Micro-habitats d’arbres et chiroptères – zoom sur les travaux de thèse de Baptiste Regnery

Le groupe des chiroptères suscite de plus en plus d’intérêt dans la conservation de la biodiversité. En effet, les suivis à l’échelle de la France montrent désormais des tendances de déclin chez de nombreuses espèces, y compris des espèces communes. D’autre part, la longévité des chiroptères et leur position dans les réseaux trophiques, en font un taxon indicateur pour la gestion des espaces naturels ou semi-naturels.

Cependant, il est souvent difficile de mesurer directement l’ensemble des populations et communautés de chiroptères, pour des raisons techniques et/ou budgétaires. Pour cette raison, il est nécessaire de développer des indicateurs permettant d’estimer, de manière indirecte, l’état ou les pressions pesant sur les chiroptères. Dans ce contexte, nous nous sommes intéressés au possible rôle indicateur des micro-habitats d’arbre (ci-après « micro-habitats »). Les micro-habitats correspondent à des habitats de petite taille qui se développent sur les arbres vivants ou morts (e.g., bois mort sur pied, cavités d’arbres, décollements d’écorces ; Vuidot et al., 2011).

Exemple de micro-habitat.

Un protocole d’inventaire des micro-habitats d’arbre a été développé par E. Cosson (Groupe Chiroptères de Provence) et O. Ferreira (Office National des Forêts) (ONF, 2009). Le protocole permet de recenser les 10 principaux types de micro-habitat rencontrés en forêt : le bois mort sur pied, le bois mort au sol, les loges de pics, les cavités de Cerambyx, les autres cavités (cavités basses, intermédiaires, et hautes), les décollements d’écorces et fissurations, les champignons, et le lierre. Nous avons appliqué le protocole sur trois massifs forestiers dominés par le chêne vert et le chêne pubescent en région Provence-Alpes-Côte-D’azur. Ces massifs sont localisés à Saint-Paul-lès-Durance (1415 ha), Ribiers (126 ha), et Saint-Vincent-sur-Jabron (90 ha). Puis, nous avons complété l’inventaire des micro-habitats par des relevés d’autres caractéristiques de peuplement. Pour cela, nous avons mesuré 8 variables : surface terrière, densité de tiges, volume de bois mort, hauteur de peuplement, distribution des classes de diamètres, temps depuis la dernière coupe, nombre d’habitats, distance à la route.

Localisation des sites d’étude et plan d’échantillonnage. L’encadré présente le plan d’échantillonnage sur le site de Saint-Paul-lès-Durance avec les plots (cercles) et les arbres porteurs de micro-habitats (points). Regnery et al., 2013a.

Puis, nous avons complété les variables de micro-habitat et de peuplement par des inventaires quantitatifs des oiseaux et chiroptères. Au centre de chaque plot, nous avons effectué deux passages d’inventaire des chiroptères par l’enregistrement d’ultrasons à des périodes de pics d’activités (mises bas/allaitements et activités automnales précédant l’hibernation) (2 x 30 min ; 9-22 juin 2011 ; 21-29 septembre 2011). Les cris d’écholocation étaient détectés à l’aide de Tranquility Transect (Courtpan Design Ltd, UK) et enregistrés sur des Zoom H2 (Sampson Technologies, USA). L’identification était ensuite réalisée en laboratoire.

Détecteur Tranquility Transect relié à un enregistreur Zoom H2.

A l’échelle des espèces, nous avons considéré les densités d’activité de 5 espèces (espèces présentes sur au moins 10 plots). Parmi ces espèces, 2 espèces sont positivement corrélées avec la diversité des micro-habitats (la Pipistrelle de nathusius (Pipistrellus nathusii) et la Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus) – la Pipistrelle commune est également positivement corrélée à la densité de cavité de Cerambyx et la densité de bois mort sur pied). A l’échelle des communautés, la richesse spécifique des chiroptères est positivement corrélée avec plusieurs micro-habitats dont la diversité des micro-habitats, et la diversité spécifique est positivement corrélée avec la densité de cavités de Cerambyx.

Cavités de Cerambyx sur un Chêne pubescent.

Nous avons ensuite comparé les résultats obtenus des corrélations entre les micro-habitats et les chiroptères avec les résultats des corrélations entre les variables de peuplement et les chiroptères. Il est intéressant de remarquer que les variables de micro-habitats expliquent généralement mieux les variations de biodiversité que les variables de peuplements (voir pour plus de détails Regnery et al., 2013a).

Ces résultats apportent des premiers éléments sur les relations entre la distribution des micro-habitats dans un peuplement et les populations et communautés de chiroptères. Nous montrons notamment que deux paramètres semblent jouer un rôle important pour les chiroptères : la diversité de micro-habitats et les cavités de Cerambyx. A l’avenir, il serait intéressant d’approfondir ces recherches pour mieux comprendre quels sont les mécanismes en jeu. Concernant la diversité de micro-habitats, nous pourrions émettre l’hypothèse qu’une combinaison de micro-habitats est importante pour soutenir une abondance suffisante de proies (les micro-habitats étant utilisés par de nombreux insectes). Concernant les cavités de Cerambyx, les corrélations restent encore peu expliquées, même si l’hypothèse d’une utilisation des cavités de Cerambyx n’est pas à exclure (Pénicaud et Le Reste, 2011 ; E. Cosson, communication personnelle pour Pipistrellus sp. et la Nyctalus leisleri). Enfin, d’autres facteurs mériteraient d’être testés, simultanément aux micro-habitats, tels que la composition des peuplements ou encore la structure paysagère.

Baptiste pour le Chiroblog

Références bibliographiques
N.B. Les publications de Baptiste sont disponibles sur le site du Muséum de Paris.

ONF (Office National des Forêts), 2009. Recensement des Arbres Réservoirs de Biodiversité sur 1200 ha autour du site ITER (13 & 83).

ONF, 2010. Les arbres à conserver pour la biodiversité. Comment les identifier et les désigner ? Fiches techniques – Biodiversité n°3.

Pénicaud, P., Le Reste, G., 2011. Report of the National survey on tree roosts for bats. Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères. Mammifères sauvages n°61.

Regnery, C., Couvet., D., Kubarek, L., Julien, J.F., Kerbiriou, C., 2013a. Tree microhabitats as indicators of bird and bat communities in Mediterranean forests. Ecological Indicators 34, 221-230.

Regnery, B., Paillet, Y., Couvet, D., Kerbiriou, C., 2013b. Which factors influence the occurrence and density of tree microhabitats in Mediterranean oak forests? Forest Ecology & Management 295, 118-125.

Vuidot, A., Paillet, Y., Archaux, F., Gosselin, F., 2011. Influence of tree characteristics and forest management on tree microhabitats. Biological Conservation 144, 441–450.

2 Responses to “Micro-habitats d’arbres et chiroptères – zoom sur les travaux de thèse de Baptiste Regnery”

  1. […] sujets liés à la conservation des chiroptères : risques de l’ivermectine par Jade, micro-habitats d’arbres par Baptiste, pollution lumineuse par Aurélie, trajectographie par Charlotte, échantillonage […]

  2. […] – Baptiste Régnery (soutenue en 2013). MNHN-UPMC (France). ‘Les mesures compensatoires pour la biodiversité: conception et perspectives d’application.’ [Thèse en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog]. […]

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