Les Chiroptères des petites îles méditerannéennes

NB: Article faisant suite à la diffusion d’un poster aux 15ème Rencontres nationales chauves-souris de la SFEPM à Bourges les 15 & 16 mars 2014

Depuis 2005, le Conservatoire du Littoral a mis en place l’Initiative PIM pour les Petites Iles de Méditerranée. Il s’agit d’un programme international de promotion et d’assistance à la gestion des espaces insulaires méditerranéens. Son ambition est d’améliorer la connaissance sur ces sites parfois méconnus, en réalisant des inventaires et des suivis de la faune, de la flore, du patrimoine architectural et culturel, et d’accompagner les institutions et partenaires locaux dans la réalisation d’actions de préservation et la mise en œuvre d’une gestion effective de ces territoires d’exception.

Des centaines de notes naturalistes et de documents de gestion ont ainsi été produits, des dizaines de missions de terrain organisées aux quatre coins de la Méditerranée, près de 220 experts ont été mobilisés et de nombreuses opérations pour mieux sensibiliser décideurs, usagers et grand public à l’urgente nécessité de préserver les îles dans leurs dimensions marines et terrestres ont été actionnées.

Si, dans toute la Méditerranée, on dénombre près de 15 000 îles et îlots, le seul bassin occidental en compte plus de 1 200. Ainsi, ce ne sont pas moins de 273 PIM qui ont été recensées sur le territoire français dont 134 en Corse.

Répartition des PIM françaises

 

Parmi les PIM françaises, en 2013, ce sont seulement 9 îles qui ont fait l’objet d’inventaires chiroptérologiques.

Il a ainsi été mis en évidence que certaines espèces de chauve-souris fréquentent les petites îles méditerranéennes. En France, la première mention date de 1955 où V. Aellen signale, pour la première fois, la présence du Petit rhinolophe Rhinolophus hipposideros sur l’île de Port-Cros (83).

Avec 13 espèces contactées, Port-Cros rassemble la plus grande richesse spécifique dénombrée à l’heure actuelle sur les PIM françaises, toute session d’inventaires confondue.

Nombre d’espèces contactées par île ou archipel inventorié

 

Les espèces les plus contactées sur les PIM françaises, toutes îles cumulées, sont : le Vespère de Savi Hypsugo savii, le Molosse de Cestoni Tadarida teniotis, et la Pipistrelle de Kuhl Pipistrellus kuhlii.

Proportion de contacts des différentes espèces fréquentant les PIM françaises

 

Certaines espèces pourraient avoir disparu comme le Petit rhinolophe (contacté en août 1955 sur Port-Cros et en novembre 1956 sur Porquerolles (Aellen, 1998)) pour lequel aucune donnée récente n’existe sur une PIM française.

Plusieurs chiroptères sont connus pour gîter sur certaines de ces PIM françaises. Ainsi, le Minioptère de Schreibers Miniopterus schreibersii occupe le monastère fortifié de l’abbaye de l’île Saint-Honorat (Bastélica & Allegrini, 2013). Des femelles allaitantes de Murin à oreilles échancrées Myotis emarginatus ont été observées regroupées dans l’ancienne cave à vin du village de Porquerolles (Médard & Guibert, 1996). Sur cette même île, un individu de Noctule de Leisler Nyctalus leisleri a été trouvé mort derrière un volet de la poste du village (Médard & Guibert, 1996 op. cit.). L’Oreillard gris Plecotus austriacus se reproduit sur Port-Cros et constitue des groupes d’élevage sur Porquerolles (Médard & Guibert, 1996 op. cit.). Celui-ci se retrouve également dans ses gîtes de mise-bas sur Porquerolles (Médard & Guibert, 1996 op. cit.). Enfin, une colonie de mise-bas d’environ 20 couples de Molosse de Cestoni a été découverte sur Port-Cros (Médard & Guibert, 1996 op. cit.).

Ailleurs, sur le bassin méditerranéen, il existe d’autres données de chiroptères contactés sur les PIM. En Albanie, le genre Plecotus a été observé en gîte sur l’île de Sazani. Sur cette même île, un crâne de Pipistrelle de Kuhl, récolté dans des pelotes de réjection d’Anthene noctua, a également été trouvé (Théou & Bego, 2013). En Italie, sur 47 îles considérées, un total de 16-17 chiroptères ont été recensés, avec un record de 15 espèces contactées sur l’archipel Toscan (Angelici et al., 2009). En Tunisie, des chiroptères (type Murin du Maghreb Myotis punicus) sont mentionnés dans la grotte du débarcadère sud des îles de Cani (Delaugerre & Ouni, 2010).

Or, dans la littérature, il est communément relaté que les chiroptères exploitent les éléments structurant le paysage, aussi appelés corridors écologiques, comme les haies, les alignements d’arbres, les lisières forestières, etc., dans le cadre de leurs déplacements entre leurs gîtes et leurs territoires de chasse ou, selon les espèces, comme zones d’alimentation (Limpens & Kapteyn, 1991 ; Verboom & Huitema, 1997 ; Oakeley & Jones, 1998 ; Russ & Montgomery, 2002 ; Downs & Racey, 2006). De plus, il a été mis en évidence que la dépendance aux éléments linéaires du paysage pour les chauvesouris varie d’une espèce à l’autre. Ainsi, les espèces de petite taille comme le Murin de Daubenton Myotis daubentonii ou encore la Pipistrelle commune Pipistrellus pipistrellus sont plus enclines à suivre de près ces linéaires tandis qu’il n’est pas rare de contacter des espèces de plus grande taille et de plus haut vol comme les Noctules Nyctalus sp. et Sérotines Eptesicus sp. traversant de larges étendues ouvertes (Limpens & Kapteyn, 1991 ; Verboom & Huitema, 1997).

Par conséquent, en l’absence de corridor et pour certaines d’éléments visuels permettant de les repérer (lumières, …), nous pouvons nous demander comment les chiroptères, et notamment les espèces de petite taille, repèrent-ils les PIM isolées en mer et parviennent-ils jusqu’à elles ?

Qui plus est, il apparaît naturel de s’interroger sur le rôle que peuvent jouer ces îles et îlots pour les chiroptères. S’agit-il de zones de repli / repos pendant les sessions de chasse, de territoires de chasse et/ou de secteurs préférentiels de gîte, du fait notamment du faible nombre de prédateurs potentiels ?

Enfin, cela nous amène à nous questionner sur l’intérêt pour la protection des chiroptères ou, du moins, de certaines espèces, des PIM en France, et de manière plus générale à l’échelle du bassin méditerranéen. Jouent-elles un rôle clé dans le cadre de leur conservation

 

Fiona, Céline et Benjamin pour le Chiroblog

 

Références bibliographiques :

Aellen V., 1998. Contribution à la connaissance des chauves-souris du sud-est de la France (Mammalia, Chiroptera). Le Rhinolophe, 13 : 53-56.

Angeli F. M., Laurenti A. & Nappi A., 2009. A checklist of the mammals of small italian islands. Hystrix, Italian Journal of Mammalogy, 20: 3-27.

Bastélica F. & Allegrini B., 2013. Inventaires chiroptérologiques de l’île Saint-Honorat (Archipel de Lérins). Note naturaliste PIM. 15 pages.

Delaugerre M. & Ouni R., 2010. Jouzour El Klebe ou îles de Cani (côte nord de la Tunisie): premières observations naturalistes avec une attention particulière pour la faune herpétologique. Note naturaliste initiative PIM 09. 31 pages.

Downs N.C. & Racey P.A. 2006. The use by bats of habitat features in mixed farmland in Scotland. Acta Chiropterologica 8: 169-185.

Limpens H. & Kapteyn K., 1991. Bats, their behaviour and linear landscape elements. Myotis 29: 39-48.

Médard P. & Guibert E., 1996. Chiroptères des îles de Port-Cros et Porquerolles (Archipel des îles d’Hyères, Var, France). Vie et Milieu, 46 (3-4) : 225-231.

Oakeley S.F. & Jones G. 1998. Habitat around maternity roosts of the 55 kHz phonic type of pipistrelle bats Pipistrellus pipistrellus. Journal of Zoology. 245 : 222-228.

Russ J.M. & Montgomery W.I. 2002. Habitat associations of bats in Northern Ireland: implications for conservation. Biological Conservation 108: 49-58.

Theou P. & Bego F., 2013. Etude des populations de chiroptères de l’île de Sazani. Note naturaliste Initiative PIM. 12 pages.

Verboom B. & Huitema H. 1997: The importance of linear landscape elements for the pipistrelle Pipistrellus pipistrellus and the serotine bat Eptesicus serotinus. – Landscape Ecology 12: 117-125.

One Response to “Les Chiroptères des petites îles méditerannéennes”

  1. Tony Tony dit :

    J’ai trouvé cet article passionnant. Je pense notamment au questionnement de la colonisation des îles par les chiroptères et leur rôle. Cette question revient également quand on s’intéresse à la paléobiogéographie et à la radiation « explosive » des chauves-souris. Leur capacité de dispersion est impressionnante, rapide et et très étendue (le registre paléontologique nous montre que le groupe était présent sur tout les continents dès l’Éocène inférieur (il y a environ 50 millions d’années) sans avoir de traces antérieures. les îles ont dû jouer un rôle primordiale dans ce phénomène. De plus, les Necromantidae, les Emballonuridae et les Hipposideridae ont probablement effectué une dispersion depuis l’Afrique jusqu’en Europe durant l’Éocène moyen (l’Europe était beaucoup plus fragmentaire qu’aujourd’hui composé d’un complexe d’îles plus ou moins grandes). Est ce que ces îles font office d’habitat permanent? Sont-ils des points de passages lors de migrations? Y-a-t-il des échanges avec le contient?

    Merci pour cet article,

    Anthony

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