales sont documentées sur la quasi-totalité des continents pendant l’Eocène Inférieur (~54.8 à 49 Ma): en Amérique du Nord, en Europe, en Australie, en Asie du sud et possiblement en Amérique du sud. Ces formes impliquent 6 familles éteintes et sont nommées communément Eochiroptera. Ces dernières sont reconnaissables morphologiquement par des traits de caractère sur le squelette, le crâne ou sur les dents qui ne sont pas retrouvés sur les espèces actuelles. Les fossiles d’Afrique du Nord, jusqu’à maintenant, attestaient de faunes de chiroptères très diversifiées comprenant exclusivement des formes dérivée dès l’Eocène Inférieur (Maroc, Egypte, Tunisie). Cette nouvelle découverte permet donc de repousser dans le temps l’apparition des chiroptères sur le continent africain jusqu’au début de l’Eocène mais aussi d’élargir la distribution des Eochiroptera à l’ensemble du globe. Les origines et la radiations initiale des chiroptères restent cependant mal connues. La découverte de nouvelles données fossiles est primordiale afin de mieux comprendre ces épisodes importants de l’histoire évolutive des chauves souris.

Figure 1: Vue d’artiste du fossile d’Eochiroptera découvert par l’équipe de Paléontologique de l’Université de Montpellier II (c) Maëva Orliac

Anthony

Référence :  Ravel A, Marivaux L, Tabuce R, Adaci M, Mahboubi M, Mebrouk F, Bensalah M (2011) The oldest African bat from the Early Eocene of El Kohol (algeria). Naturwissenschaften in press.