Influence de la qualité des haies sur l’activité des chauves-souris à différentes échelles spatiales

La biodiversité est menacée notamment par la perte des habitats et leur fragmentation. Le rôle des haies dans le maintien de la biodiversité est bien connu mais peu d’études ont montré l’importance des caractéristiques intrinsèques des haies et de la qualité des réseaux de haies à différentes échelles spatiales.

L’objectif de cet article est donc d’étudier, à différentes échelles spatiales du territoire, l’influence, sur l’activité des chauves-souris, de 3 indices de qualité des haies :

  • la densité des haies qui correspond à la somme de leurs longueurs en mètres à l’intérieur des zones tampons,
  • la diversité de structures des haies que nous avons calculé à partir de l’indice de Shannon (Shannon et Weaver, 1949) et d’une base de données décrivant les éléments linéaires du paysage dans cinq catégories: (1) alignement des arbres, (2) ripisylve, (3) des haies composées seulement des arbustes, (4) des haies boisées sans présence d’arbustes, (5) des haies composées de trois strates (arborées, arbustives et herbacée).
  • et la production de bois qui correspond à une mesure du volume de bois contenue par élément linéaire (en m3)

Matériels et méthodes

  • Site d’étude

Le site d’étude est situé dans l’estuaire de la Loire en zone Natura 2000 et est constitué principalement de prairies gérées de façon extensives avec un important réseau bocager. La Figure 1 représente la localisation des 51 points d’écoute dans le site d’étude. Nous avons réalisé 2 passages en 2011 un en juin et un fin août.

figure1

Figure 1 : Localisation des points d’écoute dans le site d’étude: (A) et agrandissement montrant les 3 distances à la haie étudiées (0m, 25m et 50m) (B)

  • Analyses acoustiques

A partir d’un plan d’échantillonnage aléatoire stratifié, afin d’obtenir un gradient de diversité de haies au sein du paysage, nous avons réalisé une étude acoustique (détecteur Tranquility Transect) où nous avons mesuré l’abondance d’activité des chauves-souris avec une méthode d’identification acoustique automatique (Vigie-Chiro) puis avec des vérifications individuelles.

  • Analyses statistiques

La Figure 2 présente les variables explicatives (Conditions d’échantillonnage, caractéristiques des sites, caractéristiques des haies, autocorrélation spatiale) et les variables de réponse qui sont de 2 types 1) Abondance d’activité de l’espèce et 2) Trait de la communauté (aériennes, glaneuses, etc).

figure2
Figure 2 : Variables explicatives. i dans la Figure 2 est la taille de la zone tampon considérée. En effet, nous avons étudié l’effet de ces différentes variables à différentes échelles spatiales dans un rayon de 50 m à 1000m autour du point d’écoute. Chaque résultat (estimate±SE) obtenu à une échelle donnée est représenté dans une figure reprenant toutes les échelles spatiales étudiées, donnant ainsi 1) la tendance (positif ou négatif) et 2) la significativité de cette tendance, ce qui est représenté par la Figure 3 :

figure3Figure 3 : Echelles spatiales d’étude

Résultats

9 taxa (potentiellement 14 espèces) ont été identifiée parmi lesquelles 3 espèces dominantes : Pipistrellus pipistrellus (48.5%), Pipistrellus kuhli (24.4%) et Pipistrellus nathusii (21.2%). En utilisant une approche basée sur les espèces et les traits (stratégie de chasse et spécialisation (CSI)), nous avons évalué la façon dont la qualité des haies influence l’activité des chauves-souris à différentes échelles spatiales (de 50 à 1000 m). En général, nos résultats montrent l’importance de la qualité des haies pour les chauves-souris, mais la force de l’association entre les taxons et les haies semblent varier considérablement parmi les espèces et les échelles spatiales. Bien que cela dépende des taxons, la production, la densité et la diversité structurelle des haies ont un effet globalement positif. Nos résultats suggèrent que ces effets sont généralement plus importants à grande échelle.

  • Production de bois des haies

L’activité des espèces est généralement corrélée positivement avec la production de bois des haies, et majoritairement l’effet détecté est plus fort à de grandes échelles spatiales (Figure 4A) sauf notamment pour les espèces glaneuses (Figure 4B).

figure4
La Figure 4A montre que : 1) à 1000 m, l’indice de production de bois a un effet positif (au-dessus de zéro), sur l’activité des espèces dites aériennes et significatif (indiqué par l’astérisque); 2) l’effet d’échelle, de 50 m à 1000 m, obtenu à partir d’une régression linéaire, est significatif (représenté par la ligne pointillée).

  • Densité des haies

Nos résultats montrent que plus la densité de haies est importante autour du point d’écoute, plus il y a de cris de chauves-souris enregistrés. Cet effet est observé à presque toutes les échelles spatiales et est généralement plus fort pour de larges échelles spatiales.

  • Diversité des structures des haies

L’effet de la diversité des structures des haies est plus faible à larges échelles spatiales. Un effet contrasté et opposé est observé pour les espèces aériennes et glaneuses. L’activité de ces dernières (sauf pour les Myotis) diminue avec une augmentation de la diversité structurale des haies à toutes les échelles alors que l’activité des espèces aériennes augmentent jusqu’à 500m puis diminue à plus larges échelles.

Conclusions – recommandations pour la gestion

Nos résultats montrent l’importante de la quantité de haies (indice de densité) et de la qualité des haies (indice de diversité structurale et indice de production de bois) mais également l’intérêt de développer des réseaux de haies composées d’arbres de grandes tailles et de différents types (importance de l’hétérogénéité des habitats et niches écologiques). De plus, au-delà des rôles écologiques des haies pour les déplacements, la chasse et comme habitat notamment pour les chiroptères, et des services écosystémiques qu’elles offrent, l’indice de production de bois des haies montre l’importance de conserver et d’encourager le maintien des gros arbres et des arbres âgés à l’échelle du paysage.

Une des perspectives de cette étude est d’analyser l’influence de la typologie des haies par des approches fonctionnelles et des approches spécifiques (autre article en préparation).

Aurélie Lacoeuilhe, Nathalie Machon, Jean-Francois Julien et Christian Kerbiriou. Les quatre auteurs font partie du CESCO du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. Les auteurs remercient EDF pour le financement de cette étude.

Référence bibliographique
Lacoeuilhe, A., Machon, N., Julien, J. F., & Kerbiriou, C. 2016. Effects of hedgerows on bats and bush crickets at different spatial scales. Acta Oecologica, 71, 61-72.

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