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Archive pour la catégorie ‘Evolution adaptation’

Convergences évolutives (3) : la nectarivorie

Dimanche 7 avril 2013

Troisième épisode la série consacrée aux convergences évolutives. Après les chauves-souris pêcheuses et les Myotis, ce nouvel article est dédié à la nectarivorie chez la famille des Phyllostomidae. Cette famille de chauves-souris d’Amérique Centrale et du Sud se caractérise par sa grande diversité de régimes alimentaires : l’insectivorie, la carnivorie, l’hématophagie, la frugivorie et la nectarivorie. Les espèces nectarivores de cette famille étaient auparavant regroupées sur la base de critères écomorphologiques (écologie + morphologie): rostres et langues allongés, dentition réduite et vol sur place. Une étude moléculaire approfondie a mis en évidence une double origine de la nectarivorie, avec de subtiles différences morphologiques, notamment au niveau de la structure de la langue (e.g. Datzmann et al. 2010).

Glossophaga soricina (Phyllostomidae), chauve-souris nectarivore sur un distributeur de nectar

© Photo: Raphaël Colombo

Yann pour le Chiroblog

Référence bibliographique

Datzmann, T., von Helversen, O. et F. Mayer. 2010. Evolution of nectarivory in phyllostomid bats (Phyllostomidae Gray, 1825, Chiroptera: Mammalia). BMC Evolutionary Biology 10: 165.

Convergences évolutives (2) : les Myotis !

Vendredi 1 mars 2013

La série d’articles consacrées aux convergences évolutives se poursuit. Après les chauves-souris pêcheuses, un second article consacré aux Myotis. Ce genre de chauve-souris est réparti à l’échelle mondiale et comprend plus de 100 espèces. Les murins étaient jusqu’à récemment classés en 3 groupes majeurs d’après leur écomorphologie (Findley 1972) : les glaneurs terrestres, les mangeurs de plancton aérien et les « pêcheurs » à la surface de l’eau. Au sein de ces 3 groupes, les caractéristiques morpho-anatomiques (morphologie + anatomie) reflétaient partiellement l’exploitation de la ressource. Par exemple, M. daubentonii d’Eurasie et M. lucifugus d’Amérique étaient regroupés dans le groupe des Myotis « pêcheurs » par leurs grandes pattes et leurs pieds robustes. L’utilisation de données génétiques est à l’origine d’un bouleversement majeur de la classification et des relations de parenté basées sur les données écomorphologiques. Ainsi, M. daubentonii se révèle être un proche cousin de M. bechsteinii d’Europe dans le groupe nouvellement défini des murins du Paléarctique, M. lucifugus étant lui associé à d’autres espèces dans le groupe américain. Sur la base de convergences écomorphologiques (écologie + morphologie), des espèces avaient été regroupées, considérées comme issues d’un même ancêtre commun proche alors qu’il s’agissait d’équivalents écologiques apparus parallèlement dans différentes régions biogéographiques  (Ruedi et Mayer 2001).

Yann pour le Chiroblog

Références bibliographiques

Findley, J.S. 1972. Phenetic relationships among bats of the genus Myotis. Systematic Zoology 21: 31-52.

Ruedi, M. et F. Mayer. 2001. Molecular systematics of bats of the genus Myotis (Vespertilionidae) suggests deterministic ecomorphological convergences. Molecular Phylogenetics and Evolution 21: 436-448.

La nouvelle référence sur l’histoire évolutive des chiroptères

Lundi 25 juin 2012

Le livre intitulé « Evolutionnary history of bats : fossils, molecules and morphology » est paru depuis le mois dernier. Cet ouvrage édité par Gregg Gunnell (Directeur de la division des fossiles de primate au Duke Lemur Center) et Nancy Simmons (conservatrice en chef du département de mammalogie à l’American Museum of Natural History) réuni paléontologues, biologistes et ingénieurs afin de mettre en commun les dernières connaissances et découvertes sur les origines et l’évolution des chauve souris. Tous les aspects de la biologie évolutive y sont abordés : nouvelles données paléontologiques incluant de nouveaux fossiles et de nouvelles méthodes d’analyse (CT-scan, reconstruction 3D…), phylogénie moléculaire ou morphologique proposant de nouveaux consensus, biomécanique sur l’adaptation au vol et l’écholocation, Evo-devo… Les auteurs discutent des différentes radiations des chiroptères depuis leurs origines. Ils établissent également de nouvelles hypothèses sur l’apparition du vol et de l’écholocation, deux adaptations clés ayant contribué largement au succès du groupe.

Références : The evolutionnary history of bats : Fossils, molecules and morphology, édité par Gregg Gunnell et Nancy Simmons, publié par la Cambridge University Press 2012, à New York. 572pp.

Anthony

Pourquoi les chauves-souris sont nocturnes ?

Mardi 3 avril 2012

Malgré le grand nombre d’espèces de chauves-souris (+ de 1200 de par le monde), elles sont presque toutes actives quasiment exclusivement la nuit ! Seuls quelques animaux des îles océaniques comme la Noctule des Açores sont connus pour leur comportement diurne et occasionnellement, d’autres espèces des zones tempérées ou tropicales ont été observées en activité à la lumière du jour. Ces observations demeurent cependant relativement rares.

Durant la journée, plusieurs problèmes se posent pour les chauves-souris. Tout d’abord, ces dernières sont en compétition avec les oiseaux insectivores comme les hirondelles (Hirundininae) ou les martinets (Apodidae). Chasser la nuit permettrait aux chauves-souris d’exploiter une niche écologique peu exploitée par les oiseaux. Ensuite, les chauves-souris volant en plein jour sont susceptibles d’être attaquées par des oiseaux prédateurs comme des rapaces (Accipitridae, Falconidae). Ce risque de prédation existe aussi la nuit (ex: chouettes, faucons) mais est beaucoup plus faible. Une troisième hypothèse est developée dans un article tout récent de Voigt et al. (2011). La lumière du soleil absorbée par les ailes des chauves-souris causerait une augmentation du coût du vol à la lumière du jour. Chasser le jour serait avantageux seulement si le gain d’énergie relative est elevé et que le risque de prédation est faible. Les auteurs proposent une évolution de la couleur des ailes vers des tons plus sombres qui rendraient les chiroptères moins repérables par les prédateurs, piégeant ainsi les chauves-souris dans les ténèbres de la nuit.

Yann et Meriadeg

C. C. Voigt and D. Lewanski (2011). Trapped in the darkness of the night: thermal and energetic constraints of daylight flight in bats. Proceedings of the Royal Society B. Biological Sciences, 278 (1716) 2311-2317.

http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/278/1716/2311.short

Sur l’origine des espèces : le plus petit mammifère du monde, la chauve-souris bourdon démêle les mécanismes de la spéciation

Mardi 6 décembre 2011

Un des grands défis de la biologie est de comprendre comment les espèces évoluent. Aujourd’hui, environ 150 ans après la publication de Darwin « Sur l’Origine des espèces » nous ne comprenons toujours pas vraiment le processus de spéciation. Cela tient en partie au fait que la plupart des études classiques sur la spéciation sont basées sur les espèces qui ont déjà divergé, et par conséquent, nous devons spéculer en arrière dans le temps pour en déduire les causes de la spéciation. En effet, deux des exemples les plus connus de « spéciation sympatrique », les cichlidés du lac Victoria et les Rhinolophes de Wallace, suggèrent que l’écologie sensorielle (comment un animal perçoit et interagit avec son environnement) joue un rôle majeur dans le processus de spéciation, que les populations soient géographiquement isolées ou non. Cependant, dans ces études, les chercheurs n’ont pas pu étudier les facteurs impliqués dans les premières phases du processus de spéciation.

Chauves-souris bourdon, plus petit mammifère au monde; photo prise en Birmanie en 2006 par l’équipe sur le terrain.

«Notre étude est unique dans le sens ou elle capture la spéciation « en action » dans des populations qui sont en train de diverger écologiquement. Ces populations sont celles du plus petit mammifère au monde, la chauve-souris bourdon (Craseonycteris thonglongyai) que l’on trouve uniquement en Thaïlande et en Birmanie. Ces populations représentent une expérience naturelle unique qui permet de « capturer » les processus évolutif a une échelle de temps permettant d’identifier la nature de ces processus qui entraînent la spéciation dans la nature » explique le Dr Emma Teeling qui a dirigé l’équipe de recherche au cours de cette étude.

En étudiant les processus du début de la spéciation à différentes échelles de temps évolutives, cette étude montre que dans le cas de cette espèce, un flux de gènes limité, résultant de la distance géographique, est nécessaire pour promouvoir la spéciation écologique sensorielle.

« Pour ce faire, nous avons examiné la structure spatiale, la structure génétique et les traits écologiques sensoriels entre et au sein des deux seules populations connues du plus petit mammifère du monde, la chauve-souris bourdon (Craseonycteris thonglongyai). Nous avons généré et recueilli un large jeu de données moléculaires, écologiques et acoustiques et montrons que la distance géographique joue un rôle essentiel dans la limitation des flux de gènes plutôt que la divergence d’écholocation. Nos résultats appuient l’idée que l’écologie sensorielle agit comme un mécanisme de renforcement dans le processus de spéciation plutôt que d’être le principal moteur comme cela était précédemment supposé dans d’autres études empiriques bien documentées. Nos résultats posent la question de savoir si la spéciation sympatrique se produit réellement, ou si un certain niveau d’isolement géographique et donc de flux de gènes restreint est toujours nécessaire afin d’engager le processus de spéciation », explique le Dr Sébastien Puechmaille, auteur principal de cette étude.

Une autre conclusion intéressante de cette étude est l’identification d’un gène de « l’écholocation » (RBP-J) qui montre des signes de sélection divergente correspondant à la divergence d’écholocation présente au sein la population thaïlandaise. C’est la première association identifiée de ce gène avec des capacités d’écholocation. Ce gène est impliqué dans la formation des cellules ciliées de la cochlée (organe récepteur des sons dans l’oreille interne). Comme les chauves-souris utilisent les fréquences les plus élevées (supérieures à 200 kHz) de tous les mammifères, leur système auditif, en particulier les cellules ciliées de l’organe de Corti où le son est reçu et amplifié, a besoin d’adaptations particulières.

«Nous montrons également que la compétition interspécifique avec une autre espèce de chauve-souris, Myotis siligorensis, est surement la cause de l’adaptation locale sensorielle, par opposition à la dérive aléatoire ou les facteurs abiotiques comme la température et l’humidité», explique le Dr Sébastien Puechmaille.

Du point de vue de la conservation, cette étude est la première à étudier la structure de population et l’histoire évolutive du plus petit mammifère du monde, la chauve-souris bourdon, Craseonycteris thonglongyai. « Cette espèce de chauve-souris charismatique est rare et menacée, limitée à une région de 2000 km2 à la région frontalière entre la Thaïlande et la Birmane et est considéré comme l’une des dix espèces évolutivement distinctes et globalement menacées (Evolutionary Distinct and Globally Endangered, EDGE, species)« , souligne le Dr Emma Teeling.

Les analyses phylogénétiques de marqueurs transmis par la lignée maternelle, paternelle, ou héritée par les deux parents ainsi que les données écologiques démontrent la présence de deux espèces de chauve-souris bourdon, une en Thaïlande et une en Birmanie, qui se sont séparées il y a environ 0,4 millions d’années. Les capacités de dispersion limitées des individus combinées à une aire de répartition très limitée (moins de 2000 km2) suggèrent que les deux espèces sont menacées et nécessitent des plans de gestion et de conservation distincts.

Ce papier est publié le 6 Décembre 2011 est disponible de manière gratuite dans la revue Nature Communications (http://www.nature.com/ncomms/journal/v2/n12/pdf/ncomms1582.pdf). La reference de cet article est :

Puechmaille, S.J., Ar Gouilh, M., Piyapan, P., Yokubol, M., Khin Mie Mie, Bates, P.J.J., Satasook, C., Tin Nwe, Si Si Hla Bu, Mackie, I.J., Petit E.J., and Teeling E.C.  (2011). The evolution of sensory divergence in the context of limited gene flow in the bumblebee bat. Nature Communications 2, 573, DOI: 10.1038/ncomms1582.  [L'évolution de la divergence sensorielle dans un contexte de flux de gènes limités chez la chauve-souris bourdon].

Ce travail représente un projet irlandais, financé par la SFI, une fondation Irlandaise pour la Science et décerné au Dr. Emma Teeling. Ce projet a été mené en collaboration entre des chercheurs en France, en Thaïlande, en Birmanie, au Royaume-Uni et en Irlande afin d’aborder une question fondamentale en biologie avec des implications pour la conservation.

Séb.

« Chauves-souris : un vol au poil »

Lundi 4 juillet 2011

Les Chiroptères adaptent leur vitesse en vol grâce à des récepteurs tactiles associés aux poils qui recouvrent leurs ailes. La suite sur le site de Pour la Science !

Yann

Référence bibliographique :

S. Sterbing-D’Angelo et al. Prépublication en ligne, 20 juin 2011. Bat wing sensors support flight control. PNAS, doi :10.1073/pnas.1018740108

Convergences évolutives (1) : les chauves-souris pêcheuses

Jeudi 26 mai 2011

L’évolution biologique peut se définir comme la modification, la transformation des espèces vivantes au cours du temps. Elle peut s’exprimer grâce à la reproduction des organismes d’une même espèce et implique « la descendance avec modification » selon la formule de Darwin. C’est un processus complexe soumis à différentes forces évolutives de deux types principaux: la variation (telles les mutations et la dérive génétique) et la sélection. Ces deux forces ne peuvent exercer leurs effets que dans une perspective temporelle (et spatiale). D’autres mécanismes décrits, comme par exemple la migration, sont plus ou moins liés aux précédents en les combinant de manière variable et influencent donc directement l’évolution biologique. Il n’existe aucun déterminisme dans l’évolution des espèces, cependant toutes les espèces vivantes d’une bioceonose sont liées entre elles et à leur environnement physique et biologique. Des conditions environnementales proches ou des interactions biologiques de même nature peuvent donc favoriser l’apparition d’adaptations similaires par un processus de convergence évolutive. Les exemples de convergence sont nombreux dans les différents règnes du vivant et l’interprétation erronée de leurs effets ont quelquefois conduit à des erreurs dans la recherche des relations phylogénétiques de certains groupes.

Les chauves-souris se caractérisent notamment par la grande diversité de leurs régimes alimentaires : pour la plupart des espèces  l’insectivorie mais aussi la frugivorie, la nectarivorie, l’hématophagie et la carnivorie. Quelques espèces carnivores sont connues pour consommer des poissons, à l’aide de leurs pattes allongées et leurs pieds puissants. Ce régime alimentaire piscivore est un exemple de convergence évolutive, apparition indépendante dans plusieurs « branches »de l’arbre de la vie des chauves-souris.

Noctilio leporinus © Tony Hutson - merci à Tony pour cette magnifique image.

D’après Stadelmann et al. (2004), seules 2 espèces sont piscivores strictes : Noctilio leporinus, présente en Amérique du Sud et Centrale, et Myotis vivesi, endémique des côtes et îles du Golfe de Californie au Mexique. D’autres espèces de Myotis (les murins) consomment également des poissons, au moins de manière occasionnelle : M. macrotarsus, M. stalkeri et M. ricketti d’Asie, M. daubentonii d’Eurasie et M. macropus d’Océanie (IUCN Red List 2010 ; Stadelmann et al. 2004). La capture et la pêche de petits poissons pour la consommation du Murin de Daubenton ont été mises en évidence en laboratoire grâce aux travaux de Siemers et al. (2001). Myotis capaccinii est un nouveau venu dans cette liste des espèces pêcheuses. Les travaux récents d’une équipe de chercheurs du Pays Basque, menée par Joxerra Aihartza, caractérisent le  comportement de pêche de cette espèce méditerranéenne. Ce Murin de Capaccini est malheureusement très menacé par la destruction et la dégradation de ses habitats de prédilection : les zones humides et les plans d’eau.
Un film de la Zoologia eta Animalia Zelulen Biologia saila:

Plus de détails en anglais sur ce site :

le site du National Geographic

Une autre vidéo de pêche (BBC) sur arkive.org:
ARKive video - Daubenton's bats fishing
Yann & Meriadeg

Références bibliographiques

The IUCN Red List of Threatened Species (2010). www.iucnredlist.org ; site internet consulté le 16 Décembre 2010

Siemers, B.J., Dietz, C., Nill, D. and Schnitzler H-U. (2001). Myotis daubentonii is able to catch small fish. Acta Chiropterologica 3: 71-75.

Stadelmann, B., Herrera, L.G., Arroyo-Cabrales, J., Flores-Martinez, J.J., May, B.P. and Ruedi, M. (2004). Molecular systematic of the fishing bat Myotis (Pizonyx) vivesi. Journal of Mammalogy 85: 133-139.