Prédation de lichis par des chauves-souris frugivores à Madagascar

Le volume total de litchis sur le marché international est d’environ 100.000 tonnes par an. Un tiers de celui-ci va vers le marché européen et est fourni par l’Afrique du Sud et Madagascar. Madagascar occupe la troisième position des principaux pays producteurs de litchis après la Chine et l’Inde. 70% de sa récolte assure la demande européenne en litchis (Menlez, 2002). L’exportation de litchis constitue une source de devises importante pour Madagascar, génère un chiffre d’affaires d’environ 30 millions d’euros par an et fournit un revenu saisonnier pour 30.000 foyers environs (OMEF 2007). La production de litchis se trouve principalement dans la partie Est et Sud-Est de Madagascar où les conditions climatiques sont propices à la plantation de cette espèce.

Dans certaines régions de Madagascar, les chauves-souris frugivores (Pteropodidae) se nourrissent de litchis. Les niveaux de prédation infligent des dommages sur les récoltes et indiscutablement sur les revenus annuels des paysans. Ces espèces menacées et endémiques bénéficient d’une protection mais des persécutions se produisent. Ces dernières ont été confortés par le gouvernement maurien en dépit du fait que les chauves-souris soient protégées par des lois (Jenkins et Tatayah 2009). Dans les régions Est de Madagascar, les cultivateurs ont recours à plusieurs méthodes pour minimiser la prédation des chauves-souris sur les litchis comme la chasse et l’abatage par de longs bâtons des chauves-souris prenant les fruits de Dimocarpus longan (Andrianaivoarivelo et al ; 2007). Ces moyens de destructions sont communément utilisés depuis longtemps. Cependant, des recherches sont nécessaires pour mieux comprendre les différents facteurs influant la productivité des litchis puisque les chauves-souris frugivores ne sont pas seulement les causes des pertes en récolte mais il est possible que d’autres facteurs interviennent. A l’heure actuelle, aucune donnée n’est encore disponible que ce soit sur les facteurs abiotiques que biotiques (animaux frugivores) qui en fait constitue le but principal de la présente recherche.

L’étude a été menée pendant la saison humide du mois de Novembre 2007 et de Janvier 2008 dans deux localités différentes avec deux transects additionnels réalisés sur d’autres sites. Les investigations détaillées ont été réalisées à l’extrême Sud-est de Madagascar dans le Fokontany d’Amborabao (District de Tolagnaro, Région Anosy) entre le mois de Novembre et Décembre 2007 et au Centre Est de Madagascar au sein du District d’Anosibe An’Ala (Région Alaotra Mangoro) de Décembre 2007 à Janvier 2008. La première ligne de transect a été réalisé le long de la route nationale de la partie Est de l’île entre Vavatenina , Soanierana Ivongo et Brickaville ( Région d’Atsinanana et d’Analanjirofo). Les deux lignes de transects ont été menées en Novembre et Décembre 2008.

Les propriétaires des pieds de litchis rapportent que des facteurs abiotiques peuvent intervenir dans la productivité de litchis tels que l’insuffisance de précipitation, le faible taux d’humidité ou encore les vents violents pendant les développements des fruits. Les chauves-souris frugivores causent des dommages importants sur les litchis à Tolagnaro, un de nos quatre sites d’études. Les évaluations sont basées sur des interviews réalisées auprès des producteurs de litchis mais aussi en évaluant directement le nombre de fruits endommagés par les chauves-souris frugivores se trouvant sous les pieds des litchis. A Tolagnaro, le nombre de fruits endommagés par les chauves-souris par jour est en moyenne de 78 ± 140 (n = 11 pieds), ce qui représente environ 22.1 % à 64.0 % de la production. La perte est estimée entre 12.60$ et 21.50$ par pied. Les principaux facteurs probables influençant la gravité du conflit entre les producteurs de litchis et les chauves-souris frugivores sont : (i) la distance entre les gites des chauves-souris et les vergers (ii) le nombre de fruits portés par pied. Certains cultivateurs à Tolagnaro utilisent des épouvantails et cloches afin de dissuader les Pteropus rufus se nourrissant sur les litchis, mais aucune évidence n’a été trouvée dans l’autre site d’étude quant à la fiabilité de ces différentes méthodes utilisées pour minimiser les dommages induits par ces mammifères volants. Des investigations pour trouver des méthodes de contrôle non-destructives afin de minimiser les dommages occasionnés par les chauves-souris s’avèrent d’une grande priorité pour épargner ces espèces de toutes sortes de persécutions humaines.

Les traces de dents d’Eidolon dupreanum sur les fruits de litchis dans les vergers d’ Anosibe An’Ala
© Radosoa A. Andrianaivoarivelo.

Rousettus madagascariensis (Rousette de Madagascar)
© Radosoa A. Andrianaivoarivelo

Radosoa pour le Chiroblog

Références bibliographiques
Andrianaivoarivelo, R.A., Ramilijaona, O.R. and Andriafidison, D. (2007) Rousettus madagascariensis Grandidier 1929 feeding on Dimnocarpus longan in Madagascar. African Bat Conservation News, 11, 3-4.

Jenkins, R. K. B. and Tatayah, V. 2009. Flying foxes (pteropodidae: pteropus) in the western Indian ocean: a new regional initiative. Observations, discussions and updates. African Bat Conservation News. 21: 2-3.

Menzel, C. 2002. The lychee crop in Asia and the Pacific. Maroochy Research Station, Queensland Department of Primary Industries, po box 5083, scmc, nambour, qld. 4560, Australia, Rap Publication. 16: 108.

OMEF, 2007. Observatoire Malgache de l’Emploi et de la Formation professionnelle continue et entrepreneurial. Marché de la filière litchi. Source : PROSI Magasine, novembre 1998, N°358, Diversification Agricole.

 

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