Migration des chauves-souris en Europe

septembre 7th, 2016

La migration automnale des chauves-souris a démarré, un nombre record d’animaux a déjà été capturé en Lettonie, à vous de jouer pour les relectures de bague!

Des conditions météorologiques favorables ont encouragé des millions de chauves-souris à migrer depuis le Nord-est de L’Europe jusqu’aux zones où elles passent l’hiver.

Piège Heligoland à Pape (Lettonie). Photo: Jasja Dekker.

Piège Heligoland à Pape (Lettonie). Photo: Jasja Dekker.

Plus de 4000 chauves-souris ont déjà été baguées à la station ornithologique de Pape en Lettonie. Les chauves-souris sont capturées à l’aide d’un piège Heligoland (voir photo), qui est mis en oeuvre par une coopération entre le Leibniz institute for Zoo and Wildlife Research (IZW) de Berlin et la Latvian University de Riga. Selon le Prof. Dr. Gunars Petersons (Agricultural University Jelgava), plus de 3500 pipistrelles de Nathusius baguées (Pipistrellus nathusii) ont été relachées depuis le début de la migration le long de la côte baltique de la Lettonie le 19 Août 2016, ainsi que plusieurs pipistrelles pygmées (Pipistrellus pygmaeus), sérotines bicolores (Vespertilio murinus) et noctules communes (Nyctalus noctula). Les résultats de cette année représente un nouveau record pour la station de recherche de Pape, qui mène des recherches sur les chauves-souris depuis les années 1960. Sur place, des chercheurs de Lettonie, d’Allemagne et des Pays-Bas ont été impressionnés par le spectacle naturel unique des milliers de chauves-souris volant le long du couloir de migration côtier.

Par ailleurs en Saxe-Anhalt (Etat fédéral en Allemagne), les premières migrations ont été enregistrées. “Depuis plusieurs jours, les pipistrelles de Nathusius, les sérotines bicolores et les noctules de Leisler migrent de manière intensive”, observe Bernd Ohlendorf du centre de référence de l’état pour la conservation des chauves-souris. En coopération avec le groupe Chiroptères local (Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V.), environ 4000 pipistrelles de Nathusius, sérotines bicolores et noctules de Leisler (Nyctalus leislerii) ont été baguées dans la région depuis 2015.

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Recaptures de bagues pour les populations de Pipistrelles de Nathusius du Nord-est de l’Europe en relation avec la densité des éoliennes en Allemagne (Voigt et al. 2015).

Pour une conservation des chauves-souris effective, il est entre autres nécessaire d’identifier les routes de migration, les gîtes et les zones où elles passent l’hiver à l’aide de relectures de bagues, parce que « concernant la migration des chauves-souris, nous tâtonnons littéralement dans le noir » témoigne Christian Voigt, scientifique du IZW. » Seules quelques relectures de bague et des études acoustiques suggèrent l’étendue réelle des mouvements de la migration automnale. Le nombre et la gamme des routes de migration annuelle dépassent tout ce que l’on sait sur les mammifères. Même les troupeaux de gnous migrateurs dans le Serengeti ne se déplacent pas sur d’aussi longues distances », analyse Christian Voigt.

Cependant, la migration automnale recense déjà ses premières victimes d’éoliennes. Dans un parc d’éoliennes en Lituanie, 7 cadavres de pipistrelles de Nathusius ont ate découverts lors d’une simple visite sporadique. En Saxe-Anhalt, c’est meme une noctule baguée qui a été retrouvée. Selon l’IZW, les chauves-souris meurent par collisions directes avec les pales ou même à cause des énormes fluctuations de pressions causées par les pales en rotation (barotrauma).

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Noctule baguée retrouvée morte sous une éolienne en Saxe-Anhalt. Photo: Bernd Ohlendorf

Durant les prochains jours et prochaines semaines, nous vous invitons à contrôler vos nichoirs à chauves-souris, déployer vos filets de capture et et chercher des carcasses sous les éoliennes pour obtenir des relectures de bague !

Note:

  • Les bagues trouvées doivent être communiquées aux autorités compétentes et aux centres de baguage.
  • Les cadavres de chauves-souris doivent être transmis (sous couvert d’autorisations) aux autorités compétentes.
  • En fonction des pays, les captures au filet et les contrôles de nichoirs requièrent des permis concernant la protection des espèces.

Références:

  • Communiqué de presse du Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Reseach, 24 Août 2016, Berlin: Fledermäuse auf dem Durchflug: Der Herbstliche Fledermauszug beginnt.
  • Communiqué de presse de l’Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V., 22 Août 2016, Stolberg/Harz: Fledermauszug der Rauhautfledermaus Mitte August 2016 in Deutschland.
  • Gunars Petersons 2016, pers. com. le 28 Août 2016, Pape.
  • www.fledermauszug-deutschland.de (28 Août 2016)
  • Voigt, C.; Lehnert, L. S.; Petersons, G.; Adorf, F.; Bach, L. 2015: Wildlife and renewable energy: German politics cross migratory bats. European Journal of Wildlife Research, February 2015. DOI 10.1007/s10344-015-0903-y.

Marcus Fritze pour le Bundesverband für Fledermauskunde,
Traduit de l’anglais par Yann Gager

Version anglaise

Autumn bat migration season has started, record numbers captured in Latvia, time to get ring recaptures!

Favorable weather conditions have encouraged millions of bats to migrate from north-eastern Europe to their wintering areas in Germany, France, Italy, the Benelux and probably other countries.

More than 5,000 bats have already been ringed at the ornithological station in Pape / Latvia in August 2016. Bats were captured in a Heligoland trap (see picture), which is operated by a cooperation between the Leibniz institute for Zoo and Wildlife Research (IZW) in Berlin and the Latvian University in Riga. According to Prof. Dr. Gunars Petersons (Agricultural University Jelgava) more than 4,000 ringed Nathusius bats (Pipistrellus nathusii) were released since the beginning of the migration season at the Latvian Baltic coast on the 19th of August 2016, as well as several Soprano pipistrelles (Pipistrellus pygmaeus), Parti-coloured bats (Vespertilio murinus) and common noctules (Nyctalus noctula). The results of this year represent a new record for the research station in Pape, which carries out bat research since the 1960s. Attending bat researchers from Latvia, Germany and the Netherlands were amazed by the unique natural spectacle, as thousands of bats were flying along the coastal migration corridor

Also in Saxony-Anhalt (Federal state in Germany) first migration movements were registered. “For several days, the Nathusius bats, Parti-coloured bats and Leisler’s bats have been migrating with great intensity”, says Bernd Ohlendorf from the state’s reference Centre for Bat Conservation. Here, in cooperation with the local bat working group (Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V.), some 4,000 Nathusius bats, Parti-coloured bats and Leisler’s bats (Nyctalus leislerii) were ringed since spring 2015.

For effective conservation of bats, it is necessary, inter alia, to identify migration routes, roosting sites, resting and wintering areas by ring-recaptures, because « concerning bat migration, we are groping in the dark, » says Christian Voigt, scientist at the IZW. « Only a few recoveries and acoustic studies suggest the real extent of the autumnal migration movements. The number and the range of the annual trails surpass everything that is known about mammals. Even the migratory herds of wildebeest in the Serengeti do not move such long distances », says Christian Voigt.

Since the start of autumn migration, first fatalities at wind turbines have already be seen. In a wind farm in Lithuania 7 dead Nathusius bats were found in a single sporadic inspection. In Saxony-Anhalt a ringed noctule was found, dead beneath a wind turbine. According IZW, bats are dying by collisions and even due to the enormous pressure fluctuations caused by the rotating blades (barotrauma).

The coming days and weeks should therefore be used for bat box controls, mist net catching and carcass searches under wind turbines to get ring recaptures!

Note:
– Found rings should be reported to the designated authorities and ringing head offices.
– Bat carcasses should be transmitted (under licence) to the responsible conservation offices.
– Mist net catchings and bat box controls require permits concerning species protection.

References:
– News release Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Reseach, 24th August 2016, Berlin: Fledermäuse auf dem Durchflug: Der Herbstliche Fledermauszug beginnt.
– News release Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V., 22th August 2016, Stolberg/Harz: Fledermauszug der Rauhautfledermaus Mitte August 2016 in Deutschland.
– Gunars Petersons 2016, pers. com. At 28th August 2016, Pape.
www.fledermauszug-deutschland.de (28th August 2016)
– Voigt, C.; Lehnert, L. S.; Petersons, G.; Adorf, F.; Bach, L. 2015: Wildlife and renewable energy: German politics cross migratory bats. European Journal of Wildlife Research, February 2015. DOI 10.1007/s10344-015-0903-y.

Marcus Fritze, Bundesverband für Fledermauskunde e.V.,Pape, 28th August 2016

Une nouvelle population de Grandes Noctules en Aveyron

juillet 22nd, 2016

Le feuilleton des Grandes Noctules se poursuit, avec la découverte le mois dernier d’une nouvelle colonie de Grandes noctules dans la vallée du Lot, dans le Nord Aveyron, au pied de l’Aubrac.

La colonie a été découverte sans captures mais grâce à une méthode éprouvée, dite « méthode EXEN » de poursuite acoustique et visuelle de début et surtout de fin de nuit. Cette méthode non invasive avait été développée en 2012 pour la découverte de nos premiers gites de mise-bas de la Grande noctule en Auvergne (Beucher & Bernard, 2016). J’avais eu quelques contacts acoustiques de début de nuit (22h05) le 19 juin dernier au cours d’un comptage de colonie de Grand murins. Nous nous sommes ainsi relayés pendant environ 15 jours au sein de l’équipe EXEN et de Chauves-Souris Aveyron en fonction de la disponibilité des uns et des autres, avant d’aller au travail. Finalement, nous avons localisé un premier arbre-gite mercredi 06 juillet vers 6h15, à plus de 4.5 km du contact acoustique du 19 juin. Il s’agit d’une chênaie claire située sur des coteaux pentus du sud de la vallée du Lot.

La cavité, située dans un chêne à à peine 5m de hauteur, inspectée en journée et filmée en sortie de gite était occupée par 17 individus. Aucun jeune de l’année n’a pu être identifié (ni accroché à la mère ni volant). Evidemment, sans capture, nous ne pouvons présager du sexe des individus, et les images filmées avec le Sony α7S et ralenties en sortie de gite ne permettent pas de s’en rendre compte (uniquement des vues de dos des bêtes). Mais simplement la longueur des poils et les rendus en infrarouges permettent de penser qu’il s’agit bien d’adultes. L’expérience de 5 années de suivi de la population auvergnate où mâles et femelles cohabitent, nous invite à rester prudents et éviter toute supposition sur la base de la taille du groupe.

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Il est aussi évidemment trop tôt pour estimer la taille de la population locale, mais nous avons pu assister à un balai impressionnant de plusieurs dizaines de grandes noctules, évoluant avec martinets, hirondelles et faucon hobereau, et exploitant des nuées d’insectes au crépuscule ou au petit jour, en pleine ville, au-dessus du Lot. Cette nouvelle population est clairement distincte de celles connues jusqu’alors, mais étrangement située à mi-distance entre celle des femelles suivies par Marie-Jo Dubourg-Savage et l’équipe du Groupe Chiroptères Midi-Pyrénées sur le plateau du Lévezou (à plus de 22 km au sud) et à 22 km de celle des mâles et femelles non reproductrices qui avait été localisée par l’Alepe en 2007 (Sané, Vespère 2008) dans l’ouest Lozèrien. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur les éventuels liens entre ces populations. Par ailleurs, la grande noctule a été contactée acoustiquement sur de multiples sites dans le Nord Aveyron (Cf. article sur le Chiroblog ‘La Grande Noctule en Aveyron‘), ce qui laisse penser que d’autres découvertes de colonies sont à venir. Cette nouvelle donnée ouvre un nouveau champ d’investigations pour avancer dans la connaissance de l’espèce localement bien sûr, mais aussi en parallèle des autres populations suivies dans le Massif Central et au-delà. Ça promet de belles campagnes de suivis à venir, de façon fine et sur le long terme, avec une aventure qui recommence.Un grand merci à ceux qui ont contribués, en équipe, à cette découverte : Frédéric Albespy, Frédéric Berougeon, Marie Beucher, Nicolas Cayssiols, Jeremy Dechartre, Chloé Guiraud, Aurélie Langlois, Mathieu Louis, Justine Mougnot, Laurie Nazon, Pierre Petitjean, Arnaud Rhodde et Chloé Tanton.

Yannick Beucher pour le bureau d’études EXEN et le groupe Chauves-souris Aveyron

Références bibliographiques

Beucher & Bernard (2016). La Grande noctule (Nyctalus lasiopterus) dans le Puy de Dôme : découverte d’une colonie de mise-bas et suivi d’activité par une méthode sans capture. Symbioses, 34, 9-13.

Sané (2008). La Grande Noctule Nyctalus lasiopterus (Schreber, 1780) en Lozère: Résultats d’une semaine de suivi radio-télémétrique. Le Vespère, 1, 21-35 [Télécharger l’article].

Caractérisation de l’activité des chiroptères sous un parc éolien en activité et au sein d’un site naturel sous l’emprise d’une activité minière en Nouvelle-Calédonie

avril 18th, 2016

La Nouvelle-Calédonie est un petit archipel d’une superficie de 18 575,5 km2dans le Pacifique, qui abrite 9 espèces de Chiroptères, incluant 4 espèces de renards volants (famille des Pteropodidae). L’enjeu de conservation de ces espèces est d’autant plus important qu’elles constituent la seule faune mammalienne terrestre indigène du pays.

Depuis le milieu des années 1980, le secteur minier et notamment la production de nickel est très important pour l’économie néo-calédonienne (Institut de la Statistique et des Etudes Economiques (ISEE), 2014). Il a transformé les paysages et les conditions de vie des habitants. Ce secteur industriel nécessite des apports énergétiques toujours plus importants et devrait continuer à participer au développement des énergies renouvelables dont l’éolien (IRD, 2012). Les réserves estimées de nickel assurent la possibilité d’extraction sur plusieurs décennies en fonction du rythme de prélèvement et des techniques employées. Le cycle d’activité des industries minières est quasiment ininterrompu.

Jusqu’à présent, aucune étude n’avait été menée sur les impacts de telles activités anthropiques sur les chiroptères. C’est pourquoi ce stage comprend trois axes majeurs de travail:

– Le premier volet tente de déterminer l’éventuel impact des éoliennes sur l’activité des chiroptères (hors renards volants) présents sur un parc éolien.

– Le second volet a pour but de décrire l’utilisation des 3 habitats dominants (Forêt, lisière et maquis) par les chiroptères et de participer à l’élaboration de recommandations sur la gestion des milieux. La zone d’étude est située dans une zone naturelle en instance de destruction pour une extension minière.

– Enfin, le dernier volet correspond à la rédaction de recommandations pour les méthodes de suivis et de prise en compte des chiroptères dans le cadre de projets de développement éolien et/ou minier. Ces recommandations portent sur les possibilités d’atténuation d’impacts ou de compensation pour la conservation de ces espèces. Et cela tant au niveau des études d’avant-projet que post-projet.

Un inventaire acoustique a été effectué du 11 au 13 et du 18 au 22 mai 2015 ainsi que du 1er au 5 et du 15 au 19 juin 2015. Ces dates correspondent hypothétiquement à la période de trêve hivernale (moindre activité des chiroptères de l’archipel), (Thouzeau et Brescia, 2014a ; Millon, com. pers.). Ainsi, il ne s’agit pas de la période idéale pour mener ce genre d’études. Néanmoins, il s’agit des contraintes allouées à la réalisation de ce stage et cela a été pris en compte dans le traitement des résultats. Comme l’activité des chiroptères peut dépendre de la structure du paysage (Millon et al, 2015) et des conditions climatiques (Kerbiriou et al., 2006), les différentes modalités sont échantillonnées les mêmes nuits, de manière à minimiser les biais. Sur le parc éolien, des réplicas de points d’écoutes ont ainsi été réalisés sous 8 éoliennes au total. Chaque éolienne échantillonnée est couplée à une zone témoin environnante afin de pouvoir constater l’éventuel impact des éoliennes sur l’activité des chiroptères. De même, sur le site minier, 5 réplicas ont été réalisés sur les 3 habitats principaux de la zone de l’espace minier : la forêt, la lisière et le maquis. Cette méthodologie est employée dans le but de décrire l’utilisation des habitats par les chiroptères.

Au total, 159 heures d’enregistrements ont été analysés, soit :
– 31 échantillons des 3 premières heures et 30 minutes après le coucher du soleil,
– 5 échantillons de 15 heures (durée d’une nuit entière d’enregistrement).

Des contacts de 2 groupes d’espèces (celles des genres Chalinolobus et Miniopterus) ont été identifiés sur les 2 sites d’études. Chalinolobus neocaledonicus, est majoritairement présent sur le parc et le groupe actuellement indifférenciable Miniopterus australis/ M. macrocneme est majoritairement présent sur le site minier, et cela sur l’ensemble des différentes modalités échantillonnées.

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Chalinolobus neocaledonicus

Résultats de l’activité des chiroptères sur les 2 sites, toutes modalités confondues :

Parc éolien : 52 contacts/3h30 en moyenne
(42 contacts/3h30 de C. neocaledonicus et 10 contacts/3h30 de M.australis/ M.macrocneme).

Site minier : 119 contacts/3h30 en moyenne
(132 contacts/3h30 de C. neocaledonicus et 13 contacts/3h30 de M.australis/macrocneme).

Sonogrammes des espèces étudiées : (A) Chalinolobus neocaledonicus en milieu ouvert et (B) Miniopterus australis/macrocneme en lisière (fenêtre de 50 ms).

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Ce travail a permis de mettre en évidence l’activité notable dans le contexte néo-calédonien des chiroptères sur un site éolien et minier malgré la période inadéquate. La seule étude locale existante avait relevé une activité de 30 contacts/heure en milieu forestier et en période automnale, soit durant la période de gestation des espèces (Thouzeau & Brescia, 2014a). Il est alors possible d’imaginer que ces sites anthropiques sont largement fréquentés par les chauves-souris en période d’activité maximale et pourraient donc engendrer des impacts importants.

Cette étude est à la base de futures recommandations pour la conception de tels projets à l’échelle de l’archipel. Il s’agit d’une amorce justifiant de l’intérêt de mesures de conservation sur ces milieux anthropisés ainsi que de la sauvegarde des milieux favorables. Des recommandations générales et des méthodes d’évaluations d’impact ont été présentées afin de tenir compte de leurs effets sur les chauves-souris. Cependant, ces recommandations restent incomplètes et doivent être développées. Il est nécessaire de continuer à enquêter et réaliser de nouveaux suivis pendant la période de pleine activité. Grâce au cumul des enregistrements de chiroptères, il sera également possible de construire des modèles des caractéristiques des signaux, et enfin d’établir des logiciels d’analyse automatique applicables pour les espèces locales. Mais avant cela il est important de continuer à décrire et relever des mesures des signaux traités afin d’alimenter les connaissances existantes et, dans l’idéal, décrire des données bio-acoustiques pour l’ensemble des espèces du pays. Quelques enregistrements laissent à penser qu’il existe 2 typologies de signaux des Minioptères de la Grande Terre (actuellement indifférenciables). L’une avec une Fréquence terminale de 50,7 à 54,6 kHz et l’autre de 43,5 à 45 kHz. Ce stage aura permis, entre autre, l’identification de cris sociaux de Chalinolobus neocaledonicus jusqu’alors non recensés. Mais également la découverte d’une ensifère (sous-ordre des Ensifera: les sauterelles, grillons et courtilières) pouvant émettre jusqu’à 40 kHz, qui auparavant était confondue avec les émissions de Chalibolobus neocaedonicus. De plus, les résultats de contacts de Chalinolobus neocaledonicus ne sont pas en adéquation avec la biologie arboricole décrite de l’espèce (Kirsch et al., 2002 ; Thouzeau & Brescia 2014b). Dans notre étude cette espèce a surtout été enregistrée dans des milieux ouverts ou de lisière, et nous laisse ainsi penser qu’il reste des notions de sa biologie à découvrir.

Célia Colin

Références bibliographiques
Kirsch R.A., Tupinier Y., Beuneux G. & A. Rainho (2002). Contributions à l’inventaire chiroptèrologique de la Nouvelle-Calédonie. SFEPM. 129p.

Kerbiriou C., Julien J.-F., Ancrenaz K., Gadot A.S., Loïs G., Jiguet F. & R. Julliard (2006). Suivi des espèces communes après les oiseaux … les chauves-souris ? XI Rencontres « Chauves-souris » Muséum de Bourges 18-19 Mars, Bourges, France.

IRD (2012). « Atlas de la Nouvelle-Calédonie ». IRD Orstom. 269p.

Millon L., Julien J.-F., Julliard R. & C. Kerbiriou (2015). Bat activity in intensively farmed landscapes with wind turbines and offset measures. Ecological Engeneering, 75, 250-257.

Thouzeau A. & F. Brescia (2014a). Etude exploratoire des microchiroptères de Nouvelle-Calédonie. IAC. 31p.

Thouzeau A. & F. Brescia (2014b). Les microchiroptères de la Nouvelle-Calédonie. Non publié, 29p.

Webographie :

Site Internet de Institut de la Statistique et des Etudes Economiques de la Nouvelle-Calédonie (ISEE) (consulté le 28/03/2015)

Polllution lumineuse : zoom sur la thèse de Clémentine Azam

avril 3rd, 2016

La pollution lumineuse générée par l’utilisation massive d’éclairage artificiel est, depuis une dizaine d’années, considérée comme une menace importante pour la biodiversité. Avec un développement de l’ordre de 6 % par an dans le monde (3 % en France), la pollution lumineuse affecte aujourd’hui près de 20 % de la superficie du globe.

Depuis le début de la crise économique de 2008, environ 10 000 communes ont mis en place un système d’extinction de l’éclairage public aux heures où peu d’habitants utilisent la voie publique (de minuit à cinq heures du matin environ). Cette mesure a été principalement mise en place pour réduire les coûts de l’éclairage public qui peuvent représenter jusqu’à 45 % de la facture d’électricité des communes. Or, alors que cette mesure s’intègre parfaitement dans les objectifs de développement durable des communes, en limitant la consommation d’énergie des territoires, aucune étude n’a jusqu’ici caractérisé si cette mesure pouvait efficacement limiter les impacts négatifs de l’éclairage artificiel sur la biodiversité.

C’est pourquoi nous avons effectué, dans le Parc Naturel Régional du Gâtinais Français, une expérience pour tester l’effet de cette mesure sur 6 espèces de 2 genres de chiroptères (Figure 1). Nous avons effectué un échantillonnage apparié en enregistrant simultanément l’activité de chiroptères sur un site éclairé d’un lampadaire à Sodium Haute Pression et un site contrôle non éclairé. Les deux sites de chaque paire, similaires d’un point de vue de l’habitat, étaient situés le long de haies ou de lisières forestières et éloignés d’environ 200 m. Vingt-quatre paires étaient situées dans des communes pratiquant l’extinction nocturne des lampadaires et douze paires étaient situées dans des communes qui laissent leurs lampadaires allumés toute la nuit.

Photo_lampadaireFigure 1. Photographie de l’un des sites d’étude situé dans la commune de Dannemois (91). Crédit photo: Clémentine Azam.

L’activité de chiroptères a été mesurée toute la nuit en enregistrant tous les contacts de chiroptères avec un détecteur d’ultrasons SM2, sur une période couvrant 30 minutes avant et 30 minutes après le coucher du soleil. Les enregistrements ont ensuite été traités par le logiciel de classification automatique Sonochiro © et la classification des contacts a été validée en vérifiant manuellement les séquences ambiguës avec le logiciel Syrinx 2.6. La session de terrain a été effectuée de Juin à Août, durant les nuits où les conditions météorologiques étaient favorables.

Effets de l’éclairage sur l’activité de chiroptères

Les trois espèces de pipistrelles détectées (P. pipistrellus, P. kuhlii, P. nathusius) ainsi que les deux espèces de noctules (N. noctula, N. leisleri) ont présenté des niveaux d’activité plus importants sur les sites éclairés toute la nuit que sur les sites contrôles non éclairés (Figure 2), ce qui confirme leurs comportements de chasse sous les lampadaires. A contrario, les murins Myotis sp. et les oreillards Plecotus sp. étaient significativement moins actifs sur les sites éclairés toute la nuit que sur les sites non éclairés (Figure 2), ce qui confirme leur caractère lucifuge. En revanche, nous n’avons pas observé d’effets de l’éclairage sur l’activité de la sérotine commune E. serotinus.

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Figure 2. Nombre de contacts de chiroptères par nuit sur les sites contrôles non éclairés (« Unlit »), les sites allumés avec extinction (« Part ») et les sites éclairés toute la nuit (« Full ») pour (A) Myotis sp., (B) Plecotus sp., (C) Pipistrellus pipistrellus, and (D) Pipistrellus kuhlii. Les sigles « a » et « b » montrent les traitements lumineux qui ne sont pas significativement différents les uns des autres.


Effets de l’extinction nocturne sur l’activité des chiroptères

Pour les murins, l’effet négatif de l’éclairage persiste toujours sur les sites où les lampadaires s’éteignent à minuit (Figure 2), ce qui suggère que cette mesure n’est pas efficace pour limiter l’impact de la pollution lumineuse pour ce groupe d’espèce. Par contre, il semble que l’extinction nocturne des lampadaires soit bénéfique aux oreillards qui ont présenté des niveaux d’activités supérieurs sur les sites éclairés avec extinction que sur les sites non éclairés et éclairés toute la nuit (Figure 2). Cela suggère qu’ils profiteraient de l’extinction des lampadaires pour aller glaner les insectes accumulés sous les lampadaires, immobiles sur le sol ou sur les parois des maisons. Cependant, au vu du nombre limité de contacts pour ce groupe d’espèce, il est préférable de rester prudent avec ce résultat.

Nous n’avons observé aucun effet de l’extinction des lampadaires sur l’activité des pipistrelles de Kuhl et de Nathusius, et des noctules communes et de Leisler (Figure 2). Cependant, la pipistrelle commune a été significativement moins active sur les sites éclairés avec extinction que sur les sites éclairés toute la nuit, ce qui suggère que ces sites sont moins sélectionnés par l’espèce au regard de de la quantité d’insectes attirés sous les lampadaires allumés toute la nuit.

En conclusion, nos résultats suggèrent que les schémas actuels d’extinction nocturne ne sont pas très efficaces pour limiter l’impact de l’éclairage artificiel sur les chauves-souris. Cela est notamment dû au fait que les heures d’extinction ne correspondent pas forcément aux rythmes d’activités des chiroptères, qui sont pour la plupart actives en début de nuit. Cependant, cette mesure pourrait être efficace si l’extinction commencait plus tôt dans la nuit (avant 23h); en particulier le long de corridors écologiques qui sont essentiels au maintien de la biodiversité dans les paysages urbanisés.

Auteur : Clémentine Azam

Collaborateurs : Christian Kerbiriou, Arthur Vernet, Yves Bas, Laura Plichard, Julie Maratrat, Jean-François Julien et Isabelle Le Viol.

Référence de l’article

Azam C, Kerbiriou C, Vernet A, et al (2015) Is part-night lighting an effective measure to limit the impacts of artificial lighting on bats? Global Change Biology. 21:4333–4341. doi: 10.1111/gcb.13036

Voir aussi:

Day J, Baker J, Schofield H, et al (2015) Part-night lighting: implications for bat conservation. Animal Conservation. doi: 10.1111/acv.12200

La presse en parle !

Sélection d’articles récents

mars 17th, 2016

Nous vous avons compilé une petite sélection d’articles scientifiques publiés ces derniers mois:

1- Un article qui met en évidence une expansion de l’aire de distribution du Vespère de Savi (Hypsugo savii) en Europe centrale et du Sud-Est. En 20-25 ans, l’espèce se serait déplacée de 800 kilomètres, en colonisant préférentiellement des habitats urbains [lien vers le résumé].

2- Une étude qui met en évidence les cris sociaux du Minioptère de Schreibers (Miniopterus schreibersii). Ce type de cri, émis aussi bien au gîte que sur les territoires de chasse, présente la structure typique d’un « feeding buzz » [lien vers le résumé].

3- Une publication qui permet de mieux comprendre la manoeuvrabilité des chauves-souris en vol [lien vers le résumé].

4-5- Deux articles sur la propagation de la maladie du museau blanc en Amérique, discutant d’un possible ralentissement de la maladie sur la base de la structure génétique des populations [lien vers le résumé n°1 et le résumé n°2].

6- Une publication qui montre que les chauves-souris en hibernation réagissent peu au bruit de la circulation. Par ailleurs, les animaux répondent plus fortement aux sons émis en fin de journée [lien vers le résumé].

7- Un article sur l’attraction acoustique de chauves-souris (Kerivoula hardwickii) par des structures réflectives de plantes carnivores (Nepenthes hemsleyana). Cette relation est dite mutualiste car la chauve-souris bénéfie d’un gîte tandis que la plante carnivore bénéficie des nutriments contenus dans le guano de la chauve-souris [lien vers le résumé].

8- Une étude qui propose une phylogénie bien résolue de deux familles de chauves-souris – les Rhinolophidae et les Hipposideridae et identifie une nouvelle famille de chauves-souris, les Rhinonycteridae. Ces trois familles auraient divergé en Afrique il y a environ 42 millions d’années [lien vers le résumé].

9- Une étude qui propose une phylogénie bien résolue des Rhinolophidae, dont nos 5 espèces Européennes. Cette étude revèle également la presence de nombreuses espèces cryptiques en Afrique et de cas d’introgression, notament entre R. ferrumequinum et R. clivosus [lien vers le résumé].

10- Une publication sur le régime alimentaire du Rhinolophe euryale, qui identifie notamment la consommation de proies qui proviennent de l’extérieur des terrains de chasse de l’espèce [lien vers le résumé].


Références bibliographiques

1 Uhrin, M. et al. (2015). Status of Savi’s pipistrelle Hypsugo savii (Chiroptera) and range expansion in Central and south-eastern Europe: a review. Mammal Rev, 46, 1-16.
2 Russo, D. & Papadatou, E. (2014). Acoustic identification of free-flying Schreiber’s bat Miniopterus schreibersii by social calls. Hystrix, 25, 119-120.
3 Bergou, A.J. et al. (2015). Falling with style: bats perform complex aerial rotations by adjusting wing inertia . PLoS Biol, 13, e1002297 .
4 Petit, E.J. & Puechmaille, S.J. (2015). Will reduced host connectivity curb the spread of a devastating epidemic? Mol. Ecol., 24, 5491-5494.
5 Wilder, A.P., Kunz, T.H., & Sorenson, M.D. (2015). Population genetic structure of a common host predicts the spread of white-nose syndrome, an emerging infectious disease in bats. Mol. Ecol., 24, 5495–5506.
6 Luo, J. et al. (2014). Are torpid bats immune to anthropogenic noise? J Exp Biol, 217, 1072-1078.
7 Schöner, M.G. et al. (2015). Bats are acoustically attracted to mutualistic carnivorous plants. Curr. Biol., 25, 1-6.
8 Foley, N.M. et al. (2015). How and why overcome the impediments to resolution: lessons from rhinolophid and hipposiderid bats. Mol. Biol. Evol., 32, 313-333.
9 Dool, SE. et al. (2016). Nuclear introns outperform mitochondrial DNA in intra-specific phylogenetic reconstruction: lessons from horseshoe bats (Rhinolophidae: Chiroptera). Mol. Phylogenet. Evol., 97, 196-212 .
10 Arrizabalaga-Escudero, A. et al. (2015). Trophic requirements beyond foraging habitats: The importance of prey source habitats in bat conservation. Biol. Conserv., 191, 512-519 .

Migration de la Pipistrelle de Nathusius

février 18th, 2016

Cette année, BatLife Europe a annoncé pour la première fois « la chauve-souris de l’année » (“Bat of the year” en anglais). La pipipistrelle de Nathusius est à l’honneur pour 2015. Dans ce contexte, l’association fédérale pour le travail sur les chauves-souris en Allemagne (Bundesverband für Fledermauskunde Deutschland e.V.) veut vous informer des projets de recherche en cours sur le comportement migratoire de la Pipistrelle de Nathusius et autres espèces migratrices en Europe.

Actuellement, trois projets de baguage de Pipistrellus nathusii sont en cours, ils englobent aussi la Pipistrelle pygmée Pipistrellus pygmaeus, la Noctule commune Nyctalus noctula et la Noctule de Leisler Nyctalus leisleri:

  • La collaboration entre l’institut Leibniz de Berlin (Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Research) et l’Université d’Agriculture de Lettonie (Latvia University of Agriculture) explorent l’origine régionale et les aires d’hivernage des chauves-souris migrant le long de la côte de la mer Baltique en Lettonie. En août et Septembre 2014 et 2015, près de 4000 chauves-souris ont été capturées et baguées (constituées environ de 90 % de Pipistrelles de Nathusius) et pour certaines recapturées (voir Figure 1).
  • Débutant cette année, le groupe de travail sur les chauves-souris de Saxe-Anhalt (Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V.), l’agence fédérale de conservation des chauves-souris de Saxe-Anhalt (Landesreferenzstelle Fledermausschutz Sachsen-Anhalt), le centre de baguage de chauves-souris de Dresde et le centre de baguage des chauves-souris de Bonn (Beringunszentrale Bonn) ont mis en place un projet pilote appelé « Suivi allemand de la migration des chauves-souris ». Dans le cadre de projet de sciences citoyennes à l’échelle nationale, près de 3000 Pipistrelles de Nathusius ainsi que d’autres espèces ont été baguées.
  • Partie intégrante du programme national de suivi des chauves-souris („National Bat Monitoring Programme“ au Royaume-Uni), une enquête à large échelle sur la Pipistrelle de Nathusius a été menée entre 2009 et 2014. Par conséquent, les données de répartition de l’espèce sont mises à jour de manière significative et 300 individus ont été marqués. Une de ces chauves-souris a été retrouvée plus tard aux Pays-Bas. Avec la recapture de Lettonie, la connection des populations entre les îles brittaniques et l’Europe continentale vient d’être prouvée pour la première fois.

Pour le moment, un grand nombre de recaptures a été réalisé durant les nombreuses captures au filet et les contrôles de nichoirs à chauves-souris. Ces observations proviennent surtout d’allemagne mais également de Lituanie, Lettonie et d’autres pays voisins. Nous voudrions vous signaler une arrivée importante de pipistrelles de Nathusius baguée dans les sites d’hibernation.

Nous espérons que ces résultats vous encourage à intensifier votre contrôle des sites d’hibernation. La probabilité d’observer des chauves-souris marquées a augmenté considérablement cette année, constituant ainsi une excellente opportunité pour avoir une meilleure compréhension du comportement migratoire des chauves-souris.

Latvia_recaptures2015_YannGagerVersionFig. 1: Sélection de recaptures réalisées dans le cadre des trois projets. Les flèches oranges correspont à la migration automnale et les flèches bleues à la migration printannière.

Gravures sur les bagues à chauves-souris (# = Nombre) et contacts des projets:

Projet en Lettonie

– “Latvia Riga SA ####”, “Latvia Riga SB ####”, “Latvia Riga SC ####”

– Dr. Christian C Voigt, Institute for Zoo and Wildlife Research, Allemagne, E-mail: voigt@izw-berlin.de

– Gunārs Pētersons, Latvia University of Agriculture, Lettonie, E-mail: gunars.petersons@llu.lv

Projet en Allemagne

– “FMZ Dresden O ######“, ”FMZ Dresden V #####”,

– “Mus.Bonn E ######“, “Mus.Bonn H ######“, “Mus.Bonn M #####“, “Mus.Bonn X ######“

– Bernd Ohlendorf, Landesreferenzstelle für Fledermausschutz Sachsen-Anhalt, Email: info@fledermauszug-deutschland.de

– Kathleen Kuhring, Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V.

– Dr. Ullrich Zöphel, Bat Marking Centre Dresden

– Dr. Jan Denner, Markierungszentrale am Forschungsmuseum Alexander König (Bonn)

Projet au Royaume-Uni:

– “Lond Zoo A ####“

– Daniel Hargreaves and Katherine Boughey, National Bat Monitoring Programme, E-mail: daniel@batdan.co.uk

Marcus Fritze pour l’équipe du groupe de travail sur les chauves-souris de Saxe-Anhalt et les personnes impliquées dans les projets.

Petite rétrospective de l’année 2015

février 16th, 2016

En 2015, nous vous avons proposé une sélection de cinq articles sur des sujets aussi variés que:
l’origine européenne de la maladie du nez blanc
l’impact de cette maladie sur l’abondance et la diversité des espèces en Amérique du Nord
la prise en compte des chauves-souris dans l’agriculture,
la taxonomie de la Pipistrelle de Kuhl
sans oublier une sélection d’articles scientifiques.

Un grand merci à tous les auteurs – Sébastien Puechmaille, Chloé Lepetz, Audrey Tapiero, Jean-François Julien et Tommy Andriollo – pour leur contribution!

Nous vous rappelons que le Chiroblog est une plate-forme participative, un simple e-mail à l’adresse mail.chiroblog@gmail.com et l’équipe vous donnera accès aux coulisses du blog pour la rédaction de vos articles !

Merci de votre intérêt pour les chiroptères et à très bientôt sur le Chiroblog.

Pour l’équipe du Chiroblog,
Meriadeg, Yann et Sébastien

La pipistrelle de Kuhl n’est pas schizo !

décembre 26th, 2015

L’analyse génétique est un formidable outil pour identifier les espèces et révéler à nos yeux des diversités insoupçonnées, en particulier chez les groupes très divers à la morphologie peu évidente. C’est notamment le cas des chauves-souris. Si les perspectives offertes par l’étude de l’ADN peuvent nous rendre enthousiastes, il faut cependant savoir rester prudent au moment de tirer des conclusions. Dans une étude publiée début août dans la revue PLoS ONE (Andriollo et al. 2015), nous résolvons un problème soulevé depuis le début des années 2000 et qui laissait planer le doute quant à l’existence d’une diversité cachée chez la Pipistrelle de Kuhl.

Deux lignées mitochondriales profondément divergentes. Euh… vous pouvez-répéter ?

Le génome mitochondrial est une partie de l’ADN qui est contenu hors du noyau des cellules, et il est transmis uniquement par les femelles. Autrement dit, ce serait comme un nom de famille que l’on hériterait de sa mère. En 2003, un groupe de chercheurs espagnols étudiant l’ADN de pipistrelles a montré qu’il existe deux lignées mitochondriales complètement différentes chez Pipistrellus kuhlii (Pestano et al. 2003). Si différentes que c’est typiquement le genre de divergences que l’on observe entre deux espèces distinctes… Y aurait-t-il deux espèces en une ? Gare aux conclusions hâtives ! Pour savoir si les Martin et les Dupont se reproduisent entre eux, inutile de chercher si des Marpont ou des Dutin existent… il faut se glisser dans leurs affaires intimes !

Les chauves-souris n’ont pas Facebook… comment savoir qui couche avec qui ?

Pour apporter une réponse à cette question, nous avons donc analysé un autre type d’ADN, celui du noyau des cellules, et qui est hérité en parts égales de chacun des deux parents. Son étude est plus fastidieuse, mais elle est nécessaire pour répondre à la question biologique qui nous intéresse : les individus possédant des types d’ADN mitochondrial différents se reproduisent-ils entre eux (appartenant ainsi à une seule et même espèce), ou non (il s’agirait alors de deux espèces que l’on n’avait jamais su distinguer auparavant) ? L’ADN du noyau nous a permis d’élucider ce mystère : il y a davantage de différences entre les individus d’Europe et d’Afrique du Nord d’une même lignée mitochondriale (partageant le même « nom de famille ») qu’entre les individus d’Europe de lignées mitochondriales différentes (de « noms de familles » différents) ! Les individus européens se reproduisent donc entre eux, même s’ils portent des génomes mitochondriaux très différents. Si elle est inhabituelle, comment expliquer l’existence d’une telle diversité mitochondriale ?

(si la vidéo ne se lance pas correctement dans firefox, suivez le correctif décrit ici.)

Pas de nouvelle espèce ? C’est nul !

En effet, on montre qu’il n’y a qu’une seule espèce regroupant simplement des lignées très anciennes, mais le plus dur était de prouver que les individus qui les portaient se mélangeaient ! Par ailleurs, on ne revivra pas l’exemple de la Pipistrelle pygmée, longtemps confondue avec la Pipistrelle commune : aujourd’hui elle est bel et bien reconnue comme espèce distincte, mais du coup, cela a remis en doute toutes les études antérieures qui ne faisaient pas la différence entre ces deux espèces ! Enfin, cela nous apprend la prudence avant de crier à l’existence d’espèces cachées sur la seule base de marqueurs génétiques hérités d’un seul parent. Ces résultats « négatifs » ne vont donc pas compliquer le travail des protecteurs, puisque la classification des Pipistrellus kuhlii ouest européennes se rapporte bien à une seule espèce. C’est donc une bonne nouvelle, non ?

Tommy Andriollo, avec l’aimable relecture de Lucie Cauwet et Manuel Ruedi.

Références bibliographiques

Andriollo T., Naciri Y. & M. Ruedi (2015). Two mitochondrial barcodes for one biological species: the case of European Kuhl’s pipistrelles (Chiroptera). PLoS ONE, 10: e0134881. doi: 10.1371/journal.pone.0134881.

Pestano J., Brown R.P., Suarez N.M. & S. Fajardo (2003). Phylogeography of pipistrelle-like bats within the Canary Islands, based on mtDNA sequences. Molecular Phylogenetics and Evolution, 26: 56-63. doi:10.1016/S1055-7903(02)00307-X.

Chauves-souris et agriculture

novembre 25th, 2015

Le Plan National d’Actions en faveur des Chiroptères s’est achevé en 2013. Une réflexion est en cours sur les suites de ce programme qui devra intégrer une fiche action sur la prise en compte des chauves-souris dans les pratiques agricoles, certaines entraînant une pression élevée sur ces espèces (d’après le rapportage Natura 2000 ; 2006-2012 Arthur & Pavisse 2014). Dans le cadre de son stage de licence (mars 2015), Chloé Lepetz a effectué une synthèse sur l’ensemble des études réalisées sur la thématique « les chauves-souris et l’agriculture » depuis 2002. Trois grands thèmes ont été abordés : la structuration du paysage, l’élevage et l’utilisation de produits antiparasitaires et enfin, le rôle des Chiroptères en tant qu’auxiliaires de cultures. Entre 2002 et 2014, 18 études, 7 stages, 7 plaquettes/articles et 3 thèses vétérinaires ont été répertoriés. Ces études concernent la France métropolitaine et l’Outre-mer avec une étude martiniquaise ainsi que quelques études étrangères. Les espèces de Chiroptères étudiées ne sont pas les mêmes selon les thématiques abordées : on retrouve par exemple sept études exclusivement portées sur le Grand Rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum). On recense 15 espèces en France métropolitaine, 5 en Martinique, 3 en Europe et 7 hors Union Européenne. Cette synthèse a permis d’avoir une vue d’ensemble des espèces étudiées selon les thématiques. Les études dédiées au rôle d’auxiliaires de cultures regroupent la majorité des espèces.

Structuration du paysage
Les quatre études portant sur la structuration du paysage démontrent l’importance des milieux semi-ouverts, c’est-à-dire des milieux où l’on retrouve des haies, des boisements, etc… Les bocages denses sont très favorables aux Chiroptères car ils leur permettent d’être abritées en cas d’intempéries et de se protéger des prédateurs potentiels. Les milieux semi-ouverts permettent également une bonne diversité spécifique en termes d’insectes, principales proies des Chiroptères. Une étude a montré que l’installation de bandes enherbées est peu favorable aux chauves-souris comme peuvent l’être les haies notamment.

L’élevage et l’utilisation de produits antiparasitaires
L’élevage et l’utilisation de produits tels que les antiparasitaires, les vermifuges, etc… font l’objet de 13 études. Ces dernières montrent que l’utilisation de produits nuisibles à l’environnement est encore largement présente, ces produits impactant la faune coprophage, source alimentaire importante pour les chauves-souris. Actuellement, la plupart des produits vétérinaires contiennent des Avermectines qui sont des composés organiques avec de puissantes propriétés anthelminthiques et insecticides. Ces composés, ainsi que leurs dérivés, ne sont pas toujours efficaces sur les parasites selon la fréquence de traitement que réalise l’agriculteur. En effet, une utilisation trop fréquente entraine l’apparition de souches résistantes et n’a plus les effets attendus. Selon les études, la Moxidectine reste le composé le moins impactant pour la faune coprophage et donc pour les Chiroptères. L’utilisation des produits alternatifs est encore étudiée afin de déterminer leurs bénéfices par rapports aux produits tels que les Avermectines. Une gestion raisonnée du risque parasitaire permettrait de mieux prendre en compte la faune non cible.

Le rôle des Chiroptères en tant qu’auxiliaires de culture
Les chauves-souris sont des auxiliaires de cultures importants : plusieurs études démontrent leur utilité dans des cultures pour lutter contre les insectes ravageurs tels que le carpocapse de la pomme ou la tordeuse orientale. Elles peuvent en effet consommer plus du quart de leur poids en insecte en une seule nuit ! Cette année, deux publications assez originales sont venues renouveler le sujet. La première, due au Muséum de Granollers, concerne l’impact de la Pipistrelle pygmée sur un ravageur du riz (Puig-Montserrat et al. 2015). L’article met bien en lumière la façon dont un prédateur aux effectifs assez réduits et au potentiel de reproduction assez faible comme une chauve-souris peut néanmoins limiter un ravageur de culture qui se reproduit trois fois de suite dans l’année. En écrêtant les deux premiers pics d’adultes, qui ne sont jamais très importants, les P. pygmées limitent considérablement le troisième pic, bien plus significatif (figure 3 de cet article). Cette étude s’est accompagnée de la pose de gîtes artificiels dont le succès a été impressionnant (figure 4 de cet article). Le second papier, « Bats initiate vital agroecological interactions in corn » a reçu un certain écho dans la presse généraliste (Mayne & Boyles 2015). Plus encore que le précédent, il relève de l’écologie expérimentale, une approche pas si courante que ça quand il s’agit de chauves-souris. En interdisant aux chauves-souris l’accès à des parcelles de maïs au moyen de filets –pas japonais !- déployés uniquement la nuit (photos éloquentes dans le matériel supplémentaire) les auteurs ont montré que, non seulement les populations de papillons ravageurs et les dégâts subséquents augmentaient, mais aussi l’infestation par des champignons producteurs de cancérigènes redoutables comme l’aflatoxine, ces derniers utilisant les lésions infligées par les chenilles comme voie d’entrée dans le maïs. C’est donc un double service procuré par les chauves-souris que la pose des filets annule. Mais il en existe un troisième, hors prédation directe, représenté par l’altération du comportement reproducteur des papillons. Il s’agit d’espèces tympanées que les émissions des chauves-souris plongent dans un « paysage de peur », termes employés par les auteurs. Leur activité reproductive s’en trouve sérieusement perturbée… La présence des Chiroptères aux alentours des cultures est donc plus que bénéfique pour les agriculteurs.

Le travail de Chloé a également permis d’établir des perspectives pour l’intégration des Chiroptères dans la nouvelle PAC (Politique Agricole Commune) à travers chaque thématique. Un diagnostic de terrain et des visites régulières permettrait une meilleure structuration du paysage et la présence de milieux semi-ouverts favorables aux Chiroptères, tout comme le dispositif MAEC (Mesures Agri-Environnementales et Climatiques) qui concerne le « soutien à l’herbe ». Le verdissement de la PAC par le « paiement vert » est également bénéfique pour la préservation des milieux semi-ouverts. Les recommandations de traitements antiparasitaires (fréquences de traitements, utilisation de produits alternatifs et gestion du pâturage) préserveraient la faune coprophage tout en limitant les risques d’apparition de souches résistantes. L’intégration dans les MAEC peut se faire via le système polyculture élevage « herbivore ». L’utilisation des Chiroptères comme auxiliaires de cultures rejoint tous les dispositifs MAEC : la diminution des antiparasitaires et le maintien d’un bon terrain de chasse (milieux semi-ouverts) entraine la présence constante de chauves-souris sur la parcelle de culture.

Les pratiques agricoles, à travers la nouvelle PAC et les MAEC, permettront d’engager une préservation des Chiroptères dans ces milieux, le soutien des acteurs (agriculteurs, vétérinaires, Ministère de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt et plusieurs associations) étant indispensable. Pour exemple, la société nationale des groupements techniques vétérinaires a dédié une journée complète lors de son colloque annuel national de 2015 au thème «la maîtrise du parasitisme des ruminants au pâturage et respect de l’environnement ». Cet atelier a permis d’échanger sur les expériences en cours et sur les bonnes pratiques, c’est une première étape.

L’objectif de ce rapport était donc de faire le point sur les études réalisées afin de développer les axes de travail dans un prochain programme en faveur des Chiroptères et d’entrevoir des solutions pour la préservation de ces espèces dans le milieu agricole.

Chloé Lepetz, Audrey Tapiero et Jean-François Julien

Le rapport est disponible sur le site du plan d’actions Chiroptères

Références bibliographiques

Arthur, C, P & R. Pavisse (2014). Rapportage DHFF, article 17, synthèse pour le groupe thématique Chiroptères. L’évaluation 2006-2012. SFEPM

Maine, J. J., & J. G. Boyles (2015). Bats initiate vital agroecological interactions in corn. PNAS, 112, 12438-12443. [Lien vers l’abstract].

Puig-Montserrat, X., Torre, I., López-Baucells, A., Guerrieri, Monti, M.M., Ràfols-García, R., Ferrer, X., Gisbert, D.
& C. Flaquer (2015). Pest control service provided by bats in Mediterranean rice paddies:
linking agroecosystems structure to ecological functions. Mammalian Biology, 80, 237-245. [Télécharger le PDF].

 

Sélection d’articles, hiver/printemps 2015

juin 22nd, 2015

Nous vous avons compilé une petite sélection d’articles scientifiques publiés ces derniers mois:

– Un article sur les méthodes d’échantillonnage et de préservation de l’ADN pour des analyses moléculaires. La biopsie alaire (« wing punch »), préservée dans du silica gel, est la méthode qui donne la quantité d’ADN la plus importante et qui est donc recommandée [Télécharger le PDF].

– Une étude sur un méchanisme inconnu d’orientation dans l’obscurité. La majorité des Pteropodidae (renards volants) sont dépourvus de l’écholocation classique, basée sur la génération de « pulses » à l’aide du larynx ou de la langue. Une équipe de scientifiques vient de mettre en évidence chez deux espèces de Pteropodidae l’utilisation de « clics » à l’aide des ailes pour détecter et discriminer des objets dans le noir complet [lien vers le résumé].

– Une étude sur l’influence d’une nouvelle génération d’éclairage artificiel sur l’activité des chauves-souris. La nouvelle génération de lampes « white metal halide » s’avère très attractive pour les chauves-souris mais avec des conséquences au niveau des écosystèmes qui restent à déterminer [lien vers le résumé].

– Un article sur la mortalité des chiroptères tropicaux dans une ferme d’éoliennes du Brésil. 336 carcasses de 9 espèces différentes furent retrouvées, avec une majorité de Tadarida brasiliensis (245), une espèce migratrice volant à haute altitude [lien vers le résumé].

Références bibliographiques
Barros M.A.S., de Magalhães R.G. & A.M. Rui (2015). Species composition and mortality of bats at the Osório Wind Farm, southern Brazil. Studies on Neotropical Fauna and Environment, 50, 31–39.

Boonman A., Bumrungsri S. & Y. Yovel (2014). Nonecholocating Fruit bats produce biosonar clicks with their wings. Current Biology, 24, 2962–2967.

Corthals A., Martin A., Warsi O.M., Woller-Skar M., Lancaster W., Russell A. & L.M. Dávalos (2015). From the field to the lab: best practices for field preservation of bat specimens for molecular analyses. PLoS One, 10:e0118994.

Stone E.L., Wakefield A., Harris S. & G. Jones (2015). The impacts of new street light technologies: experimentally testing the effects on bats of changing from low-pressure sodium to white metal halide. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 370.