Liste de thèses sur les chauves-souris

juin 21st, 2017

Nous vous proposons ici une liste de thèses en cours ou bien déjà publiées sur les chauves-souris. Cette liste se limite aux chercheurs francophones qui ont conduit leurs travaux en France ou bien à l’étranger. Nous mettrons régulièrement cette liste à jour. Si nous en avons oublié ou si les informations sont erronées, merci de nous en informer à l’adresse suivante : mail.chiroblog@gmail.com

Thèses en cours (titres provisoires) :

Tommy Andriollo (débutée en 2015). Muséum d’Histoire Naturelle de Genève (Suisse).
‘Molecular ecology and conservation of the Alpine long-eared bat (Plecotus macrobullaris)‘.

Charlotte Roemer (débutée en 2015). MNHN-UPMC (France).
‘Écologie du mouvement à l’échelle locale chez les chiroptères et risques anthropiques de collision’.

Fabien Claireau (débutée en 2015). MNHN-UPMC (France).
‘Chiroptères et continuités écologiques’.

Julie Pauwels (débutée en 2015). MNHN-UPMC (France).
‘Pollution lumineuse et biodiversité – quels leviers d’action pour limiter les impacts de l’éclairage public sur la faune nocturne ?’

Patrick Wright (débutée en 2015). Université d’Exeter (Royaume-Uni).
‘Molecular approaches to improve the conservation of Bechstein’s bats’

Jérémy Froidevaux (débutée en 2014). Université de Bristol (Royaume-Uni).
‘Conservation des Chiroptères en milieu agricole : évaluation des mesures agro-environmentales’.

Kévin Barré (débutée en 2014). MNHN-UPMC (France).
‘Compenser l’éolien avec le monde agricole : un dispositif gagnant-gagnant basé sur des mesures d’équivalence de biodiversité’.

Clément Cechetto (débutée en 2014). University of Southern Denmark (Danemark).
‘Multimodal integration in echolocating bats’.

Pierre-Loup Jean (débutée en 2013). Rennes (France).
‘Dynamique des populations du Petit rhinolophe en forêt d’exploitation’.

Thèses soutenues :

Clémentine Azam (soutenue en 2016). MNHN-UPMC (France).
‘Impacts of light pollution on bat spatiotemporal dynamics in France : implications for outdoor light planning’.
[Résumé en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Yann Gager (soutenue en 2016). Université de Constance (Allemagne)
‘Causes and consequences of social foraging in a neotropical bat’.
[Thèse en anglais].

Arielle Salmier (soutenue en 2016). Guyane (France).
‘Réponse des chiroptères aux environnements : diversité virale et potential d’adaptation’.
[Résumé en français].

Laurent Tillon (soutenue en 2015). Université Toulouse 3 Paul Sabatier (France).
‘Utilisation des gîtes et des terrains de chasse par les Chiroptères forestiers, propositions de gestion conservatoire’.

Philippe Théou (soutenue en 2015). Université de Tirana (Albanie).
‘Bat populations in Albania: Structure and dynamic of populations’.
[Thèse en anglais] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Francois-Henri Fabianek (soutenue en 2015). Université de Laval (Canada).
‘Sélection de l’habitat diurne des chauves-souris dans un contexte d’aménagements sylvicoles en forêt boréale’.
[Thèse en français].

Fidel Botero-Castro (soutenue en 2014). Université de Montpellier II (France).
‘Systématique, phylogénie et évolution moléculaire des Phyllostomidae (Mammalia, Chiroptera): une approche mitogénomique comparative’.
[Résumé en français].

Aurélie Lacoeuilhe (soutenue en 2014). MNHN-UPMC (France).
‘Gestion de la biodiversité sur les sites anthropisés : de l’échelle des sites d’entreprises à celle du paysage’.
[Thèse en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Yohan Charbonnier (soutenue en 2014). (France).
‘Relations entre diversité des habitats forestiers et communautés de chiroptères à différentes échelles spatiales en Europe : implications pour leur conservation et le maintien de leur fonction de prédation.’
[Résumé en français].

Baptiste Régnery (soutenue en 2013). MNHN-UPMC (France).
‘Les mesures compensatoires pour la biodiversité: conception et perspectives d’application.’
[Thèse en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Pierline Tournant (soutenue en 2013). Université de Franche Comté (France).
‘Impact du paysage sur la distribution spatiale et génétique des colonies de petit Rhinolophe’
[Résumé en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Vuong Tan Tu (soutenue en 2013). MNHN-UPMC (France).
Phytogéographie comparée des chauves-souris (mammifères, chiroptères de l’Indochine).
[Résumé en français].

Anthony Ravel (soutenue en 2012). Université de Montpellier II (France).
‘Origine et radiation des chiroptères modernes : implication des faunes paléogènes d’Afrique du Nord et d’Asie du Sud’.
[Résumé en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Nicolas Nési (soutenue en 2012). MNHN-UPMC (France).
‘Systématique et phylogéographie des chauves-souris africaines de la sous-famille des Epomophorinae (Chiroptera, Pteropodidae)’.
[Résumé en français] et [Présentation des travaux de thèse sur le Chiroblog].

Audrey Lacroix (soutenue en 2012). Montpellier (France).
‘Découverte et caractérisation de nouveaux virus transmis par les chiroptères au Cambodge et au Laos’.
[Résumé en français].

Sébastien J. Puechmaille (soutenue en 2009). University College of Dublin (Irlande).
‘A molecular and ecological investigation into the evolutionary history of Craseonycteris thonglongyai.’
[Publication 1], [Publication 2] et [Publication 3].

Allowen Evin (soutenue en 2009). MNHN-UPMC (France).
‘Evolution phénotypique, phylogéographie et insularité des chauves-souris du bassin méditerrannéen occidental’.
[Résumé en français].

Meriadeg Ar Gouilh (soutenue en 2008). MNHN-UPMC (France).
‘Relations écologiques virus / chiroptères : Coronavirus, CoV-SRAS et autres virus de la chirofaune de Thailande : détection, caractérisation et écologie’.
[Résumé en français].

Xavier Pourrut (soutenue en 2008). Aix-Marseille II (France).
‘Implication des chauves-souris dans les épidémies de filovirus en Afrique : modalités de contamination de l’homme et des grands singes.’
[Résumé en français].

Benoît Stadelmann (soutenue en 2005). Université de Genève (Suisse).
‘Historical biogeography and speciation in the cosmopolitan genus Myotis (Chiroptera: Vespertilionidae).’

Emmanuel Cosson (soutenue en 2003). Université de Provence, Aix – Marseille I (France).
‘Etude phylogéographique d’une espèce vulnérable, le Murin de Capaccini (Myotis capaccinii Bonaparte 1837) et stratégies de conservation des populations résiduelles.’

Eric Petit (soutenue en 1998). Université Friedrich Alexander (Allemagne).
Structure et histoire post-glaciaire des populations de Noctule commune Nyctalus noctula (Chiroptera, Mammalia). Une analyse de colonies européennes utilisant des marqueurs génétiques mitochondriaux et nucléaires.’
[Publication 1], [Publication 2], [Publication 3] et [Publication 4].

– Jean-François Cosson (soutenue en 1994). Paris XI (France).
‘Dynamique de population et dispersion de la chauve-souris frugivore Carollia perspicillata en Guyane française.’
[Résumé en français].

La radiation des chauves-souris modernes, l’histoire d’une découverte inespérée en Afrique du Nord.

mai 24th, 2017

2009, un mois après le commencement de ma thèse sur les chiroptères fossiles éocènes, j’embarquais avec l’équipe de paléontologie de Montpellier et le géologue Gilles Merzeraud à bord d’un bateau en direction de la Tunisie. Nous avions alors pour objectif de retourner dans la région de Kasserine pour poursuivre les prospections et découvrir de nouveaux sites fossilifères datant de l’Eocène inférieur-moyen. L’une des localités, Chambi, datée à la limite fin Eocène inférieur − début Eocène moyen (Mebrouk et al.1997, Adaci et al. 2007 ; Coster et al. 2012), avait déjà révélé de rares fossiles de chiroptères : une dent et un fragment de mandibule appartenant à un Philisidae ancien Dizzya exultans et une dent fragmentaire appartenant à un Rhinolophoïde indéterminé (Sigé 1985). Nous y sommes donc retournés avec la ferme intention d’y découvrir de nouveaux fossiles de chiroptères et ainsi alimenter ma thèse qui en avait bien besoin. Arrivés in situ au flanc du djebel (mont en arabe) Chambi, à l’aide des indications relevées dans la bibliographie, nous avons pu retrouver le fameux banc de calcaire induré issu de dépôts fluvio-lacustres qui contenait ces fossiles.

Banc de calcaire lacustre fossilifère situé au flanc du djebel Chambi, région de Kasserine, Tunisie.

Banc de calcaire lacustre fossilifère situé au flanc du djebel Chambi, région de Kasserine, Tunisie.

En parcourant le niveau et en observant la surface de la roche, nous avons immédiatement décelé le potentiel du site. Nous avons alors prélevé plus d’une centaine de kilos de bloc rocheux.

Chantier de fouille dans les Gour Lazib (Algérie).

De retour à Montpellier et après traitement du sédiment par attaques acides−lavage−tamisage, plus de 500 spécimens de chiroptères fossiles furent découvert, sauvant par la même occasion mes trois années de thèse. Ces spécimens sont, par contre, essentiellement composés de dents isolées et de quelques fragments de mandibules. Un beau et passionnant puzzle m‘attendait.

Échantillon du matériel retrouvé à Chambi (Tunisie) et au Glib Zegdou (Algérie)

L’étude de ce matériel, associé à des spécimens provenant d’une autre localité sub-contemporaine d’Algérie (Glib Zegdou, dans la région des Gour Lazib, Hammada du Dra), est maintenant publiée dans Géodiversitas, la revue du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris (Ravel et al. 2016). Ce nouveau matériel nous permet d’apprécier l’étonnante diversité morphologique des chiroptères d’Afrique du Nord en place dès la fin de l’Eocène inférieur. Ces chiroptères se distinguent par leur morphologie des formes archaïques que l’on retrouve sur les autres continents à la même époque (i.e., Onychonycteridae Simmons et al., 2008, Icaronycteridae Jepsen, 1966, Archaeonycteridae Revilliod, 1917, Hassianycteridae Habersetzer & Storch, 1987, Palaeochiropterygidae Revilliod, 1917 et Tanzanycteridae Gunnell et al., 2003). Une approche systématique a permis d’identifier dix nouveaux taxons en plus des deux espèces de Philisidae déjà connues (Ravel et al. 2015). Cette nouvelle faune montre de nombreuses similitudes avec les faunes abondantes plus récentes issues des karsts éocènes du Quercy dans le Sud-Ouest de la France (Maitre 2008 ; Maitre et al. 2014). Il est possible d’attribuer ces espèces à 5 familles modernes de chiroptères (dont 4 actuelles) : un Necromantidae (?Necromantis fragmentum Ravel, n. sp.), deux Hipposideridae Miller, 1907 (?Palaeophyllophora tunisiensis Ravel, n. sp. et Hipposideros (Pseudorhinolophus) africanum Ravel, n. sp.), trois Emballonuridae Gervais in de Castelnau, 1855 (Vespertiliavus kasserinensis Ravel, n. sp., ?Vespertiliavus aenigma Ravel, n. sp., et Pseudovespertiliavus parva Ravel n. gen., n. sp.), un Nycteridae (Khoufechia gunnelli Ravel n. gen., n. sp.) ainsi qu’un Ves­pertilionidae indéterminé. Deux autres taxons, Chambinycteris pusilli Ravel n. gen., n. sp. et Drakonycteris glibzegdouensis Ravel n. gen., n. sp., présentent une morphologie dentaire originale, ce qui ne permet pas de les attribuer de manière formelle à des familles connues.

L’étude est complétée par deux analyses cladistiques qui ont permis de clarifier la position phylogénétiques des taxons les mieux documentés et de proposer des scénarios de dispersion pour certains groupes. Les résultats mettent en évidence un axe majeur de dispersion des chiroptères Hipposi­deridae et Emballonuridae depuis l’Afrique du Nord vers le Sud de l’Europe durant l’Éocène moyen. A l’inverse, les Nycteridae, comprenant Chambinycteris pusilli Ravel n. gen., n. sp., semblent avoir une histoire bien ancrée en Afrique. La présence d’une telle concentration de fossiles et d’une telle diversité dans des dépôts fluvio-lacustres est surprenante pour des formes modernes cavernicoles jusque-là presque exclusivement inféodées aux dépôts karstiques (présence d’anciennes cavités ; Maitre 2014). Cependant une telle agrégation de restes appartenant à des chauves-souris cavernicoles peut s’expliquer par le lessivage d’un réseau ancien de grottes après une montée des eaux.

Anthony Ravel pour le Chiroblog

Article de référence :

Ravel A, Adaci M, Bensalah M, Charruault A-L, Essid EM, Ammar HK, Marzougui W, Mahboubi M, Mebrouk F, Merzeraud G, Vianney-Liaud M, Tabuce R & Marivaux L (2016). Origine et radiation initiale des chauves-souris modernes : nouvelles découvertes dans l’Éocène d’Afrique du Nord. Geodiversitas, 38 (3), 355-434. http://dx.doi.org/10.5252/g2016n3a3

Références bibliographiques :

Adaci M, Tabuce R, Mebrouk F, Bensalah M, Fabre P-H, Hautier L, Jaeger J-J, Lazzari V, Mahboubi M, Marivaux L, Otero O, Peigné S & Tong H (2007). Nouveaux sites à vertébrés paléogènes dans la région des Gour Lazib (Sahara nord-occidental, Algérie). Comptes Rendus Palevol, 6, 535-544. http://dx.doi.org/10.1016/j.crpv.2007.09.001

Coster P, Benammi M, Mahboubi M, Tabuce R, Adaci M, Marivaux L, Bensalah M, Mahboubi S, Mahboubi A, Mebrouk F, Maameri C & Jaeger J-J (2012). Chronology of the Eocene continental deposits of Africa: magnetostratigraphy and biostratigraphy of the El Kohol and Glib Zegdou Formations. Geological Society of America Bulletin, 124, 1590-1606. http://dx.doi.org/10.1130/B30565.1

Maitre E, Sigé B & Escarguel G (2008). A new family of bats in the Paleogene of Europe: Systematics and implications for the origin of emballonurids and rhinolophoids. Neues Jahrbuch für Geologie und Paläontologie, Abhandlungen, 250, 199-216. http://dx.doi.org/10.1127/0077-7749/2008/0250-0199

Maitre E (2014). Western European middle Eocene to early Oligocene Chiroptera: systematics, phylogeny and paleoecology based on new material from the Quercy (France). Swiss journal of Palaeontology, 133, 141-242. http://dx.doi.org/10.1007/s13358-014-0069-3

Mebrouk F, Mahboubi M, Bessedik M & Feist M (1997). L’apport des charophytes à la stratigraphie des formations continentales paléogènes de l’Algérie. Geobios, 30 (2), 171-177. http://dx.doi.org/10.1016/S0016-6995(97)80221-5

Ravel A, Adaci M, Bensalah M, Mahboubi M, Mebrouk F, Essid EM, Marzougui W, Ammar HK, Charruault A-L, Lebrun R, Tabuce R, Vianey-Liaud M & Marivaux L (2015). New philisids (Mammalia, Chiroptera) from the Early- Middle Eocene of Algeria and Tunisia: new insight into the phylogeny, paleobiogeography and paleoecology of the Philisidae. Journal of Systematic Palaeontology, 13 (8), 691-709. http://dx.doi.org/10.1080/14772019.2014.941422

Sigé B. (1985). Les chiroptères Oligocènes du Fayum, Égypte. Geologica et Palaeontologica, 19, 161-189.

 

Petite rétrospective de l’année 2016

janvier 3rd, 2017

Au cours de l’année 2016, après une petite rétrospective de l’année 2015, nous vous avons proposé une sélection de sept articles originaux sur des sujets aussi variés que:
la migration de la Pipistrelle de Nathusius.
des inventaires acoustiques en Nouvelle-Calédonie
la pollution lumineuse et l’extinction nocturne des lampadaires
une nouvelle population de Grandes Noctules en Aveyron
la migration des chauves-souris en Europe
les chauves-souris du Burkina-Faso
la prédiction des terrains de chasse en Camargue par des modèles informatiques
sans oublier deux sélections d’articles scientifiques, une première en Mars et une seconde en Octobre.

Un grand merci à tous les auteurs – Célia Colin, Clémentine Azam, Yannick Beucher, Marcus Fritze, Malika Kangoye, Jocelyn Fonderflick, Clarisse Brochier, Emmanuel Cosson et Delphine Quékenborn– pour leur contribution !

Nous vous rappelons que le Chiroblog est une plate-forme participative, un simple e-mail à l’adresse mail.chiroblog@gmail.com et l’équipe vous donnera accès aux coulisses du blog pour la rédaction de vos articles ! Plusieurs articles sont déjà en relecture.

Merci de votre intérêt pour les chiroptères et à très bientôt sur le Chiroblog.

Pour l’équipe du Chiroblog,
Yann, Sébastien et Mériadeg

Des modèles informatiques pour prédire les terrains de chasse des chauves-souris en Camargue

décembre 3rd, 2016

Au cours de la dernière décennie, les modèles d’habitat potentiels (Habitat Suitability Models, HSMs), ou modèles de distribution d’espèces (Species Distribution Models, SDMs), ont reçu une attention considérable dans les études de conservation et ont généré un large éventail d’applications. Ces modèles ont été utilisés à la fois pour identifier les variables environnementales qui influençent la distribution des espèces et aussi pour prédire leurs distributions en fonction de différentes variables. Ces modèles ont été utilisés jusqu’à présent principalement pour prédire des distributions à large échelle. Ils peuvent cependant être également utilisés à des échelles spatiales plus fines pour répondre à des objectifs de conservation.

Dans le cadre du programme Life+ ChiroMed, nous avons évalué la faisabilité d’utiliser ce type de modèle pour prédire la distribution des terrains de chasse de deux espèces de chiroptère, le Grand Rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum) et le Murin à oreilles échancrées (Myotis emarginatus). Nous avons suivi par télémétrie 34 Grands Rhinolophe et 29 Murins à oreilles échancrées provenant de deux colonies de parturition mixtes situées en Camargue et séparées de 21.5 km.

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Une équipe de radio-tracking en poste

 

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Murin à oreille échancrées

L’étude avait pour objectifs (1) de caractériser la sélection des terrains de chasse de ces deux espèces (2) de produire des cartes prédictives des terrains de chasse autour des deux colonies de parturition, (3) d’analyser la performance prédictive de quatre modèles d’analyse statistique (Mahalanobis distance, ENFA, MADIFA et MaxEnt), et (4) d’évaluer la faisabilité de prédire la distribution des terrains de chasse d’une colonie à partir des données obtenues sur une seconde colonie indépendante.

Notre étude montre que les quatre modèles testés permettent de générer des cartes prédictives des terrains de chasse potentiels spécifiques à chaque espèce de façon relativement fiable, sur la base de la configuration du paysage environnant chaque colonie. Parmi les 17 variables d’habitats sélectionnés, les ripisylves, les boisements et la distance à la colonie jouent un rôle clé dans la sélection des terrains de chasse des deux espèces. MaxEnt apparait comme le modèle le plus performant pour prédire la distribution potentielle des terrains de chasse autour de chaque colonie, même à partir de données télémétriques obtenues de façon indépendante sur d’autre colonies.

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Carte prédictive des terrains de chasse potentiels autour d’une colonie de parturition de Grand Rhinolophe obtenue avec la méthode MaxEnt. La carte a été construite en utilisant 70% des localisations obtenues par télémétrie, tandis que les 30% restantes (cercles blancs) ont été utilisées pour tester la performance prédictive du modèle. Les nuances de gris indiquent les probabilités d’être un terrain de chasse potentiel, allant de 0 (faible probabilité en gris clair) à 1 (forte probabilité en noir)

Les études de télémétrie pour étudier la sélection des terrains de chasse des chiroptères ont connu un développement important ces dernières années. Comme de nombreuses espèces de chauves-souris sont menacées par la perte d’habitats, les modèles prédictifs de distribution d’habitat potentiel peuvent être des outils utiles pour définir où et comment protéger les terrains de chasse autour des colonies de parturition. Cependant, ces modèles mériteraient d’être testés sur d’autres espèces de chiroptère et dans d’autres contextes paysagers afin de mieux évaluer leur pertinence pour prédire et caractériser la sélection des terrains de chasses autour des colonies de parturition.

Jocelyn Fonderflick, Clémentine Azam, Clarisse Brochier, Emmanuel Cosson et Delphine Quékenborn
Traduction de l’anglais par Yann Gager et Jocelyn Fonderflick

Référence de l’article

Fonderflick et al. 2015. Testing the relevance of using spatial modeling to predict foraging habitat suitability around bat maternity: A case study in Mediterranean landscape. Biological Conservation, 192, 120-129.

Remerciements

Un grand merci à Jean-Michel Bompar pour son cliché de murin à oreille échancrées, au Groupe Chiroptères de Provence et au Life+ ChiroMed

Version anglaise
Habitat suitability models (HSMs) have so far been used mainly to study broad-scale patterns of species distribution based on environmental variables; however, they can also be applied to address conservation needs at finer scales. In this study, we evaluated the feasibility of using HSMs based on presence-only data to predict bat foraging habitat suitability around maternity roosts using radio-tracking location data. We radio-marked 34 Rhinolophus ferrumequinum and 29 Myotis emarginatus from two mixed-species maternity roosts (21.5 km apart) in a Mediterranean landscape. We generated foraging habitat suitability maps for the two species and the two colonies incorporating 17 land cover variables as well as distance from the maternity roosts. We then compared the performance of four presence-only models: Mahalanobis distance, ENFA, MADIFA and MaxEnt. Our study found that all four models generated foraging habitat suitability maps that performed well at predicting the species-specific quality of foraging habitat based on the configuration of the landscape. Riparian vegetation, woodland and distance from roosts play a key role in foraging habitat selection around colonies both for R. ferrumequinum and M. emarginatus. MaxEnt was the model that best predicted suitable foraging hab- itats. These are also the best models at predicting foraging habitat suitability with relatively good performance around another colony maternity roost using independent radio-tracking locations. Because many bat species are threatened by foraging habitat loss, habitat suitability modeling offers a useful tool in defining appropriate conservation guidelines that protect foraging habitats around bat maternity roosts.

Les chauves-souris du Burkina-Faso

novembre 13th, 2016

Les chauves-souris sont des espèces très peu étudiées au Burkina Faso. Nos connaissances sur ces espèces sont très limitées. Très peu de données sont disponibles sur leur diversité, leur distribution et leur mode de vie. Afin de mieux connaître ces animaux, nous avons pensé qu’il était nécessaire d’étudier d’abord leur diversité et leur répartition géographique. Pour ce faire, des chauves-souris ont été capturées avec des filets japonais et les données ajoutées à celles déjà disponibles pour l’analyse de leur diversité. Des cartes de distribution de chaque espèce ont été élaborées à partir des différentes localités dans lesquelles les espèces ont été capturées ou observées ce qui a permis l’analyse de la répartition géographique de chaque espèce à travers le pays.

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Filet de capture des chauves-souris

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La détermination des chauves-souris capturées peut commencer

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Chauves-souris dans des sachets de capture

Trois mille quatre cent quatre-vingt (3 480) spécimens répartis dans 166 localités et appartenant à 51 espèces (Annexe 1) ont été examinés. Les espèces examinées se répartissent entre 24 genres et 9 familles. Les insectivores ont une plus grande diversité spécifique comparée à celle des frugivores qui comptent une seule famille, celle des Pteropodidae (7 espèces). Chez les Insectivores, on compte 44 espèces réparties dans 8 familles dont celles des Vespertilionidae (17), suivi des Hipposideridae (7), des Molossidae (6), des Nycteridae (5), des Emballonuridae (3), des Rhinolophidae (3), des Rhinopomatidae (2) et des Megadermatidae (1). Epomophorus gambianus, Micropteropus pusillus et Nanonycteris veldkampii sont les trois frugivores les plus couramment rencontrées. Quant aux insectivores, ce sont Scotophilus leucogaster, Hipposideros ruber et Neoromicia guineensis.

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Les 9 familles de chauves-souris rencontrées au Burkina Faso

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Colonie d’Eidolon helvum

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Micropteropus pusillus

La distribution des espèces a montré que les chauves-souris sont présentes dans toutes les zones de végétation au Burkina Faso. Les Pteropodidae, les Hipposideridae, les Emballonuridae, les Nycteridae et les Molossidae sont les familles qui ont été localisées dans toutes les zones de végétation au Burkina Faso. Les Rhinolophidae sont absentes de la zone Nord-sahélienne mais sont présentes dans les autres zones de végétation. Les Vespertilionidae sont absentes dans la zone Sud-sahélienne mais sont présentes dans les autres zones de végétation. La famille des Rhinopomatidae, quant à elle, est présente aux extrémités Nord et Sud tandis que la famille des Megadermatidae n’est connue que de la partie Sud du pays.

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Carte de distribution

La richesse spécifique montre une différence entre la zone sahélienne et la zone soudanienne. Elle augmente globalement du Nord vers le Sud avec une richesse maximale dans l’extrême Sud-ouest. 18 espèces sont répertoriées dans la zone sahélienne tandis que 49 sont présentes dans la zone soudanienne. Elle montre également que la zone Sud-soudanienne se distingue des autres zones climatiques. 47 espèces y sont présentes tandis que 27 sont présentes dans la zone Nord-soudanienne. La zone Nord-sahélienne compte 15 espèces. La plus faible richesse spécifique a été répertoriée dans la zone Sud-sahélienne qui compte 9 espèces.

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Carte de richesse spécifique

Malika Kangoye (texte et photos)

Remerciements
Ce travail est dédié à la mémoire du professeur Elisabeth K.V. Kalko. Nous tenons à remercier le projet BIOTA West (Biodiversity Monitoring Transect Analysis) qui a financé cette étude. Nous remercions également le Ministère de l’Environnement ainsi que les chauffeurs et les techniciens qui nous ont accompagnés sur le terrain et aidés à la capture des chauves-souris. Nous remercions Jakob Fahr pour la confirmation de l’identification des espèces et Laurent Granjon pour les données qu’il nous a fournies. Ce travail a été réalisé à l’Université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo au Burkina Faso avec le soutien du Centre National de l’Information de l’Orientation Scolaire, Professionnelle et des Bourses (CIOSPB). Je tiens à les remercier de m’avoir encadrée et de m’avoir soutenue financièrement.

Annexe 1
Liste des 51 espèces de chauves-souris recensées au Burkina-Faso

Emballonuridae
Coleura afra (Peters, 1852)
Taphozous nudiventris (Cretzschmar, 1830)
Taphozous perforatus (E. Geoffroy St.-Hilaire, 1818)

Hipposideridae
Asellia tridens (E. Geoffroy St.-Hilaire, 1813)
Hipposideros abae
(J.A. Allen, 1917)
Hipposideros caffer (Sundevall, 1846)
Hipposideros cyclops (Temminck, 1853)
Hipposideros jonesi (Hayman, 1947)
Hipposideros ruber (Noack, 1893)
Hipposideros vittatus (Peters, 1852)

Megadermatidae
Lavia frons (E. Geoffroy St.-Hilaire, 1810)

Molossidae
Chaerephon major (Trouessart, 1897)
Chaerephon nigeriae (Thomas, 1913)
Chaerephon pumilus (Cretzschmar, 1826)
Mops condylurus (A. Smith, 1833)
Mops demonstrator (Thomas, 1903)
Mops midas (Sundevall, 1843)

Nycteridae
Nycteris gambiensis (K. Andersen, 1912)
Nycteris grandis (Peters, 1865)
Nycteris hispida (Schreber, 1774)
Nycteris macrotis (Dobson, 1876)
Nycteris thebaica (E. Geoffroy St.-Hilaire, 1818)

Pteropodidae
Eidolon helvum (Kerr, 1792)
Epomophorus gambianus (Ogilby, 1835)
Hypsignathus monstrosus H. Allen, 1862
Lissonycteris angolensis (Bocage, 1898)
Micropteropus pusillus (Peters, 1868)
Nanonycteris veldkampii (Jentink, 1888)
Rousettus aegyptiacus (E. Geoffroy St.-Hilaire, 1810)

Rhinolophidae
Rhinolophus alcyone
(Temminck, 1853)
Rhinolophus fumigatus (Rüppell, 1842)
Rhinolophus landeri (Martin, 1838)

Rhinopomatidae
Rhinopoma cystops (Thomas, 1903)
Rhinopoma microphyllum (Brünnich, 1782)

Verspertilionidae
Glauconycteris variegata (Tomes, 1861)
Myotis bocagii (Peters, 1870)
Neoromicia capensis (A. Smith, 1829)
Neoromicia guineensis (Bocage, 1889)
Neoromicia nana (Peters, 1852)
Neoromicia rendalli (Thomas, 1889)
Neoromicia somalica (Thomas, 1901)
Nycticeinops schlieffenii (Peters, 1859)
Pipistrellus deserti (Thomas, 1902)
Pipistrellus inexspectatus (Aellen, 1959)
Pipistrellus nanulus (Thomas, 1904)
Pipistrellus rusticus (Tomes, 1861)
Scotoecus albofuscus (Thomas, 1890)
Scotoecus hirundo (de Winton, 1899)
Scotophilus dinganii (A. Smith, 1833)
Scotophilus leucogaster (Cretzschmar, 1826)
Scotophilus viridis (Peters, 1852)

Sélection d’articles récents

octobre 28th, 2016

Nous vous avons à nouveau compilé une petite sélection d’articles scientifiques publiés ces derniers mois:

1- Une étude sur le régime alimentaire de la grande Noctule (Nyctalus lasiopterus) identifié par séquencage d’ADN. Les résultats mettent une évidence 31 espèces d’oiseaux migrateurs appartenant à 8 familles de Passeriformes [lien vers le résumé].

2- Un article sur l’utilisation de gites par deux espèces de chauves-souris forestières dans le Sud-Ouest de la Suisse. Les résultats de radio- télémétrie montrent que le murin de Bechstein (Myotis bechsteinii) utilise des cavités arboricoles tandis que la barbastelle d’Europe (Barbastella barbastellus) gîte exclusivement dans des gîtes d’origine anthropique localisés en France. L’étude met notamment en avant l’importance de programme de conservation transfrontaliers [lien vers le résumé].

3- Une publication sur la réduction des impacts du Murin de Natterer (Myotis nattereri) dans les églises via l’utilisation combinée de gîtes artificiels et de dissuasion acoustique. Les deux méthodes permettent de limiter les dommages à l’église tout en préservant les colonies de chauves-souris mais les auteurs mettent en garde sur les dangers potentiels de la dissuasion acoustique [lien vers l’article].

4- Une revue bibliographique qui met en évidence les différents événements de mortalité multiples (≥ 10 décès de chauves-souris) à travers le monde. Plus de la moitié des événements ont une origine humaine, comme la destruction intentionnelle avant les années 2000 ou les éoliennes et la maladie du nez blanc après les années 2000 [lien vers le résumé].

5- Une étude qui propose une nouvelle méthodologie pour estimer la taille des colonies sur la base d’enregistrement d’ultrasons. Cette méthode, reposant sur l’utilisation d’un logiciel acoustique open-source et d’un script automatique, est bon marché et facile à mettre en oeuvre [lien vers le résumé].

6- Un article sur le suivi d’hormones du stress (métabolites glucocorticoides) à partir du guano de différentes colonies d’Eptesicus isabellinus. Cet outil pourrait servir à mettre en évidence le stress environnemental subit par les chauves-souris. Des informations supplémentaires sont nécessaires pour identifier un lien entre les concentrations de ces métabolites et la survie [lien vers le résumé].

7- Une publication qui met en évidence la prédation du mulot sylvestre (Apodemus sylvaticus) sur des chauves-souris en hibernation au Pays-Bas. Les résultats suggèrent que le mulot sylvestre cherche activement et tue des chauves-souris en hibernation ou s’attaque à des individus affaiblis, avec des conséquences potentielles sur la conservation des chauves-souris [lien vers l’article].

8- Une étude sur le comportement acoustique des Pipistrelles communes (Pipistrellus pipistrellus) en chasse simultanée. Les résultats mettent en évidence des décalages de fréquences qui correspondent à une réaction d’attention au conspécifique mais qui ne supportent pas l’hypothèse d’un évitement du brouillage spectral (Spectral Jamming Avoidance) [lien vers l’article].

9- Un article sur l’impact potentiel du changement climatique et la perte d’eau sur les chauves-souris insectivores vivant dans le désert. Sur la base d’une réduction expérimentale de la surface d’un point d’eau, les auteurs mettent en évidence une réduction de l’accès à l’eau pour les espèces larges et peu manoeuvrables [lien vers le resumé].

10- Une revue bibliographique avec une méta-analyse sur les collisions entre chauves-souris et véhicules ainsi que l’effet barrière des routes sur les chauves-souris. Sur la base de données collectées en Europe, les espèces de bas-vol ainsi que les juvéniles sont plus vulnérables aux collisions. Les auteurs soulignent notamment l’importance de mieux comprendre l’impact des routes sur les chauves-souris pour minimiser leur impact [lien vers le resumé].

Références bibliographiques

1 Ibanez C, Popa-Lisseanu AG, Pastor-Bevia D, Garcia-Mudarra JL, Juste J (2016). Concealed by darkness: interactions between predatory bats and nocturnally migrating songbirds illuminated by DNA sequencing. Molecular Ecology, in press.

2 Kühnert E, Schönbächler C, Arlettaz R, Christe P (2016). Roost selection and switching in two forest-dwelling bats: implications for forest management. European Journal of Wildlife Research, 62, 497-500.

3 Zeale MRK, Bennitt E, Newson SE, Packman C, Browne WJ, Harris S, Jones G, Stone E (2016). Mitigating the impact of bats in historic churches: the response of Natterer’s bats Myotis nattereri to artificial roosts and deterrence. PLoS ONE, 11, e0146782.

4 O’Shea TJ, Cryan PM, Hayman DTS, Plowright RK, Streicker DG (2016). Multiple mortality events in bats: a global review. Mammal Review, 46, 175-190.

5 Kloepper LN, Linnenschmidt M, Blowers Z, Branstetter B, Ralston J, Simmons JA (2016). Estimating colony sizes of emerging bats using acoustic recordings. Royal Society Open Science, 3, 160022.

6 Kelm DH, Popa-Lisseanu AG, Dehnhard M, Ibáñez C (2016). Non-invasive monitoring of stress hormones in the bat Eptesicus isabellinus – Do fecal glucocorticoid metabolite concentrations correlate with survival? General and Comparative Endocrinology, 226, 27-35.

7 Haarsma A-J, Kaal R (2016). Predation of wood mice (Apodemus sylvaticus) on hibernating bats. Population Ecology, in press.

8 Gotze S, Koblitz JC, Denzinger A, Schnitzler HU (2016). No evidence for spectral jamming avoidance in echolocation behavior of foraging pipistrelle bats. Scientific Reports, 6, 30978.

9 Hall LK, Lambert CT, Larsen RT, Knight RN, McMillan BR (2016). Will climate change leave some desert bat species thirstier than others? Biological Conservation, 201, 284-292.

10 Fensome AG, Mathews F (2016). Roads and bats: a meta-analysis and review of the evidence on vehicle collisions and barrier effects. Mammal Review, 46, 311-323.

Migration des chauves-souris en Europe

septembre 7th, 2016

La migration automnale des chauves-souris a démarré, un nombre record d’animaux a déjà été capturé en Lettonie, à vous de jouer pour les relectures de bague!

Des conditions météorologiques favorables ont encouragé des millions de chauves-souris à migrer depuis le Nord-est de L’Europe jusqu’aux zones où elles passent l’hiver.

Piège Heligoland à Pape (Lettonie). Photo: Jasja Dekker.

Piège Heligoland à Pape (Lettonie). Photo: Jasja Dekker.

Plus de 4000 chauves-souris ont déjà été baguées à la station ornithologique de Pape en Lettonie. Les chauves-souris sont capturées à l’aide d’un piège Heligoland (voir photo), qui est mis en oeuvre par une coopération entre le Leibniz institute for Zoo and Wildlife Research (IZW) de Berlin et la Latvian University de Riga. Selon le Prof. Dr. Gunars Petersons (Agricultural University Jelgava), plus de 3500 pipistrelles de Nathusius baguées (Pipistrellus nathusii) ont été relachées depuis le début de la migration le long de la côte baltique de la Lettonie le 19 Août 2016, ainsi que plusieurs pipistrelles pygmées (Pipistrellus pygmaeus), sérotines bicolores (Vespertilio murinus) et noctules communes (Nyctalus noctula). Les résultats de cette année représente un nouveau record pour la station de recherche de Pape, qui mène des recherches sur les chauves-souris depuis les années 1960. Sur place, des chercheurs de Lettonie, d’Allemagne et des Pays-Bas ont été impressionnés par le spectacle naturel unique des milliers de chauves-souris volant le long du couloir de migration côtier.

Par ailleurs en Saxe-Anhalt (Etat fédéral en Allemagne), les premières migrations ont été enregistrées. “Depuis plusieurs jours, les pipistrelles de Nathusius, les sérotines bicolores et les noctules de Leisler migrent de manière intensive”, observe Bernd Ohlendorf du centre de référence de l’état pour la conservation des chauves-souris. En coopération avec le groupe Chiroptères local (Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V.), environ 4000 pipistrelles de Nathusius, sérotines bicolores et noctules de Leisler (Nyctalus leislerii) ont été baguées dans la région depuis 2015.

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Recaptures de bagues pour les populations de Pipistrelles de Nathusius du Nord-est de l’Europe en relation avec la densité des éoliennes en Allemagne (Voigt et al. 2015).

Pour une conservation des chauves-souris effective, il est entre autres nécessaire d’identifier les routes de migration, les gîtes et les zones où elles passent l’hiver à l’aide de relectures de bagues, parce que « concernant la migration des chauves-souris, nous tâtonnons littéralement dans le noir » témoigne Christian Voigt, scientifique du IZW. » Seules quelques relectures de bague et des études acoustiques suggèrent l’étendue réelle des mouvements de la migration automnale. Le nombre et la gamme des routes de migration annuelle dépassent tout ce que l’on sait sur les mammifères. Même les troupeaux de gnous migrateurs dans le Serengeti ne se déplacent pas sur d’aussi longues distances », analyse Christian Voigt.

Cependant, la migration automnale recense déjà ses premières victimes d’éoliennes. Dans un parc d’éoliennes en Lituanie, 7 cadavres de pipistrelles de Nathusius ont ate découverts lors d’une simple visite sporadique. En Saxe-Anhalt, c’est meme une noctule baguée qui a été retrouvée. Selon l’IZW, les chauves-souris meurent par collisions directes avec les pales ou même à cause des énormes fluctuations de pressions causées par les pales en rotation (barotrauma).

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Noctule baguée retrouvée morte sous une éolienne en Saxe-Anhalt. Photo: Bernd Ohlendorf

Durant les prochains jours et prochaines semaines, nous vous invitons à contrôler vos nichoirs à chauves-souris, déployer vos filets de capture et et chercher des carcasses sous les éoliennes pour obtenir des relectures de bague !

Note:

  • Les bagues trouvées doivent être communiquées aux autorités compétentes et aux centres de baguage.
  • Les cadavres de chauves-souris doivent être transmis (sous couvert d’autorisations) aux autorités compétentes.
  • En fonction des pays, les captures au filet et les contrôles de nichoirs requièrent des permis concernant la protection des espèces.

Références:

  • Communiqué de presse du Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Reseach, 24 Août 2016, Berlin: Fledermäuse auf dem Durchflug: Der Herbstliche Fledermauszug beginnt.
  • Communiqué de presse de l’Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V., 22 Août 2016, Stolberg/Harz: Fledermauszug der Rauhautfledermaus Mitte August 2016 in Deutschland.
  • Gunars Petersons 2016, pers. com. le 28 Août 2016, Pape.
  • www.fledermauszug-deutschland.de (28 Août 2016)
  • Voigt, C.; Lehnert, L. S.; Petersons, G.; Adorf, F.; Bach, L. 2015: Wildlife and renewable energy: German politics cross migratory bats. European Journal of Wildlife Research, February 2015. DOI 10.1007/s10344-015-0903-y.

Marcus Fritze pour le Bundesverband für Fledermauskunde,
Traduit de l’anglais par Yann Gager

Version anglaise

Autumn bat migration season has started, record numbers captured in Latvia, time to get ring recaptures!

Favorable weather conditions have encouraged millions of bats to migrate from north-eastern Europe to their wintering areas in Germany, France, Italy, the Benelux and probably other countries.

More than 5,000 bats have already been ringed at the ornithological station in Pape / Latvia in August 2016. Bats were captured in a Heligoland trap (see picture), which is operated by a cooperation between the Leibniz institute for Zoo and Wildlife Research (IZW) in Berlin and the Latvian University in Riga. According to Prof. Dr. Gunars Petersons (Agricultural University Jelgava) more than 4,000 ringed Nathusius bats (Pipistrellus nathusii) were released since the beginning of the migration season at the Latvian Baltic coast on the 19th of August 2016, as well as several Soprano pipistrelles (Pipistrellus pygmaeus), Parti-coloured bats (Vespertilio murinus) and common noctules (Nyctalus noctula). The results of this year represent a new record for the research station in Pape, which carries out bat research since the 1960s. Attending bat researchers from Latvia, Germany and the Netherlands were amazed by the unique natural spectacle, as thousands of bats were flying along the coastal migration corridor

Also in Saxony-Anhalt (Federal state in Germany) first migration movements were registered. “For several days, the Nathusius bats, Parti-coloured bats and Leisler’s bats have been migrating with great intensity”, says Bernd Ohlendorf from the state’s reference Centre for Bat Conservation. Here, in cooperation with the local bat working group (Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V.), some 4,000 Nathusius bats, Parti-coloured bats and Leisler’s bats (Nyctalus leislerii) were ringed since spring 2015.

For effective conservation of bats, it is necessary, inter alia, to identify migration routes, roosting sites, resting and wintering areas by ring-recaptures, because « concerning bat migration, we are groping in the dark, » says Christian Voigt, scientist at the IZW. « Only a few recoveries and acoustic studies suggest the real extent of the autumnal migration movements. The number and the range of the annual trails surpass everything that is known about mammals. Even the migratory herds of wildebeest in the Serengeti do not move such long distances », says Christian Voigt.

Since the start of autumn migration, first fatalities at wind turbines have already be seen. In a wind farm in Lithuania 7 dead Nathusius bats were found in a single sporadic inspection. In Saxony-Anhalt a ringed noctule was found, dead beneath a wind turbine. According IZW, bats are dying by collisions and even due to the enormous pressure fluctuations caused by the rotating blades (barotrauma).

The coming days and weeks should therefore be used for bat box controls, mist net catching and carcass searches under wind turbines to get ring recaptures!

Note:
– Found rings should be reported to the designated authorities and ringing head offices.
– Bat carcasses should be transmitted (under licence) to the responsible conservation offices.
– Mist net catchings and bat box controls require permits concerning species protection.

References:
– News release Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Reseach, 24th August 2016, Berlin: Fledermäuse auf dem Durchflug: Der Herbstliche Fledermauszug beginnt.
– News release Arbeitskreis Fledermäuse Sachsen-Anhalt e.V., 22th August 2016, Stolberg/Harz: Fledermauszug der Rauhautfledermaus Mitte August 2016 in Deutschland.
– Gunars Petersons 2016, pers. com. At 28th August 2016, Pape.
www.fledermauszug-deutschland.de (28th August 2016)
– Voigt, C.; Lehnert, L. S.; Petersons, G.; Adorf, F.; Bach, L. 2015: Wildlife and renewable energy: German politics cross migratory bats. European Journal of Wildlife Research, February 2015. DOI 10.1007/s10344-015-0903-y.

Marcus Fritze, Bundesverband für Fledermauskunde e.V.,Pape, 28th August 2016

Une nouvelle population de Grandes Noctules en Aveyron

juillet 22nd, 2016

Le feuilleton des Grandes Noctules se poursuit, avec la découverte le mois dernier d’une nouvelle colonie de Grandes noctules dans la vallée du Lot, dans le Nord Aveyron, au pied de l’Aubrac.

La colonie a été découverte sans captures mais grâce à une méthode éprouvée, dite « méthode EXEN » de poursuite acoustique et visuelle de début et surtout de fin de nuit. Cette méthode non invasive avait été développée en 2012 pour la découverte de nos premiers gites de mise-bas de la Grande noctule en Auvergne (Beucher & Bernard, 2016). J’avais eu quelques contacts acoustiques de début de nuit (22h05) le 19 juin dernier au cours d’un comptage de colonie de Grand murins. Nous nous sommes ainsi relayés pendant environ 15 jours au sein de l’équipe EXEN et de Chauves-Souris Aveyron en fonction de la disponibilité des uns et des autres, avant d’aller au travail. Finalement, nous avons localisé un premier arbre-gite mercredi 06 juillet vers 6h15, à plus de 4.5 km du contact acoustique du 19 juin. Il s’agit d’une chênaie claire située sur des coteaux pentus du sud de la vallée du Lot.

La cavité, située dans un chêne à à peine 5m de hauteur, inspectée en journée et filmée en sortie de gite était occupée par 17 individus. Aucun jeune de l’année n’a pu être identifié (ni accroché à la mère ni volant). Evidemment, sans capture, nous ne pouvons présager du sexe des individus, et les images filmées avec le Sony α7S et ralenties en sortie de gite ne permettent pas de s’en rendre compte (uniquement des vues de dos des bêtes). Mais simplement la longueur des poils et les rendus en infrarouges permettent de penser qu’il s’agit bien d’adultes. L’expérience de 5 années de suivi de la population auvergnate où mâles et femelles cohabitent, nous invite à rester prudents et éviter toute supposition sur la base de la taille du groupe.

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Il est aussi évidemment trop tôt pour estimer la taille de la population locale, mais nous avons pu assister à un balai impressionnant de plusieurs dizaines de grandes noctules, évoluant avec martinets, hirondelles et faucon hobereau, et exploitant des nuées d’insectes au crépuscule ou au petit jour, en pleine ville, au-dessus du Lot. Cette nouvelle population est clairement distincte de celles connues jusqu’alors, mais étrangement située à mi-distance entre celle des femelles suivies par Marie-Jo Dubourg-Savage et l’équipe du Groupe Chiroptères Midi-Pyrénées sur le plateau du Lévezou (à plus de 22 km au sud) et à 22 km de celle des mâles et femelles non reproductrices qui avait été localisée par l’Alepe en 2007 (Sané, Vespère 2008) dans l’ouest Lozèrien. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur les éventuels liens entre ces populations. Par ailleurs, la grande noctule a été contactée acoustiquement sur de multiples sites dans le Nord Aveyron (Cf. article sur le Chiroblog ‘La Grande Noctule en Aveyron‘), ce qui laisse penser que d’autres découvertes de colonies sont à venir. Cette nouvelle donnée ouvre un nouveau champ d’investigations pour avancer dans la connaissance de l’espèce localement bien sûr, mais aussi en parallèle des autres populations suivies dans le Massif Central et au-delà. Ça promet de belles campagnes de suivis à venir, de façon fine et sur le long terme, avec une aventure qui recommence.Un grand merci à ceux qui ont contribués, en équipe, à cette découverte : Frédéric Albespy, Frédéric Berougeon, Marie Beucher, Nicolas Cayssiols, Jeremy Dechartre, Chloé Guiraud, Aurélie Langlois, Mathieu Louis, Justine Mougnot, Laurie Nazon, Pierre Petitjean, Arnaud Rhodde et Chloé Tanton.

Yannick Beucher pour le bureau d’études EXEN et le groupe Chauves-souris Aveyron

Références bibliographiques

Beucher & Bernard (2016). La Grande noctule (Nyctalus lasiopterus) dans le Puy de Dôme : découverte d’une colonie de mise-bas et suivi d’activité par une méthode sans capture. Symbioses, 34, 9-13.

Sané (2008). La Grande Noctule Nyctalus lasiopterus (Schreber, 1780) en Lozère: Résultats d’une semaine de suivi radio-télémétrique. Le Vespère, 1, 21-35 [Télécharger l’article].

Caractérisation de l’activité des chiroptères sous un parc éolien en activité et au sein d’un site naturel sous l’emprise d’une activité minière en Nouvelle-Calédonie

avril 18th, 2016

La Nouvelle-Calédonie est un petit archipel d’une superficie de 18 575,5 km2dans le Pacifique, qui abrite 9 espèces de Chiroptères, incluant 4 espèces de renards volants (famille des Pteropodidae). L’enjeu de conservation de ces espèces est d’autant plus important qu’elles constituent la seule faune mammalienne terrestre indigène du pays.

Depuis le milieu des années 1980, le secteur minier et notamment la production de nickel est très important pour l’économie néo-calédonienne (Institut de la Statistique et des Etudes Economiques (ISEE), 2014). Il a transformé les paysages et les conditions de vie des habitants. Ce secteur industriel nécessite des apports énergétiques toujours plus importants et devrait continuer à participer au développement des énergies renouvelables dont l’éolien (IRD, 2012). Les réserves estimées de nickel assurent la possibilité d’extraction sur plusieurs décennies en fonction du rythme de prélèvement et des techniques employées. Le cycle d’activité des industries minières est quasiment ininterrompu.

Jusqu’à présent, aucune étude n’avait été menée sur les impacts de telles activités anthropiques sur les chiroptères. C’est pourquoi ce stage comprend trois axes majeurs de travail:

– Le premier volet tente de déterminer l’éventuel impact des éoliennes sur l’activité des chiroptères (hors renards volants) présents sur un parc éolien.

– Le second volet a pour but de décrire l’utilisation des 3 habitats dominants (Forêt, lisière et maquis) par les chiroptères et de participer à l’élaboration de recommandations sur la gestion des milieux. La zone d’étude est située dans une zone naturelle en instance de destruction pour une extension minière.

– Enfin, le dernier volet correspond à la rédaction de recommandations pour les méthodes de suivis et de prise en compte des chiroptères dans le cadre de projets de développement éolien et/ou minier. Ces recommandations portent sur les possibilités d’atténuation d’impacts ou de compensation pour la conservation de ces espèces. Et cela tant au niveau des études d’avant-projet que post-projet.

Un inventaire acoustique a été effectué du 11 au 13 et du 18 au 22 mai 2015 ainsi que du 1er au 5 et du 15 au 19 juin 2015. Ces dates correspondent hypothétiquement à la période de trêve hivernale (moindre activité des chiroptères de l’archipel), (Thouzeau et Brescia, 2014a ; Millon, com. pers.). Ainsi, il ne s’agit pas de la période idéale pour mener ce genre d’études. Néanmoins, il s’agit des contraintes allouées à la réalisation de ce stage et cela a été pris en compte dans le traitement des résultats. Comme l’activité des chiroptères peut dépendre de la structure du paysage (Millon et al, 2015) et des conditions climatiques (Kerbiriou et al., 2006), les différentes modalités sont échantillonnées les mêmes nuits, de manière à minimiser les biais. Sur le parc éolien, des réplicas de points d’écoutes ont ainsi été réalisés sous 8 éoliennes au total. Chaque éolienne échantillonnée est couplée à une zone témoin environnante afin de pouvoir constater l’éventuel impact des éoliennes sur l’activité des chiroptères. De même, sur le site minier, 5 réplicas ont été réalisés sur les 3 habitats principaux de la zone de l’espace minier : la forêt, la lisière et le maquis. Cette méthodologie est employée dans le but de décrire l’utilisation des habitats par les chiroptères.

Au total, 159 heures d’enregistrements ont été analysés, soit :
– 31 échantillons des 3 premières heures et 30 minutes après le coucher du soleil,
– 5 échantillons de 15 heures (durée d’une nuit entière d’enregistrement).

Des contacts de 2 groupes d’espèces (celles des genres Chalinolobus et Miniopterus) ont été identifiés sur les 2 sites d’études. Chalinolobus neocaledonicus, est majoritairement présent sur le parc et le groupe actuellement indifférenciable Miniopterus australis/ M. macrocneme est majoritairement présent sur le site minier, et cela sur l’ensemble des différentes modalités échantillonnées.

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Chalinolobus neocaledonicus

Résultats de l’activité des chiroptères sur les 2 sites, toutes modalités confondues :

Parc éolien : 52 contacts/3h30 en moyenne
(42 contacts/3h30 de C. neocaledonicus et 10 contacts/3h30 de M.australis/ M.macrocneme).

Site minier : 119 contacts/3h30 en moyenne
(132 contacts/3h30 de C. neocaledonicus et 13 contacts/3h30 de M.australis/macrocneme).

Sonogrammes des espèces étudiées : (A) Chalinolobus neocaledonicus en milieu ouvert et (B) Miniopterus australis/macrocneme en lisière (fenêtre de 50 ms).

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Ce travail a permis de mettre en évidence l’activité notable dans le contexte néo-calédonien des chiroptères sur un site éolien et minier malgré la période inadéquate. La seule étude locale existante avait relevé une activité de 30 contacts/heure en milieu forestier et en période automnale, soit durant la période de gestation des espèces (Thouzeau & Brescia, 2014a). Il est alors possible d’imaginer que ces sites anthropiques sont largement fréquentés par les chauves-souris en période d’activité maximale et pourraient donc engendrer des impacts importants.

Cette étude est à la base de futures recommandations pour la conception de tels projets à l’échelle de l’archipel. Il s’agit d’une amorce justifiant de l’intérêt de mesures de conservation sur ces milieux anthropisés ainsi que de la sauvegarde des milieux favorables. Des recommandations générales et des méthodes d’évaluations d’impact ont été présentées afin de tenir compte de leurs effets sur les chauves-souris. Cependant, ces recommandations restent incomplètes et doivent être développées. Il est nécessaire de continuer à enquêter et réaliser de nouveaux suivis pendant la période de pleine activité. Grâce au cumul des enregistrements de chiroptères, il sera également possible de construire des modèles des caractéristiques des signaux, et enfin d’établir des logiciels d’analyse automatique applicables pour les espèces locales. Mais avant cela il est important de continuer à décrire et relever des mesures des signaux traités afin d’alimenter les connaissances existantes et, dans l’idéal, décrire des données bio-acoustiques pour l’ensemble des espèces du pays. Quelques enregistrements laissent à penser qu’il existe 2 typologies de signaux des Minioptères de la Grande Terre (actuellement indifférenciables). L’une avec une Fréquence terminale de 50,7 à 54,6 kHz et l’autre de 43,5 à 45 kHz. Ce stage aura permis, entre autre, l’identification de cris sociaux de Chalinolobus neocaledonicus jusqu’alors non recensés. Mais également la découverte d’une ensifère (sous-ordre des Ensifera: les sauterelles, grillons et courtilières) pouvant émettre jusqu’à 40 kHz, qui auparavant était confondue avec les émissions de Chalibolobus neocaedonicus. De plus, les résultats de contacts de Chalinolobus neocaledonicus ne sont pas en adéquation avec la biologie arboricole décrite de l’espèce (Kirsch et al., 2002 ; Thouzeau & Brescia 2014b). Dans notre étude cette espèce a surtout été enregistrée dans des milieux ouverts ou de lisière, et nous laisse ainsi penser qu’il reste des notions de sa biologie à découvrir.

Célia Colin

Références bibliographiques
Kirsch R.A., Tupinier Y., Beuneux G. & A. Rainho (2002). Contributions à l’inventaire chiroptèrologique de la Nouvelle-Calédonie. SFEPM. 129p.

Kerbiriou C., Julien J.-F., Ancrenaz K., Gadot A.S., Loïs G., Jiguet F. & R. Julliard (2006). Suivi des espèces communes après les oiseaux … les chauves-souris ? XI Rencontres « Chauves-souris » Muséum de Bourges 18-19 Mars, Bourges, France.

IRD (2012). « Atlas de la Nouvelle-Calédonie ». IRD Orstom. 269p.

Millon L., Julien J.-F., Julliard R. & C. Kerbiriou (2015). Bat activity in intensively farmed landscapes with wind turbines and offset measures. Ecological Engeneering, 75, 250-257.

Thouzeau A. & F. Brescia (2014a). Etude exploratoire des microchiroptères de Nouvelle-Calédonie. IAC. 31p.

Thouzeau A. & F. Brescia (2014b). Les microchiroptères de la Nouvelle-Calédonie. Non publié, 29p.

Webographie :

Site Internet de Institut de la Statistique et des Etudes Economiques de la Nouvelle-Calédonie (ISEE) (consulté le 28/03/2015)

Polllution lumineuse : zoom sur la thèse de Clémentine Azam

avril 3rd, 2016

La pollution lumineuse générée par l’utilisation massive d’éclairage artificiel est, depuis une dizaine d’années, considérée comme une menace importante pour la biodiversité. Avec un développement de l’ordre de 6 % par an dans le monde (3 % en France), la pollution lumineuse affecte aujourd’hui près de 20 % de la superficie du globe.

Depuis le début de la crise économique de 2008, environ 10 000 communes ont mis en place un système d’extinction de l’éclairage public aux heures où peu d’habitants utilisent la voie publique (de minuit à cinq heures du matin environ). Cette mesure a été principalement mise en place pour réduire les coûts de l’éclairage public qui peuvent représenter jusqu’à 45 % de la facture d’électricité des communes. Or, alors que cette mesure s’intègre parfaitement dans les objectifs de développement durable des communes, en limitant la consommation d’énergie des territoires, aucune étude n’a jusqu’ici caractérisé si cette mesure pouvait efficacement limiter les impacts négatifs de l’éclairage artificiel sur la biodiversité.

C’est pourquoi nous avons effectué, dans le Parc Naturel Régional du Gâtinais Français, une expérience pour tester l’effet de cette mesure sur 6 espèces de 2 genres de chiroptères (Figure 1). Nous avons effectué un échantillonnage apparié en enregistrant simultanément l’activité de chiroptères sur un site éclairé d’un lampadaire à Sodium Haute Pression et un site contrôle non éclairé. Les deux sites de chaque paire, similaires d’un point de vue de l’habitat, étaient situés le long de haies ou de lisières forestières et éloignés d’environ 200 m. Vingt-quatre paires étaient situées dans des communes pratiquant l’extinction nocturne des lampadaires et douze paires étaient situées dans des communes qui laissent leurs lampadaires allumés toute la nuit.

Photo_lampadaireFigure 1. Photographie de l’un des sites d’étude situé dans la commune de Dannemois (91). Crédit photo: Clémentine Azam.

L’activité de chiroptères a été mesurée toute la nuit en enregistrant tous les contacts de chiroptères avec un détecteur d’ultrasons SM2, sur une période couvrant 30 minutes avant et 30 minutes après le coucher du soleil. Les enregistrements ont ensuite été traités par le logiciel de classification automatique Sonochiro © et la classification des contacts a été validée en vérifiant manuellement les séquences ambiguës avec le logiciel Syrinx 2.6. La session de terrain a été effectuée de Juin à Août, durant les nuits où les conditions météorologiques étaient favorables.

Effets de l’éclairage sur l’activité de chiroptères

Les trois espèces de pipistrelles détectées (P. pipistrellus, P. kuhlii, P. nathusius) ainsi que les deux espèces de noctules (N. noctula, N. leisleri) ont présenté des niveaux d’activité plus importants sur les sites éclairés toute la nuit que sur les sites contrôles non éclairés (Figure 2), ce qui confirme leurs comportements de chasse sous les lampadaires. A contrario, les murins Myotis sp. et les oreillards Plecotus sp. étaient significativement moins actifs sur les sites éclairés toute la nuit que sur les sites non éclairés (Figure 2), ce qui confirme leur caractère lucifuge. En revanche, nous n’avons pas observé d’effets de l’éclairage sur l’activité de la sérotine commune E. serotinus.

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Figure 2. Nombre de contacts de chiroptères par nuit sur les sites contrôles non éclairés (« Unlit »), les sites allumés avec extinction (« Part ») et les sites éclairés toute la nuit (« Full ») pour (A) Myotis sp., (B) Plecotus sp., (C) Pipistrellus pipistrellus, and (D) Pipistrellus kuhlii. Les sigles « a » et « b » montrent les traitements lumineux qui ne sont pas significativement différents les uns des autres.


Effets de l’extinction nocturne sur l’activité des chiroptères

Pour les murins, l’effet négatif de l’éclairage persiste toujours sur les sites où les lampadaires s’éteignent à minuit (Figure 2), ce qui suggère que cette mesure n’est pas efficace pour limiter l’impact de la pollution lumineuse pour ce groupe d’espèce. Par contre, il semble que l’extinction nocturne des lampadaires soit bénéfique aux oreillards qui ont présenté des niveaux d’activités supérieurs sur les sites éclairés avec extinction que sur les sites non éclairés et éclairés toute la nuit (Figure 2). Cela suggère qu’ils profiteraient de l’extinction des lampadaires pour aller glaner les insectes accumulés sous les lampadaires, immobiles sur le sol ou sur les parois des maisons. Cependant, au vu du nombre limité de contacts pour ce groupe d’espèce, il est préférable de rester prudent avec ce résultat.

Nous n’avons observé aucun effet de l’extinction des lampadaires sur l’activité des pipistrelles de Kuhl et de Nathusius, et des noctules communes et de Leisler (Figure 2). Cependant, la pipistrelle commune a été significativement moins active sur les sites éclairés avec extinction que sur les sites éclairés toute la nuit, ce qui suggère que ces sites sont moins sélectionnés par l’espèce au regard de de la quantité d’insectes attirés sous les lampadaires allumés toute la nuit.

En conclusion, nos résultats suggèrent que les schémas actuels d’extinction nocturne ne sont pas très efficaces pour limiter l’impact de l’éclairage artificiel sur les chauves-souris. Cela est notamment dû au fait que les heures d’extinction ne correspondent pas forcément aux rythmes d’activités des chiroptères, qui sont pour la plupart actives en début de nuit. Cependant, cette mesure pourrait être efficace si l’extinction commencait plus tôt dans la nuit (avant 23h); en particulier le long de corridors écologiques qui sont essentiels au maintien de la biodiversité dans les paysages urbanisés.

Auteur : Clémentine Azam

Collaborateurs : Christian Kerbiriou, Arthur Vernet, Yves Bas, Laura Plichard, Julie Maratrat, Jean-François Julien et Isabelle Le Viol.

Référence de l’article

Azam C, Kerbiriou C, Vernet A, et al (2015) Is part-night lighting an effective measure to limit the impacts of artificial lighting on bats? Global Change Biology. 21:4333–4341. doi: 10.1111/gcb.13036

Voir aussi:

Day J, Baker J, Schofield H, et al (2015) Part-night lighting: implications for bat conservation. Animal Conservation. doi: 10.1111/acv.12200

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